‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 14 sur 44 · Le Canaiif ïicr, p · texte numérisé non relu

Le Canaiif ïicr, p

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amenèrent avec eux et plus de trois mille chamyaux; mais ilz ne les purent recuellir au navire, et en tuèrent et jarerent. Et puis s'en retournèrent à la grant Canare. » Le port de Bugeder ou Bojador* est au sud du cap du même nom, que les Portugais eurent tant de peine à doubler et qui est resté célèbre dans les annales de la géographie. C'est à leur compatriote Gil Eannes que les Portugais attribuent Thonneur de cette découverte •qui eut lieu en 1434. On voit pourtant que, vingt-neuf ans auparavant, notre compatriote le Normand Bé- Ihencourt avait pris possesion de cette terre, et par un acte de sauvagerie qui ne rappelle que trop les pillages de ses ancêtres les Northmans. Peut-être même cettie expédition au sud du cap Bojador n'était-elle pas la première, car Béthencourl possédait une carte ^ sur laquelle le fleuve de TOb était marqué à cent cinquante lieues françaises au sud du cap Bugeder; et en outre ce cap et ce port sont indiqués sur le Portulan Medicéen de 1331, sur la carte vénitienne des Pizzigani de 1367, et sur Tatlas catalan de 1373, ce qui suppose des expéditions antérieures même à celle de Béthencourt.

Dès lors les Normands, surtout les Dieppois, paraissent avoir fréquenté ces parages. On croit même qu'ils se seraient établis à Rio-Fresco, c'eçt-à-dire à Rufisque. Il nous faudra pourtant reconnaître qu'il est impossible de déterminer la date exacte de la fondation du premier poste français du Sénégal. Ce qu'on peut affirmer, c'est que cette fondation est antérieure au seizième siècle. Très probablement, ce sont des Normands de Rouen qui, chassés des côtes de Guinée par la jalousie portugaise et espagnole, et victimes de la coupable indifférence de nos souverains, se formèrent en compagnie, vers 1382, et concentrèrent leur activité et leurs efforts sur un établissement qu'ils fondèrent à l'embouchure du fleuve Sénéga ou Sénégal, d'abord dans une petite île appelée Bocos, puis dans une autre

1. D'AvEZAC, Note sur la vérilalle situation du mouillage marqué au sud du cap Bufjeder dans toutes les cartes nautiques; 18 i6.

2. Le Canarien, édition Gravier, p. i 00-101 : « Et dit ainsi le frère mendcaut en sou livre que Ton ne compte du cap de Bugeder jusques au fleuve de TOr que 6 etcinqumte liens franooiscs; et aiusi l'a monstre la carte, ce n'est singlure que pour trois jours pour naves et pour bargez; car galées, qui vont A terre, prennent plus lonc chemin; et quant pour y aler d'icy nous n'en tenons pas grand compte. •»

île, plus grande, à laquelle ils donnèrent le nom de Saint-Louis. Bocos fut bientôt abandonnée, car le terrain était bas, marécageux, malsain et sujet aux inondations. En 478;) on voyait encore * les vestiges de quelques constructions à la pointe nord de Tile. Saint-Louis, au contraire, ne cessa de grandir. L'humble comptoir des Normands était destiné à devenir la capitale de l'Afrique occidentale.

Nos marchands portèrent sur les rives du Sénégal leur expérience des affaires et leur caractère liant et sympathique. Ils ne songeaient ni à conquérir ni à annexer, mais s'occupaient exclusivement du commerce, surtout de la traite des nègres, qui leur étaient amenés aux ports d'embarquement par les courtiers de Tinlérieur. Au trafic de la chair humaine s'ajoutait par surcroît celui des gommes, de la poudre d'or, de l'ivoire, etc. Afin de réaliser des bénéfices plus considérables, nos négociants se hasardèrent bientôt h remonter le fleuve, et construisirent sur ses rives quelques comptoirs permanents, des escales ou licholles, ainsi qu'ils les nommaient. Le gouvernement les laissait s'administrer à leur guise. On a conservé le nom de Thomas Lombart, qui fut, en 1()26, nommé directeur des établissements du Sénégal par les marchands associés. On possède également deux relations de voyages, les premières descriptions de la région sénégalaise, qui furent composées par Jannequin Rochefort- et par les capucins rouennais Alexis et Bernardin de Renouard ; mais elles ne présentent qu'un intérêt médiocre.

En 4664, les marchands associés cédèrent, moyennant la somme de cent cinquante mille livres tournois, leurs établissements de la côte d'Afrique à la Compagnie des Indes Occidentales, créée par un édit du mois de mai de la même année. La nouvelle compagnie, ayant beaucoup trop étendu ses opérations, fléchit en quelque sorte sous leur poids, et, par arrêt du conseil en date du 9 avril 1672, vendit ses droits à une compagnie spéciale, dite du Sénégal. Dès lors commence une série de cessions et de rétrocessions à diverses compagnies,

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