‹ Le Sénégal et le Soudan françaisChapitre 5 sur 44 · llevue sdenlifuiue du 3 juillet iSSd · texte numérisé non relu

llevue sdenlifuiue du 3 juillet iSSd

3. Hautiieux, Étude de la harre du Sénégal (Société de géoyrapliie de Bordeaux); 1880.

en effet d'une extrême difficulté pour tous les navires à voiles, et parfois des bàliments séjournent plusieurs semaines sans pouvoir pénétrer dans le fleuve. Avant Tinvenlion des bateaux à vapeur, on aurait pu contester à Tentrée du Sénégal la qualité de port. Par bonheur, les tempêtes sont rares dans cette partie de TAtlantique. Des allèges viennent alors décharger les navires et leur apporter des marchandises de retour. Il existe à Saint-Louis une corporation de pilotes ou plutôt de piroguiers chargés de ce service. Chaque matin ils vont sonder la barre, armés de longues gaffes avec lesquelles ils interrogent le terrain. Si la barre est belle, les pirogues sont lancées h Teau; quand elle est mauvaise et qu'il faut rentrer à tout prix, les piroguiers ont besoin de toute leur audace et aussi de beaucoup de présence d'esprit. Ils savent le moment précis où ils pourront confier leur esquif aune lame. Une fois engagés dans le brisant, ils font volte-face, et attendent dans le plan incliné formé par la vague qu'une nouvelle chance scî produise. Ils font, en se déplaçant sans cesse, contrepoids à la lame, et parviennent ainsi à se maintenir en équilibre.

Malgré ces inconvénients, le Sénégal est une voie de pénétration de premier ordre, car elle se continue par le Niger. La navigation sur le fleuve n'est pourtant pas facile, car il est sujet à des crues et à des baisses périodiques, comme presque tous les fleuves qui prennent leur source dans le voisinage de l'équateur. Avant qu'on eût exploré complètement le pays, on savait, comme il n'y a qu'une crue par an, que la région des sources n'a qu'une saison de pluies, dont le maximum coïncide avec la grande chaleur de l'hémisphère septentrional, juin à octobre. La rapidité d'allures du courant démontrait en outre que le fleuve n'avait pas de réservoir lacustre. En temps de crue, les bateaux peuvent remonter jusqu'à la cataracte du Félon. A Bakel, la crue atteint et dépasse quinze mètres; à Matam, neuf h dix; h Podor, six; à Dagana, quatre. Elle se fait avec une extrême raj)idité. En quelques semaines les parties du fleuve qui n'étaient plus navigables offrent jusqu'à huit et dix mètres de fond, (iomme il y a peu de courants et que le lit du fleuve présente une pente à peine sensible, le trop-plein des eaux se déverse dans

les plaines environnantes, et les transforme en lacs immenses. Le fleuve roule alors plusieurs milliers de mètres cubes d'eau par seconde, et la force du courant est telle qu'il repousse les eaux marines, pénètre dans la mer, et étale au milieu des eaux bleues de l'Océan une nappe jaunâtre.

En novembre commence la baisse, et elle dm'e jusqu'en juin, où elle atteint son maximum. Le fleuve alors n'est plus navigable qu'à deux cents kilomètres de son embouchure. Comme il est fréquemment barré par des seuils de rochers, dont aucun ne peut arrêter le courant, il est partagé en biefs successifs unis par des filets d'eau. Aussi, quand le niveau du fleuve est au plus bas, c'est à grand'peine si les barques peuvent forcer le passage. En 18G0, au plus fort de la saison sèche, une expédition fut organisée de Saint-Louis à Bakel, par la voie du fleuve, pour en constater le régime*. Les chalands n'avaient qu'un tirant de soixante centimètres, et quand ils étaient déchargés, de trente-cinq. Or trente-cinq traînages sur fonds inégaux furent nécessaires, et sur un de ces seuils la couche d'eau n'était que de cinquante centimètres. A Yerma, à peu de distance en aval de Bakel, le halage dura quatorze jours, et le voyage entier réclama soixantedix-neuf jours. Jadis les Maures arrêtaient la navigation en plaçant des troncs d'arbres en travers du chenal. Pendant la période de sécheresse, les eaux de la mer pénètrent dans toute la région du delta, et refoulent celles du fleuve. A mesure que se prolonge la sécheresse, la salinité augmente, et le flux do marée s'enfonce alorsjusqu'à quinze kilomètres dans l'intérieur.

Il reste donc beaucoup à faire pour améliorer le cours du Sénégal. Nos ingénieurs y travaillent. Ils font sauter les rochers qui l'obstruent, ils brisent la force de certains remous; mais bien des années s'écouleront encore avant que le Sénégal ressemble à nos fleuves européens, si corrects, si réguliers, même dans leurs fureurs.

Le Sénégal reçoit plusieurs affluents. Les principaux sont, à droite, eu aval des chutes, le Kouniakari ou Tarakolé (deux cents kilomètres) et le lac Cayar ouKhomack, fosse de

1. UHAOUEZEt:, Uf/drofjraphie du Séntffjal ; iwf relntiima avec les populalions riccraines \^Uecui' maritime et coloniale j janvier- février 18G1).

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vingt kilomètres de longueur, reliée au fleuve par le marigot de Sokam. Il se remplit à Fépoque des crues, et pendant la saison scche rend au Sénégal, comme jadis le lac Mœris au Nil, le suj)erflu de ses eaux. Sur la rive opposée, le Sénégal est grossi de la Falémé, qui vient du Fouta-Djallon, et arrose une contrée fertile. C'est là que s'établiront tôt ou tard des colonies agricoles, heureuses de rencontrer un 30I fécond et le plus admirable des climats. La Falémé, coupée par des barrages naturels ainsi que le Baflng, est divisée en biefs successifs qui Tempùchent de tarir. Pendant la saison d'hivernage, elle a trois cents mètres de largeur et huit de profondeur. Sur la m^înie rive, le grand lac Guier ou Paniéfoul , grossi par le marigot de Bounoum, semble correspondre au lac Cayar.

Au nord du Sénégal, la rivière Saint-Jean des anciens routiers n'est qu'un estuaire entre le cap Mirik et le sud du banc d'Arguin. La rivière des Maringouins n'est qu'une coulée temporaire, à quatre-vingt-cinq kilomètres au nord de l'embouchure permanente, ne communiquant avec la mer qu'en temps do crue. Toutes les eaux pluviales du Sahara s'amassent en lagunes temporaires ou permanentes. Un de ces étangs, le lac Teniahé, a parfois quarante kilomètres de longueur et se déverse alors dans la rivière des Maringouins.

D'après la légende, le Sénégal aurait autrefois, à l'abri derrière les dunes du Cayor, continué son cours au sud-ouest, et serait toml)é dans la rade de Dakar; mais on ne rencontre aujourd'hui dans le Cayor que des mares et des lagunes, qu'on désigne sous le nom de nim/es, et nulle trace de lit fluvial. Le Saloum est le seul et unique fleuve qu'on rencontre au sud du Sénégal. Il a environ cent kilomètres de longueur. Quant aux autres cours d'eau qui arrosent notre colonie, ils apparti(înnent à la région qu'on nomme le Bas-de-Côte ou les Rivières-du-Siul, et que nous étudierons plus loin.

La cote se divise en deux grandes sections : du cap Blanc au cap Vert, du nord-est au sud-ouest, elle forme un arc de cercle rentrant, et du cap Vert aux Rivières-du-Sud elle est au contrains inclinée du nord-ouest au sud-est. Dans la première section, la cote, presque droite, bordée dans toute son étendue par une chaîne de dunes, et au large par un grand banc

de sable, le banc d'Arguin, ne présente que deux ports, Portendick et Saint-Louis. L'aspect du littoral est monotone. Quelques arbustes rabougris le couvrent d'une végétation que la poussière du désert rend grisâtre. Jadis les caravanes de TAdrar et du Sahara se rendaient directement à la cAte pour y échanger leurs marchandises, et des marchés temporaires s'établissaient, tantôt sur un point, tantôt sur un autre ; mais ces habitudes commerciales ont disparu, et c'est à Saint-Louis ou dans les villes de l'intérieur que se^rcndent aujourd'hui les traitants.

A partir du cap Vert, la côte change d'aspect. Les dunes ont disparu. Des palétuviers, sur les branches desquels se développe tout un monde de zoophytes, grandissent et s'étendent en masses sombres. Bientôt les collines apparaissent. Elles sont de formation volcanique, et les laves éparses sur celte étendue de terrain prouvent que ce point de terre a été houleversé par des feux souterrains. Les pentes des collines sont tapissées par des baobabs gigantesques, qui ne revêtent que pendant Télé leur magnifique verdure. On arrive bientôt à Gorée, rpcher aride dominant une rade superbe, où les navires trouvent pendant huit mois de Tannée, de novembre à juillet, une mer toujours calme. Plus au sud, et toujours en suivant la côte , de nombreux fleuves forment à leur estuaire des baies magnifiques, que Ton commence à utiliser, et qui sont appelées à un grand avenir.

Le climat du Sénégal passe pour très mauvais, et mérite sa réputation, bien qu'elle soit exagérée. On distingue deux saisons : la saison sèche et la saison pluvieuse. La première commence à la fin de novembre et se termine en juin. Les brises de terre et de mer alternent alors sur les cùles; mais en janvier, et jusqu'à la fin de mars, commence à soufller un vent de terre sec et brûlant, que Ton nomme hannatlau, (\q vent est si violent que les oiseaux de terre sont fréquemment poussés au large, et ch(;rchcnt un refuge sur les mats des navires qui ne sont pas trop éloignés. Une poussière rougciltre couvre les voiles et le gréement des vaisseaux qui longent la côte. A terre, les écorces des arbres se fendillent, et la sève coule. C'est pourtant la saison la plus favorable aux

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Européens, qui peuvent, au moins une partie de la journée, affronter sans danger les rayons du soleil, surtout dans le bas fleuve, où se font sentir les brises de mer, saines et fortiflantes. Vers le mois de juillet commence la saison improprement appelée hivernage, car elle coïncide d'ordinaire avec le moment où les rayons solaires, se rapprochant de la direction perpendiculaire, rendent la température très élevée. L'hivernage correspondrait donc plutôt à notre été. C'est la saison des pluies et des orages ou tornades, la saison que chaque année les Européens du Sénégal voient revenir avec terreur, car elle leur apporte la lièvre, Tanémie et souvent la mort. Tout le pays, qui pendant sept mois a été brûlé par un soleil torride, est alors inondé. Dans un ciel immobile et plombé monte un nuage opaque et lourd. « On dirait des voûtes de pierre prêtes à s'effondrer sur le monde, et tout cela s'éclaire par en dessous de lueurs métalliques, blêmes, verdâtres ou cuivrées, et monte toujours. Puis tout à coup une grande rafale terrible, un coup de fouet formidable, couche les arbres, les herbes, les oiseaux, renverse tout sur son passage. C'est la tornade qui se déchaîne. Tout tremble et s'ébranle... Pendant vingt minutes environ, toutes les cataractes du ciel sont ouvertes sur la terre ; une pluie diluvienne arrose le sol altéré d'Afrique, et le vent souffle avec furie, jonchant la terre de feuilles, de branches et de débris*. » Quoique la température moyenne soit alors moins élevée que dans la saison sèche, l'Européen en souffre, car la chaleur est humide, l'air lourd, et le soleil pénétrant. C'est alors qu'apparaissent les fièvres*, les accès pernicieux, les maladies de la bile et du foie. Les colons qui ne quittent pas le littoral en sont, à moins d'imprudence, gé-

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