Maupas. Mémoires
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tait de s'être montré résolument belliqueux, dit-il, on l’en a blâmé depuis nos revers. Ni la critique, ni la louange ne reposèrent sur une appréciation vraie des sentiments quiavaient animé la Haute-Assemblée. Le Sénat n'était pas belliqueux, il était patriote ; là est la vérité. » Dèsle 8 juillet, Brenier, en adressant une question au gouvernement sur la situation politique, n’hésita pas à le féliciter « de répudier cette politique qui depuis quatre années afiligeait le patriotisme de la France et pouvait compromettre ses plus hauts intérêts. Je le félicite, disait-il, de déchirer cet acte diplomatique qui porte la date du 10 novembre 1866 et qui pesait d’une façon si funeste sur les résolutions du gouvernement. Il reprend le vrai drapeau de la France ; il peut le conduire où il voudra, la France entière le suivra. » Tandis que Emile Ollivier, pour calmer le Corps législatif, s’efforçait de faire entendre que le gouvernement ne déciarerait pas la guerre sans consulter le Parlement, Brenier demanda au contraire avec l’approbation de tous ses collègues « que le souverain, de par la constitution, eût le droit de déclarer la guerre sans l'intervention d'aucun pouvoir ». Si quelques voix s’élevaient au Palais-Bourbon en faveur d’une solution pacifique, au Luxembourg, tout le monde voulait la guerre. On eût dit qu’une conspiration, pour rendre une rupture inévitable, fût en train de se former entre les sénateurs qui avaient avec la Cour les relations les
plus intimes, tant la confiance régnait. Le président du Sénat secondant par tous les moyens les efforts du parti de la guerre dont il était un des chefs les plus ardents, convoqua le Sénat le 13 juillet, quoique aucune question ne fût à l’ordre du jour ; aussi les sénateurs en entrant se demandèrent-ils la cause de cette convocation. La présence à la tribune du ministre des Affaires étrangères, le duc de Grammont, fit bientôt cesser leur étonnement. Grammont lut une déclaration annonçant la renonciation du prince de Hohenzollern au trône d’Espagne. « Les négociations avec la Prusse n'étant pas encore terminées. disait-il, il nous est donc impossible d’en parler et de soumettre au Sénat et au pays un exposé général de l'affaire. » La plupart des membres du Sénat n'étaient pas satisfaits de ce langage; plusieurs demandes d’interpellation auraient été déposées si le Sénat n'avait appris l'acceptation par le gouvernement d’une interpellation de Brenier et la fixation de sa discussion au vendredi suivant. Le Corps législatifayant déjà choisi ce jour-là pour discuter des interpellations sur le même sujet, on aurait pu, au Luxembourg, renvoyer le débat. La proposition en fut faite, mais elle fut repoussée à l’instigation de Rouher qui, en s’efforçant d’obtenir que le Sénat entamât la discussion avant le Corps législatif, cherchait à engager d'avance la question dans le sens de la guerre et à exercer une pression sur la Chambre
élective. Il s’en fallut même de bien peu que le Sénat ne forçât le ministère à s'expliquer tout de suite, quoiqu'il fit de son silence une question de cabinet. Un ministère renversé par le Sénat ! Le fait aurait été surprenant, en vérité. Lorsque vint le jour fixé pour l’interpellation Rrenier (15 juillet), dès le début de la séance, Bouher donna la parole au ministre des Affaires étrangères. Grammoni lut alors une déclaration annonçant « que le gouvernement allait prendre immédiatement les mesures nécessaires pour sauvegarder les intérêts, la sécurité et l’honneur de la France ». Aussitôt après Brenier se levant pour parler : « Non, non! plus de discours, de l’action ! » lui crie-t-on de toute part. Les applaudissements suivis des cris de : Vive l'Empereur ! éclatèrent au milieu d’un enthousiasme indeseriptible et il y eut un mouvement unanime d’acclamation. Les tribunes elles-mêmes partageaient l’enthousiasme du Sénat. Rouher debout était contraint d'attendre que la manifestation fût terminée pour prendre la parole. « Le Sénat, déclara-t-il, par ses bravos enthousiastes a donné sa haute approbation à la conduite du gouvernement. L’émotion qu'il éprouve est le précurseur des nobles sentiments du pays. Attendons de Dieu et de notre courage letriomphe de l’épée de la France. Je propose de lever la séance comme témoignage d’ardente sympathie pour les résolutions prises par l'empereur. » Encore une fois on entendit retentir les
cris de : &« Vive l'Empereur ! » puis la clôture des débats fut prononcée et les sénateurs se séparèrent lentement en exprimant les sentiments les plus belliqueux. La session fut close le 24 juillet. Après la dernière séance les sénateurs sous la conduite de leur président allèrent présenter leurs hommages et leurs félicitations à l’empereur. Rouher prononça une allocation au cours de laquelle il déclara que si l'heure des périls était venue, l'heure de la victoire était proche.
Lorsque le Palais-Bourbon fut le théâtre des événements du 4 septembre, les sénateurs furent saisis d'un généreux courroux et d’un élan unanime méritoire à cetle heure : ils acclamèrent la dynastie. Au moment où la séance s’ouvrit sous la présidence de Rouher, le sénateur de Chabrier monta à la tribune pour envoyer à l’empereur un dernier vœu et un dernier hommage et il termina par le cri de « vive l’empereur ». « Vaincu et prisonnier, s’écria Nisard, il est sacré ! ». « En présence de la gravité des événements, nous saurons avoir le cœur ferme, la volonté haute et résolue », déclara Rouher ; puis il proposa au Sénat de se déclarer en permanence, ce qui fut accepté. À 2 h. 1/2, il prend place au fauteuil et les sénateurs accourent. Il annonce que, pendant la délibération du Corps législatif réuni dans ses bureaux, la foule a envahi l’enceinte de cette assemblée. La séance interrompue de nouveau est reprise
à 3 h. 1/2. Bouher donne encore des renseignements sur les événements qui se passent au Corps législatif et il fait observer que, rien n'étant encore en délibération, l’ordre du jour ne peut consister qu'à attendre les envahisseurs, € mais aucune force ne nous menace » ajoute-t-il. Baroche prend alors la parole pour demander au Sénat de se séparer. Selon lui, il ne s’agit pas pour les sénateurs d’attendre l'invasion et de mourir sur leurs sièges. « La Révolution éclatera dans Paris et ne viendra pas jusqu’à nous », déclare-t-il avec perspicacité. Les débats se prolongent d’une façon confuse jusqu'au moment où le vice-président Boudet prononce la clôture par cette phrase. « Je propose au Sénat de se réunir demain à son heure ordinaire sans tenir compte des événements extérieurs. »
Baroche avait raison. Aucune de ces hordes tumultueuses, qui étaient alors maîtresses de Paris, ne se présenta de toute la journée pour envahir le Sénat ; il avait été complètement oublié, tant il oceupait peu l'attention publique. Le soir, une dépêche non signée parvint au gouvernement provisoire. Elle portait, chose peu croyable, que le Sénat voulait tenir une séance de nuit pour protester contre les actes de la journée. Un adjoint au maire de Paris, Floquet, fut alors chargé de mettre les scellés sur la porte du Luxembourg où il arriva vers 10 heures. Il remit l’ordre du gouvernement au grand référendaire, Fer-
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dinand Barrot, qui déclara simplement « je cède à la force » ; puis il procéda tranquillement à l'opération qui mettait fin à l'existence du Sénat. Le lendemain le Journal officiel contenait ces simples mots « le Sénat est aboli ». Tout ce qui avait été fait ce jour pouvait être considéré comme fâcheux par beaucoup de gens, mais le refaire n’était plus possible.
Vu : le président de la thèse CHENON Vu: le Doyen
LYON-CAEN Vu et permis d'imprimer:
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,