‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 2 sur 44 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

LIDUAIRIE CH. DET.AGllAVE

15, RLK ^lUFFLOT, Ij

GÉOGnAPHIE PHYSIQUE DU SÉNÉGAL

Notre colonie * du Sénégal n'a pas de limites fixes, sauf à Touest, 011 TAllantique lui sert de frontière naturelle. Au sudest se dresse un massif montagneux qui n'a pas encore de nom. Jomard proposait de l'appeler les Alpes africaines. La dénomination de massif du Fouta-Djallon lui conviendrait mieux. Nous sommes arrivés au pied de ce massif; nous Ta vous même franchi, mais nous n'en sommes pas encore les maîtres incontestés. Au nord s'étendent les sables brûlants et les steppes du Sahara, au sud les forêts équaloriales, à l'est le bassin du Niger, dans lequel nous commen(;ons à nous étendre : mais nul encore ne peut déterminer avec précision où commence, où finit notre domination.

Le novau central de la colonie a été Saint-Louis, àl'embouchure du Sénégal. Elle s'étend aujourd'hui au nord, dans la direction du Maroc, jusqu'au cap lllanc, à Test juscju^au Niger et à son affluent le Tankisso, au sud, par postes intermittents, jusqu'à l'embouchure de la Mellacorée. Seulement tout le territoire compris entre ces points extrêmes, Saint- Louis et Uamakou, le cap lllanc et Mellacorée, ne nous ai)parlient pas en entier. Nous y avons seulement échelonné des

1. N. DouRNEAUX-DuPÉRÉ, /« Si^tu'f/atnfjtt' panraise (Soci»'té de {idéographie de Paris •; 1871. ~ Mlihon D'ARCKNA.vr, Xolicc sur le Si'/u'i/al{id.); 1817. — <i. Delor, le Scnt'f/(il (Cougrès géugraphiiine «h? Lyon.; 1881. — (îênéral Faidiikhue, le Sêiu^fjalf la France dan^' l'Afrif/ue occidentale; 188'J.

poslos, contres futurs do colonisation. Il est donc impossible de fixer les limites et d'évaluer la superficie du Sénégal.

Mémo incertitude pour la géographie^ physique proprement dite. Itien que' traversé h diverses reprises j)ar nos officiers ou nos négociants, le massif du Ftuita-Djalhm, où prennent leur source tous les grands cours (Teau de cette partie d<* l'Afrique, est encore bien mal connu. On en a singulièrement exagéré Taltituch?. En ISîJO on avait signalé à Ilecquard le mont Maminia, à Touest du plateau du Labé, comme couvert de pluies blanches, c'(»st-îi-dire de neiges. Or il ne lui fallut ([ue cinq heiu'es de marche pour arriver au sommet, et il n'y rencontra pas la moindre trace de neige. Lambert^ en 1860, évaluait à trois mille mètres l'altitude du Sondoumali, Gt croyait que certains pics dépassaient quatre mille mètres; mais en ce cas on les apercevrait de la basse Falémé ou de la moyenne Gambie. Or on n'aperçoit ces cimes que lorsqu'on arrive à leur pied. Autant qu'on peut le conjecturer, leur hauteur probable est seulement de deux mille mètres, et l'altitude moyenne du massif ne dépasse pas douze cents mètres.

On sait pourtant que la chaîne présente son versant abrupt du côté de l'orient, et que les contreforts et les terrasses sont au contraire tournés vers l'occident. La plus grande partie du massif est formée par des plateaux peu accidentés, les Baowals, appuyés sur des degrés extérieurs, ou plutôt des terrasses, qui se succèdent vers les plaines côtières. Tous ces plateaux sont comme séparés par les tleuves en fragments inégaux. On commence également à connaître quelques-uns de leurs contreforts. Deux de ces contreforts ont été plus souvent visités : les monts Tongue, qui séparent la Falémé de la Gambie, et les monts Tamba-Oura, jetés entre le Rafing et la Falémé. Le Tamba-Oura est un système de monlagn<'s h crête continue, qui paraît avoir été coupé dans sa longueur par un [dan vertical, et dont la partie antérieure s'est éboulée : aussi la montagne est-elle généralement inaccessible, l'n seul défilé traverse ie Tamba-Oura; on le nomme le Kouroudabo, ou porte des Rochns. Ses Hancs ressemblent h des murailles construites ch' main d'homme; les étages supérieurs surplombent les premiers, et les blocs qui se sont

détachés encombrent le fond de la gorge et la rendent peu praticable.

C'est dans le massif, encore^ si mal exploré, du Fouta- Djallon que prennent leur source la plupart des rivières qui arrosent nos possessions, et tout d'abord le plus important de ces cours d'eau, le Sénégal.

Depuis rOum-el-Rhia, le plus méridional des fleuves marocains, jusqu'à Saint-Louis, sur une longueur de deux mille deux cents kilomètres en ligne presque droite, aucun cours d'eau ne rompt la monotonie du rivage *. Aussi le Sénégal, c'est-à-dire le premier fleuve permanent qui atteigne la mer au sud du Sahara, marque-t-il nettement la limite entre deux mondes et entre deux races, et son importance est-elle grande à la fois comme frontière ethnographique et comme voie de pénétration dans Tintérieur du continent. Les anciens, qui croyaient à l'existence d'un Nil à branches multiples traversant l'Afrique dans tous les sons, prenaient le Sénégal i)our une de ces branches, et de fail, comme il existe une ligne tortueuse d'eaux courantes se prolongeant par le Niger, le lac Tchad et ses affluents, et les grands affluents du Nil, c'est sans doute la vague intuition de ce fait géographique qui avait fait croire à l'existence de ce grand fleuve. Le plus singulier, c'est que cette idée se continue au moyen Age. Ainsi Cadamosto appellera le Sénégal tanlùt Gihon, tantôt Nil ou Niger. C'est seulement aux temps modernes qu'on le dégagera dans ses traits essentiels et dans son ensemble.

Le vrai nom du fleuve est l'Ovidech^ C'est Lanzarote le Génois qui, dans son voyage de 1275, donna au fleuve le nom d'un Maure qu'il rencontra sur ses rives ; mais ce nom est complètement inconnu des indigènes. Il a longtemps été écrit Sénétja. C'est depuis une centaine d'années seulement, et sans doute pour une raison euphonicjue, que les Européens ont ajouté une / et transformé en Snicf/al le Séuvga d'autrefois. Les anciens Ouolofs le nommaient Djalli-Balil, et sur les

\. AiiBK, le Fleuve du Sénégal {Revue nuiritime et coloniale, 180 i.

2. Ou trouve encore les (léiioinin.itious Deeh^i on lii rivièn», Docliiimlar, la rivière de Saint-Louis, Deohj^o^ilé ou Goj^ilédtîch, c'est-à-dire la rivir-ro lut^me. Cf. note du coiitre-aujinil Vallou sur l'orijjiue des mots Séneffol, iialam et Casamanee [Bulletin de la Sociéti' de yéot/raphif de l'aris, 1888, n" G .

iO LE SÉNÉGAL

portulans il a longtemps été désigné par la dénomination do Vcdamol, ou riviiTc do l'Or; mais le mot Sthutfjfil a prévalu.

Le Sénégal ne donne pas seulement son nom à la contrée, mais aussi la vie et la fortune. Depuis sa source juscju'îï son embouchure, dans un cours de plus de dix-sept cents kilomètres, il détermine en grande partie « les caractères physiques et même les conditions sociales du pays qu'il traverse' ». C'est lui enell'et qui forme la grande ligne de séparation entre les deux races principales d'indigènes, les Maures sur la rive droite, les Noirs sur la rive gauche. Pour les Européens, il est la seule voie de transport de leurs marchandises, qui courraient de graves risques à circuler par terre. Dans cette admirable alliance des forces de la nature et des besoins de Thomme, tout vient du fleuve et s'y rattache : le sol, la culture, le commerce, les mœurs, la misère et la richesse, la paix et la guerre. Cette harmonie doit toujours être présente à l'esprit de quiconque veut comprendre riiistoire du Sénégal. Elle seule en donne la clef.

On a souvent écrit que le Sénégal était formé par la réunion, h Hafoulabé, de deux cours d'eau importants, venus, Tnn, le Bafing ou Rivière Noire, des montagnes, et l'autre, le Bakoy ou Rivière Blanche, de la plaine^. Le vrai fleuve serait plutôt le Baoulé, ruisseau qui naît à quelques kilomètres de la rive gauche du Niger, dans un pays accidenté. Ce n'est certes pas le cours d'eau le plus considérable comme masse des eaux, mais c'est le plus direct dans l'axe de la vallé(\ 11 arrose le Itélédougou, puis, se recourbant vers l'ouest, limite les possessions françaises at le Kaarta. Les géographes l'ont traité avec la même injustice que la Saône à l'égard du Rhône ou le Missouri à l'égard du Mississipi, mais il n'en t'st pas moins la future artère de notre commerce avec l'Afrique intérieure. Ses affluents de la rive droite, c'est-à-dire du coté saharien, sont rares. Ils sont abondants au contraire au versant méridional. Le plus important est le Baling, qui descend des montagnes <hi Foula-Djallon, à sept cent cinquante mètres d'altitude, coule d'abord au sud, puis décrit une grande courbe à

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