EusÉB Reclus, Afrique occidentale^ p
7. Faidherbe, Considi' rations sur les populations de V Afrique septentrionale (Annales des voi/ar/es, 18o9); — les Berhers et les Arahvs des bords du Sénégal {Société de géographie de Paris ; 1854. — K. Fallot, yole sur les Maures du Sénégal (Sociêlc de géographie de Marseille ; 1888.
marabouts, vivant les uns elles autres aux dépens des vaincus, qu'il nomment d'un nom caractéristique, les lalnnés, ou « viandes ». 11 sont remarquables parleur lùte bien développée, leur front bombé, leurs yeux à fleur de tête, leur nez aquilin, leur bouche large, leurs lèvres minces, leurs dents fortes et acérées, leur menton prononcé et leur cou dégagé. Ils portent fièrement la tête et marchent en général le crâne nu. Les femmes ont une grande délicatesse de formes et les attaches fines et gracieuses ; le modelé des pieds et des mains ne laisse rien à désirer. Par malheur, ces grâces naturelles disparaissent sous les couches d'un embonpoint aussi précoco qu'anormal. En outre, dans certaines tribus, on considère comme une beauté la lèvre supérieure rejetée en avant par les incisives, en sorte que, lors de la seconde dentition, les fillettes prennent l'habitude de donner à leur mâchoire supérieure la direction voulue par une continuelle action des doigts et de la langue. Le costume est le môme que celui des noirs. Seulement, comme ils ne lavent jamais leurs vêtements et ne connaissent pas l'usage des bains, ils exhalent des senteurs peu aromatiques. En marche ou en guerre, ils relèvent leurs boubous, et vont jambes et pieds nus. Quant aux lahmés ou tributaires, ils se rapprochent du type nègre.
Les Maures, plus rusés et plus intelligents que les Noirs, poussent à l'extrême leurs défauts et regardent cependant ces derniers comme leur étant de beaucoup inférieurs. Nomades et pasteurs, ils vivent sous la tente, et se déplacent avec facilité. Leur nourriture diffère peu de celle des Noirs, sauf qu'ils consomment plus de lait et plus de viande. Ils supportent aisément la faim et la soif. Us ont quelques petites industries, dont ils vendent les produits aux Européens. Leurs mœurs sont efféminées et dépravées. Les maladies vénériennes sont répandues parmi eux. Ainsi que les Noirs, ils ignorent la médecine, et n'usent que des remèdes et des incantations de leurs marabouts.
C'est la nature qui a nettement établi les divisions ethnographiques parmi les Maures. On les distingue, en effet, en Maures septentrionaux, qui ne quittent jamais les plateaux limitrophes du Sahara, et en Maures du Sud ou Guéblas, qui
vont et viennent entre les escales du fleuve et les campements de rintérieur. Parmi les premiers on dislingue les Oulad-el-IIadj, qui étaient jadis en relations fréquentes avec les traitants français ; les Oulad-Embarck et les Sidi-Mahmoud, éloignés du Sénégal par la jalousie commerciale de leurs frères d'origine, les Maures Douaichs. Ces Maures sont de très habiles chasseurs d'autruches. Ils les attrapent à la course et les assomment avec des balles de plomb suspendues à des courroies, évitant ainsi de gâter leur plumage par une goutte de sang.
Quant aux Guéblas ou Maures du Sud, ils se subdivisent en trois grandes tribus, réparties en une multitude de fractions commandées par des c/ieicks. Ces cheicks obéissent à un cheick suprôme, que les Européens qualifient un peu légèrement de roi. La plus importante de ces tribus maures est celle des Trarzas, qui occupe le bas du fleuve au voisinage immédiat de Saint-Louis. Les Trarzas s'appellent encore Abencerarzas, et quelques étymologistes prétendent reconnaître en eux les Abencerages de chevaleresque mémoire. La seconde tribu est celle des Braknas, dans la région moyenne du fleuve, et la troisième celle des Douaichs, dans la région supérieure. Chez ces derniers se rencontrent les débris de la tribu Sénaga* , qui a donné son nom au fleuve.
Entre Maures et Nègres, bien que séparés par le Sénégal, la haine est profonde et Tlioslilité pour ainsi dire perpétuelle. Les Nègres avaient pour eux le droit du premier occupant et la supériorité du nombre ; aussi ont-ils longtemps relégué les Maures dans le désert. Ils ne les supportaient qu'en leur imposant de lourds tributs; mais la race sémitique est entreprenante, et surtout persévérante. Elle attend tout du temps et de Toccasion. Fidèles à cet esprit d'expansion qui jadis conduisit leurs ancêtres depuis la Mecque jusqu'à Tours et jusqu'en Chine, les Maures ont fini par s'avancer de proche en proche et par franchir le Sénégal. Dès lors, enhardis par le succès, ils commencèrent contre les Nègres une véritable guerre d'extermination. Avant iS.ji, toutes les foires se termi-