Gallieni, Mission dans le haut Mif/cj^ et à Séyou
moins d'un siècle, les Peuls n'avaient pas d'histoire ; on constatait seulement leur présence en Sénéganibie. C'est en 1533 que Barros parlait pour la première fois du rey dot Fullos, Ils ont joué tout à coup un rôle prépondérant, et de nomades à peu près ignorés sont devenus dominateurs. De l'anarchie ils ont subitement passé à l'organisation politique. De pareils changements ont toujours leur raison d'être. C'est l'ardeur religieuse, c'est la fièvre de propagande qui les a emportés vers ces glorieuses destinées. De même que les Arabes, ils se sont faits les apôtres d'une religion à laquelle ils se sont dévoués, et paraissent devoir jouer dans le continent noir le même rôle que jadis les premiers disciples de Mahomet dans les bassins de la Méditerranée et de la mer Rouge.
Quelle est l'origine des Peuls*? Ils ne sont pas autochtones, car on les trouve disséminés sur d'immenses espaces, depuis le Darfour jusqu'aux rivières du Bas-de-Côte, c'est-à-dire dans une zone de quatre mille cinq cents kilomètres de longueur, sur une largeur de mille kilomètres. Sauf en Sénégambie et dans le Fouta-Djallon, ils sont partout clairsemés. Souvent même ils sont comme noyés au milieu des tribus nègres; mais ils conservent toujours l'originalité du type et la pureté de la race. Aussi bien ils se vantent de ne pas appartenir à la race noire. Ils se prétendent même parents des blancs. Leurs savants se croient d'origine himyarite ou arabe, et leurs marabouts nomment comme leur ancêtre un certain Feolah ben Himier, c'est-à-dire le Fils du Rouge.
La couleur rouge est en elTet comme la caractéristique du type peul ; mais c'est un rouge d'une espèce particulière, qu'il est très difficile de définir, caries auteurs varient singulièrement dans leurs appréciations. D'après Golbcrry, les Peuls seraient d'un noir tirant sur le rouge; d'après Mungo- Park, d'un noir peu foncé, plutôt basané que noir. MoUicn les a trouvés presque blancs; Gray et Dochard, cuivre clair. Caillié leur attribue un teint marron un peu clair ; Raffenel, brun
1. Gustave d'Eichtal, Histoire et oriijine des Foulahs ou Fellans (Mémoires de la Société ethnolof/ique). — Barth, Reisen und Entdcckungeii in nont und central Africa, 1857; — Sammlunf/ und Bearbeitung central Afrikanischer VocaOularien, 1862. — De Crozals, Peullts et Foulahs Jievue de géographie, 1882}.
Les Yolofs * occuponl presque tout Fcspace limité par le Sénégal, la Falémé et la Gambie, c'est-à-dire les provinces sénégalaises qu'on nomme le Oualo, le Cayor, le Baol et le Djolof. Ils sont noirs entre les noirs. Leurs lèvres mêmes sont noires, mais d'une teinte plus mate que le reste du visage. La peau, d'un noir de jais avec des reflets brillants, dénote la finesse du derme. Les formes sont pures et élégantes, surtout le buste, admirable de largeur et de force. Le volume de la tête est cependant trop petit pour la masse du corps; mais les Yolofs la grossissent en laissant pousser leurs cheveux crépus. Elle est attachée à un cou flexible et bien planté dans les épaules; les reins sont cambrés, la cuisse arrondie, et le genou petit. Ce sont, en un mot, de fort beaux hommes, et lo type serait parfait s'il n'était déparé par une jambe un peu sèche et un pied plat.
Les Yolofs parlent une langue que Ton peut étudier comme un modèle de langue agglutinante. Les racines, toutes monosyllabiques, s'agrègent les unes aux autres, tout en restant invariables dans leurs diverses valeurs de substantifs, d'adjectifs, de verbes ou d'adverves; elles se déterminent par des suffixes qui modifient à l'infini la signification des mots. Ainsi; pour n'en citer qu'un exemple, par un simple changement de désinence le verbe peut se conjuguer dans le sens emphatique, interruptif, augmentatif, causatif, etc. Bien que cette langue n'ait pas de littérature proprement dite , elle est très répandue, car elle est devenue, par sa facilité même, la langue usuelle du commerce dans toute la Sénégambie ^
Les Yolofs se disent les uns musulmans, les autres catholiques; mais ils sont restés fétichistes, car la principale différence entre les sectateurs des deux religions consiste en ce que les uns se servent de grisgris couverts de caractères
1. AzAN, le Oualo et les pays environnants {Hevue maritùne et coloniale, 18G4). — HKHE^OER-FKHAri), Élude sur les Ouolofs (lievue d anthropologie ^ 1875'.
2. CusT, the Moilei'n Lan(/ua</es of Afriva. — Uahtiiélemy, Guide du voi/ageur dans la Sênt^f/ambie française, avec une carte et un vocabulaire français-ouoloff'; 188.'). — J. Dahi>, Grammaire woloff'e: — Diction naire woloff- français; 182C. — B\KO.N UoGKK, Hecherches philosophiques sur la lanf/Uf ouolo/ff: 18:i9. — Akuè Boilat, Grammaire de la lanr/ue wolo/fe: 18"18. — Dksgkmet, Recueil de douze cents phrases françaises usuelles avec traduction wnlo/f; 180*. — KvinnKHUE, Vocabulaire français-tvolo/f {Annuaire du Sént^gal, 185 i).
ET LE SOUDAN FRANÇAIS i3
arabes, et que les autres n'accordent leur confiance qu'à des chapelets ou à des scaputaires. Ils s'accordent du reste pour la célébration de nombreuses îèles nationales ou locales, et continuent h croire à des génies domestiques, la plupart du temps représentés par une sorte de lézard gris, auquel ils servent avec empressement des écuclles de lait. Au fond, ma-
Oi«eaux BJDégali
rabouts et missionnaires n'ont fait chez les Yolofs que de médiocres recrues, et leur prétendue conversion n'est le plus souvent que l'adoption de superstitions nouvelles,
La société yolofe est divisée en castes. Les hommes libres forment la première. Les gens de métier, les indigents occupés aux travaux sorviles et les esclaves sont répartis dans les autres. En dehors de loute classification sont rojctés les griots, c'est-à-dire les sorciers, méprisés, mais fort redoutés
ei très redoutables, car ils ne se contentent pas de fabriquer des talismans, et joignent à leur industrie le commerce, beaucoup plus lucratif, des poisons. La polygamie est en honneur; lorsque meurt un chef de famille, toutes ses veuves deviennent la propriété de son beau-frère. Il faut seulement qu'elles soient en quelque sorte adoptées par la sœur du défunt, qui vient les relever, et les ressuscite, pour ainsi dire, en faisant leur toilette de deuil. Les morts, ainsi que dans ranciennc Egypte, ne reçoivent les honneurs de la sépulture qu après avoir subi une sorte de jugement; mais la bienveillance est de rigueur envers eux, et cette épreuve nVst guère plus qu'une formalité. Le toit de la cabane du défunt est d'ordinaire enlevé et déposé sur sa tombe. Quand les parents et les amis reviennent du cimetière, ils font de nombreux détours avant de rentrer au village, car il faut éviter que le génie du mal saisisse une nouvelle proie.
Les Yolofs furent longtemps nos ennemis les plus déterminés, mais ils ont peu à peu renoncé à leurs préventions, et se sont laissé gagner par notre civilisation. Ils ont adopté notre costume; ils ont pris nos habitudes de travail et d'économie; quelques-uns d'entre eux, soit comme piroguiers, soit comme soldats, se sont même fait remarquer par de véritables traits de bravoure et de dévouement. Ce ne sont plus des sujets ou de douteux alliés* ce sont des associés; ce seront bientôt nos compatriotes. Aussi bien ils se montrent très fiers d'appartenir, môme de loin, à la grande nation française. Ils se vantent d'être les enfants de la ville, et, dans leur naïf orgueil, se considèrent à Tégard des autres nègres comme constituant une véritable aristocratie. Noire règle de conduite à leur endroit n'est-elle pas toute tracée ? Ne devons-nous pas encourager ces bonnes dispositions, et ne jamais perdre de vue que les Yolofs sont appelés à créer, sans doute dans un avenir très rapproché, la nation francosénégalaise?
Les Sérères * forment le second groupe des tribus noires
1. PiNKT-L\PHADE, Notîce sw IfS Séfères (Revue maritime et colonialey 486o). — €ahlus, les Sérères de la Sénégamhie {Jievue de t/éof/raphie, 1880). — F.\idhkhbe, Étude sur la lanyue sérùre [Ajinuaire du Sém'fful, 186o}.
sénégalaises. D'après la traclilion, ils occupaient autrefois la haute vallée de la Casamance. Refoulés au quinzième siècle par les musulmans, Mandingues ou Peuls, ils franchirent la Gambie et s'établirent dans le bassin du Saloum. Leur aire d'habitation est assez nettement délimitée par une ligne qui suit le faîte de séparation entre la Gambie et le Saloum, embrasse tout le bassin de ce fleuve, et rejoint le marigot de Tamna près du cap Vert.
Les Sérères sont de fort beaux hommes. 11 n'est pas rare de rencontrer chez eux des tailles de deux mètres. Si leur jambe n'était pas grêle et leur mollet trop peu saillant, ils ressembleraient, avec leur thorax développé et leurs bras musculeux, à de vrais Hercules. Moins noirs que les Yolofs,. ils ont le nez plus épaté et les lèvres plus grosses. Les jeunes filles, qui trouvent qu'elles ne sont pas encore assez grosses, se font enfler la lèvre inférieure en la perçant d'épines, et elles supportent sans crier, et par amour-propre, celte douloureuse opération.
Bien que, de temps immémorial, les Sérères pratiquent la circoncision, et que cette cérémonie, précédée par une retraite de deux mois nommée le kl, et suivie de véritables scènes d'initiation, soit le prétexte de fêtes bruyantes, les Sérères ne sont pas musulmans. Ce n'est pas qu'ils repoussent la doctrine, mais ils n'ont pu accepter les usages et les pratiques de l'Islam. Ils croient à deux génies suprêmes, Tokhai, dieu de la justice, et Tiourack, dieu de la richesse. Ils rendent encore hommage au dieu serpent, ou Fangol, qu'ils entretiennent soigneusement dans un enclos sacré, entouré d'épines, le dianka. Jadis ils lui offraient des bœufs et des poulets, mais ils se contentent aujourd'hui de lui présenter la dépouille de ces animaux. Ils croient enfin aux génies de l'air et de la nuit, surtout aux mauvais génies, ou scytanes. Comme on ne saurait trop les implorer pour se mettre à Tabri de leur malice, c'est surtout à ces scytanes qu'ils adressent leurs prières, et c'est contre leurs maléfices qu'ils essayent de se garantir, en se couvrant de grisgris, ou térés. Les enterrements sont célébrés en grande pompe. Après le repas des funérailles ou ded, le cadavre est déposé dans une enceinte
circulaire surmontée du toit de la case du défunt. On v laisse ses armes et ses instruments, et on plante tout autour une haie d'épines, pour le protéger contre la dent des animaux carnassiers.
Le chef suprême des Sérères se nomme le hoitr. Jamais souverain n'a exercé avec moins d'entraves un pouvoir plus absolu : à tel point que certaines classes de la société se glorifient comme d'un honneur des mauvais traitements dont il les accable. Sa personne est sacrée. Tout ce qui émane de lui l'est également. Ainsi, manifeste-t-il l'intention de cracher, il faut se jeter à terre, ramasser précipitamment une motte de terre, la présenter avec respect au souverain, et garder avec soin la salive royale. Toute une hiérarchie de fonctionnaires entoure le bour. Les plus importants se nomment le daraf et le farbo. Ils s'accordent toujours pour faire peser sur le peuple un joug écrasant ; mais ils ont si bien conscience des haines soulevées contre leur intolérable tyrannie, qu'au premier symptôme de maladie chez le bour, ils s'empressent d'enlever tout ce qui leur appartient en propre dans le palais royal. Ils savent trop bien que le palais sera pillé tout aussitôt après la mort du bour. Le daraf est une sorte de maire du palais, qui assume sur sa tète toute la responsabilité des actes royaux. C'est lui (jui est chargé de l'éducation du bounii ou de Théritier présomptif. A la mort du bour, il propose le bourni à l'acceptation du peuple. Si aucune protestation ne s'élève, le bourni est élevé à la dignité de bour. Si, au contraire, le choix n'est pas ratifiç, on désigne séance tenante un compétiteur, et les parlis opposés se séparent pour se préparer, chacun de leur côté, à la guerre civile. Le jour même du couronnement du nouveau bour, le daraf prend mesure d'un cercueil en bois, destiné à recevoir sa dépouille mortelle. Quant au farbo, c'est à proprement parler l'intendant du palais, le fonctionnaire spécialement chargé de fournir au bour la sanyara^ ou eau-de-vie. Cette charge n'est pas une sinécure, car la sangara, alTreux mélange d'alcool, de tabac, de poudre en grains et de piment rouge, est distribuée avec une déplorable prodigalité. L'ivresse est en quelque sorte l'état normal du bour et des
principaux fonctionnaires. Le fameux proverbe : « Quand Auguste avait bu, la Pologne était ivre, » est ici d'une applicarlion journalière. Le mauvais exemple donné par le souverain n'est en effet que trop suivi par le peuple. Il est difficile de trouver ailleurs une population aussi adonnée à l'ivrognerie. Les enfants sucent Toau-de-vie en même temps que le lait de leur mère. Aussi les malheureux demeurent-ils comme hébétés. On ne peut demander plus tard à ces intelligences endormies que de mauvais coups ou même des crimes h exécuter. Ils deviennent tiédos, c'est-à-dire les Ames damnées des chefs, des instruments passifs entre leurs mains. Ils ont abdiqué toute volonté. Ils ne savent plus que boire, et ne demandent plus qu'à boire cette odieuse sangara. C'est alors que les atteint un mal mystérieux, la nélouane^ ou maladie du sommeil. Portés au sommeil d*une façon invincible, on les voit manger, boire et accomplir les fonctions ordinaires de la vie sous rinfluence d'une torpeur qui les accable et qui ne les abandonnera phis.
Au-dessous du bour et de ses principaux lieutenants, le daraf et le farbo, les Sérères sont répartis en dix classes, soigneusement superposé(\s les unes aux autres. La première est celle des (futUécavPi^, ou princes du royaume, issus des princesses du sang. Ils composent l'entourage immédiat du roi et sont très puissants. Le peuple ne prononce leur nom qu'avec respect, car il redoute leur vengeance. C'est parmi eux que le bour choisit son bourni ou héritier présomptif; mais ce choix est toujours chose délicate, car les guélévares évincés rassemblent les tiédos en quête de sangara ou même les bandits qui tiennent la campagne, et se préparent à la guerre civile, pour la prochaine mort du roi. Si même cette mort tarde trop au gré de leur impatience, ils protestent contre le choix du bourni et font appel aux armes.
La seconde classe est celle des domihours, ou descendants du roi et d'une femme libre. C'est parmi eux que l'on choisit les chefs de village ou même de province. Les dianiihourSy ou hommes libres, constituent la troisième classe. Ils sont
1. Max AsTRiÉ et Strebb, la Nélouane (Sociéti'^ de géographie de Marseille).
spécialement chargés de la perception des impôts. Le système de perception en bloc est'pour eux Tidéal. Ils se rendent chez un propriétaire, et prennent tout ce qui est à leur convenance jusqu'à concurrence de la somme qu'on leur réclame. Le volé n'a d autre ressource que de s'adresser au bour, mais il préfère garder le silence. Viennent ensuite les guévek ou griots, et aussi tisserands; les môhos et les boinhddos^ ou agriculteurs; les tegaSy ou fabricants d'armes, d'instruments et de bijoux; les udés, ou fabricants de sandales, de selles et de brides; les bissèles^ charlatans ou saltimbanques, voleurs de profession, très habiles pour enlever des troupeaux ou faire disparaître des enfants, et enfin, au dernier rang de cette société si divisée, les laobès. Ce sont les Tziganes des • Sérères : vrais nomades, sans résidence fixe, s'installant . dans les forêts, où ils se livrent à toutes sortes de métiers, ' surtout de métiers peu avouables. Peut-être, comme les parias de rinde, sont-ils les vrais aborigènes, foulés et opprimés par toutes les invasions, et qui n'ont survécu à leur ruine que par leur abaissement même. Ces laobès méritent du reste le mépris dont on les abreuve. Sales, gourmands, débauchés, ils sont entre eux d'une férocité inouïe; mais les autres classes de la population les laissent se déchirer entre eux, sans accorder à leurs querelles plus d'attention que nous n'en accordons aux disputes des chiens dans les rues de nos villes.
En dehors de ces dix castes vivent à part les sorciers. On en distingue trois catégories ; les boroms-hamaiis, qui ressemblent à nos somnambules et prédisent l'avenir; les boromstours, qui ont pour mission de punir les voleurs et de démasquer les sorciers dangereux, et enfin les dénias, qui sont précisément ces dangereux sorciers. Un noir a-t-il des ennemis qui veulent l'expédier sans trop de danger dans l'autre monde, on l'accuse d'être dénia. Le prétendu dénia est alors conduit près de l'arbre fétiche, tenant un coq entre ses bras. On lui fait boire une potion. S'il est réellement sorcier, il ne vomira pas la potion et le coq restera muet, et en ce cas il sera aussitôt mis à mort; s'il n'est pas coupable, il rendra la potion et le coq chantera.
La polygamie est en honneur chez les Sérères. On achète
une femme en payant au futur beau-père le dioitr, c'csl-à-dire «les esclaves, des chevaux, des bœufs, etc. Quand le jour fixé pour le mariage est arrivé, les amis du fulur enlèvent la jeune fille, qui résiste, mais linît par être amenée àupentia ou lieu de réunion du village. Elle en fait le tour, et reçoit alors des félicitations et des cadeaux. lîlle est ensuite enfermée pendant huit jours dans la maison d'un chef de famille, et ce n'est qu'au neuvième jour qu'est célébré le mariage, par un grand festin auquel tout le monde peut prendre part. La tête de la mariée est aussitôt couverte d'un voile blanc, le maliine,
qu'elle ne pourra quitter pendant un mois, et auquel tout le monde a le droit d'essuyer ses mains. Huit jours après le mariage commence une lessive générale, sauf pour le malAne, à laquelle chacun peut apporter son linge sale. Si l'union n'est pas heureuse, la femme se sauve chez ses parents, qui peuvent la rendre à l'époux moyennant réparation, ou la vendre à un autre fiancé. Les femmes stériles ont un singulier moyen de se créer une famille. Klles achètent une jeune fille, lui donnent un mari, et tous les enfants issus de cette union deviendront leur.s héritiers légitimes et porteront leur nnm. Les Sérères sont braves. Avant de se dérider à entrer en campagne, ils convoquent le conseil des n barbes blanches »
no LE SÉNÉGAL
et immolent soil un homme, soit un bœuf. En outre, deux sorciers, deux boroms-tours, s'enferment dans une case, le demini'fa}?(jol, et passent tout leur temps à fabriquer et à expédier des grisgris aux combattants. Comme armes offensives, ils ont des sabres, des lances et des fusils. Leurs seules armes défensives sont les grisgris. Ils sont assez habiles en castramétation, et savent improviser un camp défendu par un fosse et des palissades en bois. Au milieu se dresse une sorte de donjon, le ndogtal, réservé au roi. On ne peut les preYidre que par la famine, et il arrive souvent que, réduits^ au désespoir, ils s'ouvrent un chemin sanglant.
Comme les Sérères, malgré leur penchant à l'ivrognerie, sont au fond honnêtes et laborieux, il est à croire que le travail les moralisera, et qu'à l'exemple des Yolofs, ils deviendront bientôt les propagateurs de la civilisation française dans l'Afrique occidentale.
Les Soninkés* ou Sarakolès sont également susceptibles de progrès. D'après la tradition, ils auraient autrefois fondé de grands empires dans la vallée du Niger; mais, aussi loin que remontent les souvenirs historiques, c'est en Sénégambie, sur les bords du Sénégal, entre Bafoulabé et Bakel, qu'on les trouve établis. Ils sont plus petits que les Yolofs et les Sérères. Leur teint n'est plus noir, mais marron foncé, tirant sur le rouge. Leur front est fuyant, leurs pommettes peu saillantes, leur nez épaté; leurs lèvres très grosses et repoussées en dehors par l'inclinaison des gencives; leur menton fuyant, mais fourni d'une barbe assez épaisse ; leur chevelure laineuse , sans être crépue. Les femmes portent leurs cheveux tressés en forme de casque, entremêlés de verrolerios et de grains d'ambre, et sous un voile llollant de gaze.
Les Sarakolès habitent des villages bien construits et aménagés avec goût, très rarement entourés de palissades. Au centrer s'élève un grand arbre autour duquel a été construite une estrade. C/est un véritable forum oii les indigènes s'assemblent pour causer dos affaires publi([ues. Doux de caractère et conciliants, se bornant à une résistance passive, sou-
1. Bk«en(.eu-Fkp.m [). È(u(W sur ics :^oni/tb's Ilt>i ur iVunlJinjpohjfiic , !8"Ï8 .
vent' plus efficace que la violence, ils ont réussi à se maintenir en i>elil9 États, monarchies ou a,ristocralics, et, sous le flot des invasions qui a traversé la région, mais sans l'anéantir, ils ont réussi à maintenir leur indépendance. Depuis longtemps convertis à l'Islam, ils sont demeurés tnlérants. Ce n'est que par accès, et sous l'excitation d'une fureur passagère, que la fièvre religieuse leur met les armes à la main.
Le trait distinctif de leur caractère est une extrême curiosité. Ainsi que nos ancêtres les Gaulois, ils sont avides tic nouveautés. Le désir de voir des pays inconnus les entraine au
Femme «ooinkée.
loin. Aussi s'cngagcnt-ils volontiers, soit comme matelots, — et ils sont alors de très bons piroguiers, — soit comme guides ou porteurs, — et iis excellent à di^broussaillcr une forêt ou à tracer des sentiers et dos routes. Le commerce est leur occupation favorite, mais ils ne négligent pas pourtant l'agriculture el écoutent volontiers les conseils de nos négociants. On peut compter sur eux. Il est probable qu'ils deviendront pour le baut tleuve ce que les Yolofs sont déjà pour le bas lleuve, et que d'ici à quelques années, sous l'inllucncc moralisatrice de la paix, de la civilisation et tlu travail, iis con- Iribuerontàlagrandeurctù la prospérité de la France africaine.
Les Mandîngues ou Bambaras sont moins avancés. Ils habitent la région occupée par les hauts affluents du fleuve et tout le pays compris entre le Sénégal et le Niger. Ce sont les provinces que Ton désigne sous le nom de Khasso, de Guidimakha, Nadioga, Kaarta, Bondou, Bambouck , etc. Les Bambaras* et Malinkés sont des noirs de haute taille, aux cheveux crépus. Leur vêtement est des plus primitifs : il se compose d'un pantalon retenu à la ceinture par une sorte de cordelière, d'un boubou assez court, laissant les bras nus, et d'un bonnet relevé par des pointes vers le sommet de la tête. Les femmes ne sont le plus souvent vêtues que d'un pagne, qu'elles enroulent autour des reins. Des fusils à silex, à un seul canon, de provenance anglaise, des sabres dont les lames sont protégées par des fourreaux de cuir fabriqués par les cordonniers du pays, quelques lances et un petit nombre d'arcs, telles sont leurs armes. Leur principale occupation est l'agriculture ; mais, comme ils sont très paresseux, ils n'emploient que des procédés tout à fait rudimentaires. On rencontre dans les villages de la région des forgerons qui fabriquent les armes et les instruments d'agriculture , des cordonniers qui confectionnent d'assez jolis objets en cuir, des tisserands et des vanniers; mais toutes ces industries sont locales et n'ont aucune importance commerciale. Bambaras et Malinkés ont pourtant l'instinct commercial très développé : ce sera sans doute pour eux, tôt ou tard, l'occasion de mettre en œuvre leurs ressources agricoles et métallurgiques, pour se procurer en échange les objets de traite que leur apporteront nos négociants.
Entre les Yolofs et les Sérères sur le bas Sénégal et le long de l'Atlantique, et les Sarakolès, Mandingues et Bambaras sur le haut fleuve, est jetée une population fort curieuse, qui ne possède pas à vrai dire de domaine propre, mais s'est en quelque sorte infiltrée parmi les noirs, et a usurpé à leurs dépens d'importants domaines. Ce sont les Peuls ou Foulahs, que Ton désigne encore, d'après divers auteurs, sous les noms de Fullos, Foulis, FcllanSy Fellatalis, Pouls ou Peules, Il y a