GÉOGRAPHIE ÉCONOMIQUE
Le Sénégal n'a longtemps été entre nos mains qu'une pépinière d'esclaves. Nos négociants y récoltaient aussi de la gomme, de la poudre d'or, des épices et des bois précieux ; mais ce qu'ils recherchaient avant tout, c'était de la marchandise noire, de la graine noire, comme ils disaient. Il est vraiment étrange que, pendant de longues années, aucun scrupule n'ait retenu ni ces trafiquants de chair humaine ni les divers gouvernements qui se sont succédé en France. Est-ce que l'habitude linit par émousser tout sentiment, ou bien la nature humaine est-elle ainsi faite qu'elle n'accepte le progrès qu'à son corps défendant? Toujours est-il que ce honteux marché s'étalait au grand jour, et sans le moindre ménagement. C'est surtout au siècle dernier, alors que la culture des plantes industrielles en Amérique prit une si grande extension, que le nombre des esclaves africains augmenta. On a calculé que deux cent mille nègres étaient chaque année transportés au nouveau monde. L'Afrique n'était plus qu'une fabrique d'hommes. Les excès de ce commerce homicide amenèrent une prompte réaction. L'Anglelerrre eut la gloire d'attacher son nom à cette réforme. Elle avait pourtant pris sa part à ce déplorable trafic, et même les négriers anglais s'étaient signalés entre tous par leur âpreté au gain et leur sanguinaire activité ; mais enfin ce furent des hommes d'Etat anglais qui protestèrent les premiers contre la traite des nègres. Ils réussirent même, au congrès de Vienne, en 1813, à arracher aux parties contractantes l'expression énergique de leur répulsion, et dès lors ils ne renoncèrent plus à cette croisade abolitionniste. Dès 1813, ils établissaient une croisière permanente sur la côte d'Afrique. En 1838, ils supprimaient résolument l'esclavage dans leurs colonies. Les unes après les autres, les puissances
européennes les ont imités. La France a supprimé la traite en 1848. Cette suppression a réagi d'une manière heureuse sur les indigènes, et changé les conditions du commerce au Sénégal. Les négociants, en effet, ne se sont plus contentés de transporter aux comptoirs sénégalais les marchandises dont les esclaves formaient le solde : ils ont demandé à la région qu'ils visitaient ses productions particulières, et lui ont apporté en échange ce qui lui manquait. A nous d'étudier ces diverses productions.
Comme le Sénégal est situé à la limite de deux régions distinctes, le Sahara et le Soudan, il participe à ces deux régions par sa llore : au nord il ressemble aux steppes sahariennes ; su sud son aspect est celui d'un pays tropical. Le nombre des formes végétales est pourtant bien restreint. Après cinq ans d'explorations botaniques, MM. Leprieur et Perrotet n'ont constaté la présence au Sénégal que de seize cents végétaux. C'est vraiment bien peu pour une aussi vaste contrée.
Pendant longtemps la gomme fut la principale, on pourrait dire la seule production du Sénégal. On nomme ainsi la substance mucilagineuse que transsude le tronc des acacias sénégalais, surtout ÏAcacia Adansonia, ou goniaké, dont le bois, dur et fin, fournit à la marine des pièces courbées très résistantes. Les Acacia Ai'abica, Seyal et Verek, fournissent également d'abondantes récoltes. Les forets de gommiers, ou krabas, furent longtemps des lieux sacrés. 11 était interdit d'y casser une branche. Les souverains s'en disputaient la propriété et les faisaient exploiter par des captifs. C'est au dix-huitième siècle seulement que les Hollandais révélèrent à l'Europe, comme un produit similaire de la gomme d'Arabie ou d'Egypte, ce produit si utile à l'art médical pour ses propriétés spéciales, et à l'industrie pour l'apprêt des étoffes et des vernis. Ils la nommèrent d'abord gomme de l'Inde, parce qu'elle formait un article pour ceux de leurs navires (jui venaient de rinde. Elle ne tarda pas à compter parmi les principaux objets d'exportation de la côte. La production pourtant, est restée à peu près stationnaire : en 1828 on récoltait déjà 1,41U,809 kilogrammes de gomnie; en 1835, 1,404,878; en
1840, 3,100,377; en 1845, 3,656,493; en 1859, 4,610,506; en 1865, 2,692,151 ; en 1871, 3,161,906.
Cette production augmenterait si les krabas étaient exploitées régulièrement; mais ce sont des esclaves qui sont chargés de la récolte; et comme les acacias qui produisent la gomme sont embarrassés de lianes ou hérissés d'épines, ces esclaves considèrent la récolle comme une corvée. Avec un simple bâton recourbé en croc, ils détachent la gomme et détériorent les arbres. D'ailleurs les Maures se contentent de nous vendre la quantité en retour de laquelle ils reçoivent des ustensiles, des armes ou des étoffes.
Les acacias croissent tous dans le voisinage du Sahara. Quand souffle Tharmattan, qui s'est échauffé au contact des sables du désert, ses effluves brûlants contractent et fendent Fécorce des arbres, déjà fatigués par les étreintes d'une plante parasite, le Lorajitfms SeiiegalejisiSy et en font couler, sous forme de larmes, la gomme, qui bientôt se coagule au grand air; en sorte que la récolte est toujours en rapport avec la durée et la violence du vent : aussi est-elle singulièrement aléatoire, et, dans de semblables conditions, on ne fondera jamais une colonie agricole qui ait quelque chance de succès. En outre, le commerce de la gomme a longtemps été comme un monopole entre les mains des Maures, qui l'avaient limité à certaines escales et à certaines saisons, et devenaient de plus en plus exigeants. Ils avaient fini par croire qu'on mangeait de la gomme en France , et que cette précieuse substance était indispensable à notre alimentation. De là des vexations de tout genre, et peu d'empressement de la part de nos négociants. L'avenir du Sénégal n'est donc pas dans la production de la gomme.
Les acacias ne sont pas les seuls arbres groupés en forêts qu'on rencontre au Sénégal. Les forêts sont au contraire nombreuses et abondent en essences variées, dont quelquesunes précieuses. Voici le nom des principales : le cailcedra {Catja Senegalensis) on acajou du Sénégal, qui sert aux constructions navales et à Tébénisterie; le detarr, le vene, le ridimb et le solum, dont on emploie les écorces pour la teinture; le baobab {Adamonia digitata) dont Cadamosto parlait
déjà avec étonnement, et admirait les troncs « larges de dixsept brasses à la base » ; le fromager ou bentcnier, aux troncs réguliers, aux branches symétriques, aux racines énormes laissant entre elles d'assez larges réduits pour que les voya-
geurs puissent les utiliser comme magasins de dépAt ou lieux de réunion ; les rôniers, dont le fruit est entouré d'une filasse juteuse d'un goût sucré très agréable, et dont le bois, très résistant, est employé pour les constructions hydrauliques; aussi le gouvernement les a-t-îl pris sous sa protection, et,
dans tous sos traités avec les Maures, s'csl-il réservé la propriété de tous les rônicrs en bordure sur le fleuve; viennent ensuite les cocotiers, arbres de provenance étrangère, qui n'cxistuient-pas encore dans la contrée à la fin du dix-septième siècle ; les dattiers, qui poussent aux environs de Bakcl et donnent des fruits excellents; les palétuviers, tri-s abondants sur la côte, etc. Mentionnons enfin le karité {Bassia Perkii), auquel la matière grasse de sa châtaigne a valu le nom d'arbre à beurre, et le kola ou gourou [Sterculia aciiminala), dont la
noix, apéritive et fortifiante, rend agréable au goût jusqu'à l'eau corrompue'.
Plus encore que les forêts, ce qui constitue à l'heure actuelle la principale richesse du Sénégal, ce sont les plantes oléagineuses, et surtout l'arachide ou pistache, dont la culture, tout en procurant le bien-être aux indigènes, les fixe au sol en les accoutumant à un travail régulier, les initie à la propriété et assure au commerce et à l'industrie un article très important. L'arachide était à peine connue de nom il y a un demi-
I. Heckel. des Kolas africains (Société de géographie de Marseille); 1S83.
siècle. Pourtant elle croît spontanément dans tout le Sénégal. C'est une herbe annuelle, rameuse et poilue. Ses fleurs sont petites, jaunes et géminées. Le fruit se recourbe vers la terre, s'y enfonce, et accomplit sa maturation à plusieurs pouces au-dessous de sa surface. Les graines ont la grosseur d'une noisette et une saveur assez agréable, surtout après avoir été torréfiées. L'arachide produit une huile grasse, qu'on prétend, mais à tort, d'aussi bonne qualité que l'huile d'olive, et qui se conserve longtemps sans rancir. Ce n'est pas Je seul usage de ce précieux arbuste. Son amande sert aussi de nourriture aux bestiaux. On prétend même qu'elle remplacerait le cacao pour la fabrication du chocolat. Sa tige enfin sert de fourrage aux bestiaux quand elle est fraîche, et de combustible et d'engrais quand elle est desséchée. Les soins les plus simples suffisent à sa culture. En trois ou quatre mois la plante est semée et récollée. Tous les terrains lui conviennent, surtout les plus secs. Ce sont autant d'admirables conditions pour faire passer de l'indolence et du vagabondage à la vie agricole des populations que rebuterait une plus longue durée de soins. En effet, les Sénégalais se sont adonnés avec empressement à une culture aussi avantageuse. L'arachide est aujourd'hui cultivée dans toute la vallée moyenne du Sénégal, dans le Cayor, dans le Saloum. Tout le long du chemin de fer de Dakar à Saint-Louis, les brousses sont défrichées et les plantations se succèdent. C'est sans doute ce qui arrivera pour chaque voie nouvelle. L'arachide commence à être fort recherchée en France, surtout dans le ]\Jidi. L'huile que la graine contient, dans une proportion de trente-trois pour cent, trouve son emploi dans la savonnerie, le graissage des laines et l'éclairage. Elle sert même comme huile comestible, pure ou mélangée à l'huile d'olive.
11 est au Sénégal une autre plante oléagineuse qui semble également appelée à un bel avenir commercial. On la nomme le beraff. C'est la graine de deux melons d'eau ou pastèques, le Cuvamh melo et le Cnciirbita iniroor, que les indigènes consomment crus, mais dont ils gardent la graine pour la vendre. Cette graine, moins encombrante que l'arachide, donne, assure-t-on, une huile meilleure encore, à la fois utile
à ralîmentation et à la saponification. Le Sénégal semble d'ailleurs la terre promise des graines oléagineuses : non seulement toutes celles qu'on récolte en France y poussent pour ainsi dire spontanément, mais on y rencontre encore des produits spéciaux : le pignon d'Inde, le pourgueire, la noix de touloucana, la noix de palme, et le modeste mais utile ricin.
Le coton* et l'indigo méritent une mention spéciale. Le cotonnier pousse dans toute la vallée du Sénégal. Les femmes en ramassent la quantité nécessaire à chaque famille, la cardent et la filent. Un tisserand indigène en fait des tissus, qu'il teint ensuite. Les échantillons de coton sénégalais introduits en France n'ont pas été appréciés avec faveur par les manufacturiers. Il est vrai de dire que la négligence des indigènes dans le triage de la graine ou le classement des brins dépassait toute mesure. Depuis quelques années on a fait à Dakar et aux environs des plantations modèles qui promettent de meilleurs résultats. Quant à l'indigofère, il croît, ainsi que le cotonnier, spontanément et partout. Il se passe de soins, résiste à tous les fléaux, et peut donner jusqu'à trois récoltes par an. Les noirs en obtiennent des teintures du plus bel éclat. Il pourrait faire concurrence à l'indigo du Bengale, si on cherchait à améliorer la fabrication de la pâte.
Nous ne parlerons que pour mémoire du froment, du mil et du riz, qui servent à l'alimentation générale, mais nous devons une mention spéciale au maïs, au tabac, dont on cultive deux espèces, l'une à priser, l'autre à fumer ; à quatre ou cinq espèces de soies végétales; à une multitude de légumes et de fruits, dont plusieurs rappellent aux Européens les jardins de la patrie. Une plante nouvelle, un moment populaire en France, le sorgho à sucre, a fait récemment son apparition au Sénégal et y a très bien réussi. Il n'en a pas été de même pour une sorte de vigne annuelle et semée. Les tentatives pour l'introduire en France ont été infructueuses, et, même dans le pays d'origine, on n'a pas réussi à la greffer. Aussi bien il faut se défier de cette tendance à l'introduction de produits nouveaux, car les particuliers gaspil-
1. X., Culture du cotonnier au Sénégal (Revue maritime et coloniale, 1865).
lent souvent en tentatives stériles et leur temps et leur argent. Mieux vaut s'en tenir aux productions indigènes, qui certes ne manquent ni de variété ni d'abondance.
Des végétaux, passons aux minéraux. Les richesses minérales du Sénégal sont encore mal connues et à peine exploitées. Gorée reçoit de la Gasamance environ huit cents barriques de coquilles destinées h la fabrication de la chaux et qui sont directement consommées par la colonie. Sur la lagune de Gandiole, au sud de Saiut-Louis, on exploite le
Indigotier.
sel, denrée précieuse qui, dans l'intérieur, est avidement recherchée. Des Maures Douaichs ont apporté à Saint-Louis des échantillons de ce qu'ils appelaient des pierres noires, et qui étaient du charbon; mais on n'a fait aucune fouille, et par conséquent on ne connaît pas la richesse du gisement. Les noirs de la Falémé ont encore apporté des échantillons de terre contenant du mercure à l'état natif. Le fer est abondant, on le rencontre partout k fleur de terre; il constituera quelque jour la principale richesse du haut Sénégal, car il en forme le sous-sol en vastes étendues , et la teneur
moyenne du minerai est égale aux deux tiers de la masse. Mage raconte que, les soldats d'Ahmadou ayant manqué do balles, quelques-uns d'entre eux ramassèrent des fragments de fer qu'ilà trouvèrent à ras du sol, et fabriquèrent en une nuit plusieurs milliers do projectiles. II est vrai que les procédés d'extraction sont encore bien rudimentaires, et que, jusqu'à nouvel ordre , les indigènes seuls récoltent le fer pour leurs besoins locaux; mais il n'est pas impossible que quelque jour sur la rive du fleuve s'élèvent d'importantes usines qui utiliseront ces richesses encore à peu près inexploitées.
Restent les métaux précieux, et l'or en première ligne*. On connaît depuis longtemps For sénégalais. Sur les portulans du moyen âge le grand fleuve occidental est désigné sous le nom de rivière de lK)r. Dès le quatorzième siècle, nos Normands ramassaient dans leurs comptoirs de la côte de la poudre d'or. Les Portugais, qui les remplacèrent, ne négligèrent pas ces trésors. Ils pénétrèrent même dans le pays producteur, le Bambouck, mais disparurent après une occupation de peu de durée, car ils ne surent résister ni au climat, ni aux indigènes, ni à leurs propres dissensions. Ce qui prouve leur séjour, c'est la persistance de certaines dénominations locales, évidemment empruntées à la langue portugaise : ainsi le mol zapater^ encore employé pour désigner les cordonniers. Les Français succédèrent aux Portugais. André Brue allait à la recherche de l'or lorsqu'il s'enfonça dans le pays, en 1098, et y fonda le fort de Saint-Joseph ou de Galam, le premier de nos établissements sur le haut Sénégal. Seize ans plus lard, en 1714, il fondait sur la Falémé le fort Saint- Pierre et expédiait à Paris de nouveaux échantillons d'or. \ Un de ses agents. Compagnon, parcourait le Bambouck, arrivait jusqu'aux monts Tamba-Oura et rapportait de riches échantillons d'argile aurifère. Brue fut le dernier de nos gouverneurs qui s'occupa sérieusement des mines du Bambouck. Ses successeurs laissèrent dépérir nos établissements. Peu à peu on les oublia. On finit même par croire que cette Californie africaine n'avait existé que dans l'imagination de certains
1. Georges Renaud, VOr au Sénégal {Revue géographique internationale, 1878).
voyageurs. En 1843, Iluarl et Ilaffenel résolurent d'éclaircir ce mystère. Ils arrivèrent, non sans peine, à Sansandîg, sur la Falémé, au seuil de la région aurilere, là où la récolte de Tor se fait par le simple lavage des sables. Quelques jours de marche les conduisirent à Kenieba, où ils furent reçus avec empressement et initiés à tous les détails d'une exploitation primitive. Ces mines sont situées dans un terrain d'alluvion, où les indigènes creusent des puits d'une profondeur de sept à quarante mètres, aboutissant à une galerie horizontale qui se prolonge rarement au delà de cinquante mètres. Le minerai, extrait par gros fragments, est jeté dans des calebasses pleines d'eau, où des femmes Técrasent en le pétrissant, et le lavent à plusieurs reprises. Le résidu est transporté dans une valve de coquille, où il subit de nouveaux lavages. Il est réduit en poudre avec de petits cailloux. La poudre sèche au soleil; on souffle dessus, et il ne reste que l'or obtenu en paillettes ou en molécules. Le précieux métal est alors gardé dans des cornes de gazelle, j usqu'à ce qu'on en ait ramassé une quantité suffisante pour le fondre dans un creuset. Ces procédés primitifs laissent perdre une énorme quantité de métal. D'ailleurs les terres lavées constituent la minime partie de celles qu'on pourrait exploiter. Enfin les puits et galeries sont rudimentaires et souvent détruits par des infiltrations. Parfois, surtout aux flancs des montagnes, de superstitieuses terreurs écartent toute recherche. Notons encore, comme dernier trait de mœurs, que ce sont les femmes qui exploitent les mines : les hommes ne sont admis qu'à extraire le minerai ou à faire sentinelle à main armée. La présence des gisements aurifères est donc constatée, mais l'exploitation n'a pas été améliorée. En 1832 le commandant lley, en 1856 M. Flizes, reconnurent de nouveau le pays. En 1838, le gouverneur Faidherbe alla en personne construire un fort à Kenieba et commencer do nouveaux travaux; mais, soit mauvaise direction, soit recherches infructueuses, l'entreprise n'a pas réussi. L'or a été mangé, disent les indigènes. D'ailleurs la région est très insalubre, car les eaux croupissantes s'amassent dans les basses vallées, et l'air est comme surchauffé par la réverbération des rayons solaires
sur les pentes nues. Tous les nouveaux essais entrepris par (les compagnies privées n'ont pas abouti. Seuls les indigènes n'ont pas renoncé à l'industrie du lavage.
Les mines du Bambouck sont néanmoins fort riches, et il est probable qu'elles ne forment qu'une veine détachée du massif fouta-djallonais. On a encore constaté la présence de gisements aurifères dans le Bouré^ sur un des hauts afQuents du Bakoy, dans le voisinage du Niger; mais ils n'ont pas encore été étudiés par les Européens. Mollicn écrivait au commencement du siècle : « Quand on considère quelle quantité d'or se vend chaque année sur cette partie de la côte d'Afrique, on n'hésite plus à croire que ce continent en renferme dans son sein autant que l'Amérique. » Si l'on admet l'ingénieuse hypothèse d'un savant contemporain*, il ne faudrait pas aller chercher ailleurs le fameux jardin des Hespérides, qui a tant préoccupé les anciens. « Les pommes des Hespérides, écrit M. Antichan, ne sont pas des oranges, mais des pépites d'or. On allait les ramasser dans les hautes régions de la Sénégambie et de la Guinée, d'où on les rapportait à la côte pour les broyer et en extraire le précieux métal au moyen de lavages. Ces lavages se faisaient, d'après Slrabon^, dans des auges ou sébiles remplies d'eau; d'après Hérodote, dans des lacs ou bassins. Les femmes qui en étaient chargées péchaient les paillettes d'or avec des plumes enduites de poix, comme les laveurs des placers les recueillent avec du mercure. Elles égayaient leur travail de leurs chants, et, à cause de cela, elles étaient devenues les Hespérides à la voix sonore et harmonieuse. »
Nous ne saurions admettre sans réserve cette ingénieuse identification; mais, à en juger par la quantité d'or que, depuis plusieurs siècles, les indigènes fournissent aux Européens sans autre manipulation que de grossiers lavages, nous croyons que les montagnes sénégalaises recèlent dans leurs flancs un vaste champ d'or. Le dernier mot n'est donc peutêtre pas encore dit sur les placers sénégalais.
Il nous reste, pour terminer cette revue des produits de notre colonie, à étudier la faune.
1. Antichan, le Jatrlin des Hespérides {Revue de gdographie, 1885).