‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 12 sur 44 · Faidhbrbb, le Zenaga des tribus sèm^fjalahes ; i · texte numérisé non relu

Faidhbrbb, le Zenaga des tribus sèm^fjalahes ; i

naient par des razzias que les Maures allaient faire sur la rive des Noirs. Impitoyables et cruels, n'épargnant après la victoire que les femmes et les enfants, maltraitant les captifs, en vertu du principe qu'il faut fouler le peuple et l'appauvrir afin qu'il soit soumis et respectueux, ils ont soulevé contre eux des haines farouches. « Une tente n'abrite rien d'honnête, disent volontiers les Nègres, si ce n'est le cheval qui la porte. » — « Si tu rencontres sur ton chemin un Maure et une vipère, ajoutent-ils plus volontiers encore, tue le Maure. »

Nous avons eu longtemps, nous autres Français, le grave tort de permettre et presque d'encourager les invasions et les razzias des Maures au delà du Sénégal. Cette impolitique faiblesse nous aliéna les Nègres, qui nous détestaient, sans nous attacher les Maures, qui nous méprisaient. Nous avons lini par mieux comprendre nos intérêts. Le Sénégal est redevenu la limite des deux races, et les Maures, refoulés et contenus par nos soldats, respectent aujourd'hui les Nègres, qui, de leur côté, nous savent gré de notre intervention.

Quelle est donc au Sénégal la situation des Européens visà-vis des Nègres et des Maures? Les premiers d'entre eux qui abordèrent au Sénégal ne cherchèrent d'abord qu'à y fonder des comptoirs d'échange. Si, par hasard, l'un d'entre eux s'enfonçait dans l'intérieur du pays et y résidait quelques années, ce colon improvisé ne songeait qu'à revenir au plus tôt au pays natal. En 1817, sous la Restauration, on essaya de créer une colonie agricole dans le Oualo, mais celte tentative avorta misérablement. Aucun autre essai n'a réussi. Sans doute, les Européens ne manquent pas au Sénégal; mais comme aucun d'eux n'ignore qu'il ne pourra s'y acclimater, ils partent tous avec rarrière-pcnséc d'un prompt retour. Ce sont dos soldats et des fonctionnaires, ce sont des négociants qui constituent la population blanche au Sénégal. On n'y rencontre ni cultivateurs, ni propriétaires, ni même industriels. Le Sénégal ne sera donc jamais une colonie de peuplement, comme l'Algérie ou la Réunion ; mais les Européens à résidence temporaire n'y manquent pas non plus. Leur nombre augmentera même, car de jour en jour on apprécie

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et on connaît mieux les ressources de la colonie. II est donc nécessaire d'indiquer dès à présent les principaux points occupés par nos compatriotes, et qui sont appelés à devenir d'importantes cités dans un avenir plus ou moins éloigné.

Saint-Louis est la capitale officielle du Sénégal, et la plus ancienne ville fondée par le^ Français dans ces parages. Elle est bâtie sur une île formée par les alluviohs du fleuve. Rien d'étonnant si nos compatriotes s'établirent dans une île de préférence au continent. C'est une vieille habitude commerciale. Les Phéniciens, par exemple, ne s'aventuraient jamais dans une contrée nouvelle sans s'installer au préalable dans une île voisine de la côte, car une île est de facile défense. Les Européens se conformèrent h cet usage, sans se douter qu'ils continuaient une tradition antique. Depuis i(î07, époque de sa fondation, Saint-Louis est restée comme la clef de voûte de nos établissements à la côte occidentale d'Afrique. L'ancien fort, qui est situé dans Tîle du même nom, et qui est aujourd'hui converti en casernes et en magasins, servit de noyau à la ville. Bien que Tédililé ait fait depuis quelques années de grands progrès à Saint-Louis, que Tîle ait été bordée de quais en briques, et que le niveau des rues ait été relevé afin de les exhausser au-dessus dos crues du fleuve, il reste beaucoup à faire pour que la ville ressemble à une capitale. On a construit le long des quais de vastes docks. Les navires de commerce mouillés en face de ces docks ont ainsi toute facilité pour exécuter leur chargement et déchargement. A Test, un pont de bateaux de six cent cinquante mètres traverse le grand bras du Sénégal et réunit Saint-Louis aux deux faubourgs de Sor et de Bouètville. Dans ce dernier se trouve la gare du chemin de fer de Dakar. ATouest et au nord-ouest, trois ponts d'une centaine de mètres joignent Saint-Louis aux quartiers nègres, parfois envahis par les eaux de marée, de Gnet'Ndaz, de N'dartout et de ('lokhom-Lave. C.h et là sont dispersées des cases de nègres ou quelques villas de négociants. Saint-Louis a beaucoup grandi dans ces dernières années. Elle compte aujourd'hui près de vingt mille Ames ; mais ce n'est pas une» viMo salubre. Une des principales causes d'insalubrité doit être attribuée aux citernes, où s'en-

lassent des herbes visqueuses. Quand on cure les citernes, les miasmes paludéens se répandent au loin. En outre, toutes les impuretés de la ville sont jetées dans le fleuve, qui les porte à la mer; mais le flux les ramène, et c'est ainsi que se forment des amas monstrueux d'immondices. Un puits artésien qu'on a creusé n'a donné que de l'eau saumâtre. Un aqueduc a été construit ; il amène au réservoir de Sor deux mille mètres cubes d'eau puisés dans le marigot de Kassak. Il a fallu, par un puissant barrage, empêcher l'eau saumâtre de refluer dans le marigot lors de la saison sèche.

En remontant le fleuve, les principaux points occupés par nos troupes et dans lesquels a commencé la colonisation sont Richard-Toll, établissement fondé pour servir de jardin d'acclimatation, mais dont on détruisit en 1840 les plantations, sous prétexte qu'elles pouvaient servir de retraite à l'ennemi. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un village de nègres pêcheurs, à la bouche du marigot de Taouey, émissaire du Paniéfoul. Dagana vient ensuite. Ce poste, fondé en 1821, commande le Oualo et le Fouta. Il est fréquenté par les Maures Trarzas. Les Maures Braknas se rendent de préférence à Podor. Une petite ville s'est fondée non loin de ce point stratégique, qui commande l'île à Morfil. Les promenades et les maisons h terrasse de Podor démontrent que la civilisation pénètre peu à peu dans le fleuve. Un pont a même été jeté pour faciliter l'entrée de la ville aux caravanes maures.

Après Podor, nos établissements sont bien clairsemés. Ce ne sont pas les deux garnisons de Saldé et de Matam qui suffiraient à maintenir notre prestige dans la région. Le poste de Bakel est plus important. Bakel commande le haut fleuve, cette région qu'on nommait autrefois le Galam. Le fort, bâti en 1820, a été complété par trois grosses tours sur les collines voisines. Au pied des remparts ont été construites quelques maisons européennes. Les Ouolofs, les Soninkés, les Kassonkés et les Maures Douaichs vivent dans des quartiers différents. Comme Bakel est au point de contact entre plusieurs races, il a pris, surtout dans ces derniers temps, une grande importance stratégique. Il a seulement fallu, à diverses reprises, plus particulièrement en 1859 et en 1880, dégager la

garnison française, en prenant d'assaut, dans le voisinage, la forte place indigène de Guemou.

Mentionnons encore dans le haut pays Médino, illustrée par son héroïque défense; Kayes, d'où part le chemin do fer du Soudan. Sabouciré, Konniakari, Diala, Nioro, Djala, Sénoudébou sur la Falémé, et Kenieba dans le Bambouck. Telle de ces villes deviendra sans doute une importante cité, car elle se trouve flans une région fertile et populeuse, que l'industrie métallurgique et les travaux agricoles enrichiront bien vite.

A partir de Bafoulabé, et dans hi direction de Kila, Kondou, Niagassola, Dabo, Bamakou, etc., commence le Soudan français. Bien que ces villes, récemment annexées, dépendent administrativemcnt du Sénégal, nous nous réservons de les étudier plus loin, quand nous exposerons l'histoire de nos dernières acquisitions.

En revenant sur la côte, et en descendant le rivage du nord au sud, nous trouvons, dans la province de Cayor, de gros villages échelonnés le long de la voie ferrée de Saint-Louis à Dakar : Mpal, entouré de champs d'arachides, et d'où partira sans doute quelque jour le chemin de fer qui reliera la côte au Fouta et au haut Sénégal ; Longa ; N'daud, l'ancienne capitale de la contrée ; Thiès, qui appartenait autrefois au roi de Baol : c'est probablement de Thiès que partira la voie ferrée qui desservira la vallée du Saloum. On admire dans cette ville un baobab ayant h sa base tronle-cinq mètres de tour. Non loin du cap Vert, et dans une rade qu'elle protège contre les vents du nord et de Test, se trouve une île célèbre dans l'histoire militaire de la France, Gorée*. Occupée d'abord par les Hollandais, qui lui donnèrent le nom, soit de Goeret\ nie hollandaise qui borde au sud l'entrée du Ilaringvliet, soit de Goede Reede^ ou la « bonne rade ». Gorée a été parft)is appelée, mais bien à tort, le (îibraltar africain. Elle ne commande en effet qu'à un beau golfe, et nullement à une mer intérieure. Une jolie ville a été bàlie dans cette île, longue seulement de neuf cents mètres, et n'occupe que trente-six hectares de superficie. C'est un roc de basalte qui se dresse à trente-cinq

1. BÊRE?iaER-F^.RAL'D, Description iopoyrapliif/w,' de Cite de dorée [Hevue maritime et coloniale, 187:i;.

mètres au-dessus de la falaise méridionale, et se continue au nord par une plage basse. Corée ne progresse que lentement. Elle a même perdu, de 1878 h 1882, dix-sept cent quatrevingts habitants, près du tiers de sa population. Elle est, en effet, distancée et en partie ruinée par deux autres villes, en face d'elle, sur le continent, dont les progrès au contraire n'ont jamais été interrompus : ce sont les deux villes de Rufisque et de Dakar.

Dakar*, ou leTamarinier, n'a été fondée qu'en 1859. Deux jetées artificielles, défendues par de fortes batteries qui croisent leurs feux avec la citadelle de Gorée, défendent l'entrée de la rade, d'une profondeur moyenne de douze à vingt mètres. Des phares et des balises permettent d'y entrer à toute heure, avantage inappréciable sur une côte encore mal connue. Aussi les Messageries nationales ont- elles choisi Dakar comme escale. La marine de l'Etat y a construit un petit arsenal pour l'entretien et la réparation de ses vaisseaux. Il y a sans doute encore beaucoup à faire pour terminer le port et achever les bassins, les quais et les fortifications, mais Dakar a pris une grande importance. C'est une véritable ville européenne. Rufîsque, le Rio-Fresco des Portugais, le Tangueleth des Ouolofs, la Baie-de-France des Dieppois, est au contraire restée plus africaine. C'est une ville mal située, au milieu de marais et de dunes, sans eau potable; mais toutes les routes du Cayor, du Baol et du Saloum y convergent, et c'est là que se tiennent de grands marchés d'approvisionnement très fréquentés par les indigènes.

En suivant la côte dans la même direction, nous signalerons Portudal, Niannig et Joal, fréquentées autrefois par les négriers, qui y faisaient trop facilement d'excellents marchés; Saint-Joseph-de-Ngasobil, centre des missions catholiques de Sénégambie; Kaolack et Foundiou, dans le Saloum; Fatiko, Tancienne résidence du bour de Sine. Au delà commencent les établissements de la Casamance et les rivières du Bas-de- Côto, que nous étudierons ailleurs.

La seule ville à mentionner sur la côte au nord de Saint-

2. Paul Vigne, le Port de DaA:ar (Société de géographie de Bordeaux); 1881.

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Louis est Portcndick, jadis Addi, cédé par les Anglais en 1837, en échange d'Albréda. Ce petit port prendra de Timportance si le banc d'Arguin devient un second banc de Terre-Neuve. Jadis, au temps de la domination portugaise, les caravanes de TAdrar et du Soudan se rendaient directement à la côte. En 1445, les Portugais avaient même construit un fort sur la petite île d'Arguin, pour assurer la liberté des transactions et protéger leurs nationaux. Ce fort passa de main en main et finit par être détruit. En 1860, lors de la visite du capitaine Fulcrand, un petit village de pêcheurs s'élevait sur ses ruines, mais, depuis de longues années, les caravanes du désert avaient désappris le chemin de la Ci)te. Peut-être serait-ce un acte de haute politique que de réoccuper Arguin , qui nous appartient sans conteste et dont la possession nous a encore été confirmée par des traités conclus avec l'Angleterre en 178*^ et en 1882. Arguin pourrait devenir la première étape d'uni» route sure vers Tombouctou. Ainsi que Ta écrit un dos hommes qui connaissent le mieux les intérêts sénégalais, M. A. Merle ^ : « Expansion de notre inlluence dans des pays d'où elle a disparu depuis un siècle, échange des produits soudaniens qui se dirigent actuellement vers la ville de Noun et qui sont accaparés par le commerce anglais ; extension de notre marine marchande causée par de nouveaux transports à effectuer ainsi que par la création de pêcheries, » telles seraient les utiles conséquences de cette nouvelle apparition du drapeau national à Arguin.

En résumé, des trois races qui occupent le Sénégal, la première et la plus nombreuse, la race noire, occupe la région comprise entre la rive gauche du Sénégal, la (lambie et l'Atlantique; la seconde, la race des Maures, occupe la région comprise entre la rive droite du Sénégal, le Sahara et rOcéan ; la troisième, la race blanche, est campée le long du Sénégal et sur le rivage de la mer, spécialement à Tembouchure des fleuves et aux environs du cap Vert.

Us est difficile, pour ne pas dire impossible, de fixer le chiffre de la population ; car, en pays musulman, les femmes

1. A. Merle, VAnf/leierm, VEspafjiui et la France ù propos de Vile (VArtjuin (Revue de (jéQyraphiCy 188"»); — le Quartier du cap Blanc {ibid.y 188G).

vivent à Técart et ne peuvent être comptées qu'approximativenient. Quant au reste du pays, il est encore trop peu civilisé, les voies de communication et les movens d'information sont encore trop imparfaits pour qu'on se risque à donner un chilfre précis. D'après les évaluations officielles de 1879, la population immédiatement soumise à la France serait de 192,924 âmes; mais il est difficile d'affirmer Fauthenticité de ces clnlfres. Quant aux indigènes qui commercent avec nous ou qui reconnaissent notre influence et paraissent disposés à convertir cette vassalité en sujétion, voici comment ils se répartiraient : Maures, 225,000; Kaarta et Guidimakha, :iOO,000; Fouta, 250,000; Khasso et Bambouck, 280,000. En y joignant le Soudan et les Rivières-du-Sud, récemment annexés, on arrive à un total de 2.594,080 habitants.

Au point do vue administratif, et sans tenir compte de la difi'érence des races, le gouvernement a divisé le Sénégal en trois arrondissements : 1"* celui de Saint-Louis, avec les quatre cercles do Saint-Louis, Podor, Dagana et Mérinaghon; 2"* celui de Gorée, avec les quatres cercles de Goréo, Mébidgen, Kaolack et Sedbiou; 3° celui de Bakel, avec les quatre cercles de Bakel, Médine, Matam et Saldé. Ce sont là les germes futurs de trois beaux déparlements.

iNous connaissons les trois races qui vivent côte à côle au Sénégal. Essayons, sans nous targuer du don de prophétie, de deviner les destinées et Tavenir qui leur sont réservés.

Nous avons à lutter dans notre colonie contre trois ennemis dangereux; mais la lutte est engagée, et tout permet de prédire qu'elle se terminera à notre avantage. Ces trois ennemis sont rignorance des populations africaines, le fanatisme musulman et les fautes arlministratives.

L'ignorance des Sénégalais est fabuleuse. Nègres et Maures croient volontiers aux absurdités les plus révoltantes, si elles leur sont débitées avec autorité. Or, l'instruction publique est à peine organisée dans notre colonie. Faidherbc avait bien décrété Tinstruction obligatoire ; mais, si les élèves ne manquaient pas, les maîtres faisaient défaut. Quelques écoles primaires de gar(;ons, dirigées ])ar des congréganistes, ont été ouvertes dans les principales villes; mais rien n'existe

pour l'instruction secondaire, moins que rien pour Tinstruction supérieure. Aussi nos ennemis ne manquent-ils pas d'exploiter contre nous cette indifférence. Instruisons donc, créons des écoles, répandons à Ilots la lumière, car, le jour où les indigènes sauront le français, ils deviendront les propagateurs inconscients de nos idées et de notre civilisation.

Notre second ennemi est le fanatisme musulman. Deux religions se partagent les peuples du Sénégal : le fétichisme, pratiqué par la majorité des Nègres, et le mahométisme, suivi par tous les Maures et la minorité des Nègres. Or le mahométisme, avec ses principes politiques et son énergie active, est pour nous autrement dangereux que le fétichisme, que du reste il absorbe rapidement. Il est vrai que les convertisseurs musulmans s'imposent par le fer et le feu tout aussi bien que par la prédication. Etant donnés d'un côté le fanatisme musulman, et de Taulre la ferveur qui a de tout temps caractérisé les néophytes, il n'est pas étonnant que les musulmans sénégalais soient nos ennemis les plus acharnés. C'est donc contre les musulmans qu'il nous faut concentrer nos efforts, et, si nous voulons rester les maîtres du Sénégal, nos auxiliaires les plus utiles seront les missionnaires. On a remarqué que les Nègres fétichistes se convertissaient volontiers au christianisme et devenaient par le fait nos partisans, tandis que jamais un Nègre converti au mahométisme ou un musulman d'ancienne date ne devenait chrétien, et, par cela même, restait notre ennemi. A la prédication musulmane il nous faut donc opposer la prédication chrétienne, aux marabouts les missionnaires. C'est la condition de notre succès fmal.

Nous avons à lutter contre un troisième ennemi, plus dangereux que l'ignorance ou que le fanatisme : contre nousmêmes, contre nos fautes administratives. Il nous faudrait surtout renoncer à ces perpétuels changements de gouverneurs qui déconsidèrent l'administration et empêchent tout progrès sérieux. Pourquoi ne pas nommer des gouverneurs civils, qui prendraient racine dans le pays? ou, si Ton tient à conserver des militaires ou des marins, pourquoi ne pas établir que ce poste, dans leur carrière, constituera une étape

qui pourra être pour eux roccasion d'avancement sérieux, et d'avancement sur place.

Parmi les plus graves fautes qui aient été commises au Sénégal, nous signalerons encore la conduite maladroite de nos négociants. Uniquement préoccupés de leurs intérêts actuels, ils ont trop souvent gêné l'action du pouvoir central par des alliances intempestives avec les indigènes, ou par leur profond dédain de ces mêmes indigènes. Ils se sont, en outre, opposés avec une énergie regrettable à l'abolition de l'esclavage. Heureusement pour l'avenir de la colonie, le gouvernement a pris deux mesures d'une grande portée. Il a proclamé la liberté du commerce et aboli l'esclavage. Du jour où nos négociants ont compris qu'ils ne pouvaient plus compter que sur eux-mêmes et qu'ils otit eu à lutter contre la concurrence étrangère, ils se sont déterminés à de sérieux efforts pour maintenir leur vieille supériorité.

Signaler le mal, n'est-ce pas en triompher à demi? Aussi, bien des progrès multiples se sont accomplis, et ils s'accentuent chaque jour davantage. Nous commençons à acquérir les sympathies des indigènes, et surtout des Nègres. Déjà plusieurs provinces se sont volontairement annexées. Le Cayor, qui nous fut si longtemps hostile, semble avoir renoncé à ses haines. Le Fouta ne remue plus. En remontant le Sénégal, vers le Bambouck, des perspectives indéfinies s'ouvrent à l'activité européenne. Dans le bassin du Niger pénètre notre influence, et nous nous acheminons pas à pas vers l'Afrique centrale. Les Maures eux-mêmes, si réfractaires à notre civilisation, se rapprochent peu à peu. Au point de vue agricole, mêmes espérances de progrès. L'introduction de la culture des plantes oléagineuses a été pour le Sénégal un coup de fortune. La culture maraîchère a également progressé. A notre exemple, et d'après nos conseils, les roitelets indigènes, au lieu de s'exterminer réciproquement, s'occupent de faire cultiver leurs immenses propriétés. La population s'accroît, la sécurité grandit, et le Sénégal se transforme.

C'est surtout par le commerce que notre colonie est pleine d'avenir. Les chiffres d'importation et d'exportation grandissent d'année eh année. Dans la période décennale 1826-

1836, le commerce du Sénégal n'était que de sept millions de francs. De 1836 à 1846, il atteignait quatorze millions; de 1846 à 1836, vingt millions. II s'éleva brusquement en 1859, après la proclamation de la liberté du commerce, à trentetrois millions. La progression a été depuis plus lente, mais continue. En 1883, le chiiïre total des affaires était de quarante-huit rnillions, et rien n'indique un arrêt. Voici que nos négociants songent à faire du Soudan comme un llindoustan français. Ils sont arrivés à Bamakou. Ils viennent de débarquer à Tombouctou. De là sans doute ils se répandront dans ces contrées vierges, qui leur réservent plus d'une surprise. Ainsi se trouvent réunies dans une colonie trop longtemps méconnue toutes les causes de prospérité : sol fertile, facilité des échanges, territoire considérable et susceptible d'une grande extension , populations nombreuses et qui s'attacheront à nous par la reconnaissance aussi bien que par l'intérêt. Peut-être n'est-il pas dans le domaine colonial de la France, à l'exception de l'Algérie et de la Tunisie, une province dont l'avenir autorise de plus brillantes espérances.

HISTOIRE DU SÉXÉC.AL DEPTIS LKS ORIGINES

jusqu'à l^année 18 ir;

L^bistoire de la colonie française du Sénégal* peut être divisée en trois périodes distinctes, La première, la plus longue, mais la moins remplie, s'étend des origines à l'année

1. On peut consulter, sur rhisloire du Sénéjçal : Charles Cottu, le Sénégal {Revue (les Deux Mondes, 184.")); — Mwidal, le Srnéf/al, son état présent et son avenir; 1862; — Faiûhkhbe, ^■otire sur la colonie du Srnéf/al et sur les pays ifui sont en relation avec elle; 1838; — Ricard, le Sénéf/al, étude intime; 18G'>; -^ Carràrb et IIollb, la Sénégambie française; — Barthélémy, Notice historique sur les établissements français d^s côtes occidentales de V Afrique; — S. Hauri- OOT, Quinze Mois en Sénégambi*^ [Annales des voyages, 1869); — Fallot, Histoire de la colonie française du Sénégal (Soci»îté de géo^^raphie de Marseille) ; 1883 ; — X., Annales sénégalaises de 18j4 à 1885; — Ancelle, les Explorations au Sénégal et dans les contrées voisines depuis l'antiquité jusqu'il nos jours; 1887; — BtHEXOER-FÉRAUO, le Sénégal de 181 H à /874 [lievue maritime et coloniale, 1815).

1813. Le Sénégal n'est qu'un comptoir (réchange, et le gouvernement ne prend part aux affaires du pays que pour nommer ses gouverneurs ou tenter quelques essais de culture qui ne réussissent jamais. A partir de iSlS, quelques progrès sont accomplis ; mais c'est en 1834 que, grâce à la féconde impulsion donnée par un administrateur éminent, Faidherbe, le Sénégal subit une transformation totale. Ce n'est plus un marché d'esclaves ou de gommes; ce n'est plus une terre maudite, où les fonctionnaires se considèrent comme envovés en disgrâce, et dont les négociants ne s'approchent qu'à contre-cœur; il devient au contraire un foyer d'influence d'où rayonnent au loin, et dans toutes les directions, notre civilisation et notre prépondérance, et chaque jour est marqué par un progrès ou par une conquête.

On ne saurait dire avec précision à quelle époque a été fondé le premier poste français au Sénégal, ni même à quelle époque a été exécuté le premier voyage dans cette direction. En effet, le Marseillais Euthymenes, qui passe pour avoir visité les rives du fleuve africain, vivait, à ce que l'on conjecture, vers l'an 300 avant Jésus-Christ ; mais on ne possède aucun détail sur son expédition, et sa présence aux bords du Sénégal n'est même qu'une hypothèse. « J'ai navigué dans la mer Atlantique, aurait-il écrit*; elle cause le débordement du Nil tant que les vents étésiens se soutiennent, car c'est leur souffle qui pousse alors cette mer hors de son lit. Dès qu'ils tombent, la mer redevient calme, et le Nil rencontre moins d'obstacles à son embouchure. Du reste, l'eau de cette mer est douce et nourrit des animaux semblables à ceux du Nil. » A quel fleuve correspond ce Nil occidental? est-ce au Niger, à la Gambie, au Sénégal? Faute de renseignement plus précis, toutes les suppositions sont autorisées. Un seul fait se dégage, c'est que trois siècles avant l'ère chrétienne les Marseillais avaient déjà franchi les colonnes d'Hercule, et avaient ouvert des relations commerciales avec la côte d'Afrique. On a encore prétenduqu'en témoignage de ces relations les Marseillais avaient fondu des monnaies portant l'empreinte d'hippopotames et de

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