Le Sénégal
Situation) délimitation. -^ Le littoral : caps, baies, îles, etc. -^ Les montagnes! les monts Kong, le Foata«Djallon. — Région du Fouta^Djallon. — Cataractes de Gouina et de f élou. — Cours d*eau : le Sénégal et ses affluents ; cours du fleuve et accidents divers ; le paysage ; un joli tableau. — Marche d'un convoie — Lac3 et marigots.
Les possessions françaises en Sénéffambie^ — nom formé de celui des deux grands fleuves de cette côte, le Sénégal et la Gambie, — comprennent à la fois la colonie du Sénégal proprement dite et ce qu'on appelle ses dépendances ; ces dernières Sont les postes et les comptoirs établis par nous sur les nombreux cours d'eau qui se jettent dans l'océan Atlantique, au sud du Sénégal, fleuve principal.
Il serait malaisé de fixer exactement les limites de cette
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vaste colonie, formée surtout de postes à périmètre indéterminé, qui s'échelonnent le long de l'Atlantique ou sur le bord des fleuves. Au nord, c'est jusqu'au 22* degré de 1 ititude, au delà du banc d'Arguin, célèbre par le nauf/age de la Méduse ^ et au delà du cap Blanc^ que nous revendiquons la côte comme française ; au sud, notre poste le plus éloigné est celui de Benty sur la Mellacorée (9 latitude nord^ 15^ longitude ouest). Mais la colonie du Sénégal proprement dite s'arrête àla pointe de Sangomar, àrembouchureduSaloum (13** 49' latitude nord, 19** 47 longitude ouest).
Littoral. — Depuis le 22® degré jusqu'à l'embouchure du Sénégal, la côte basse, sablonneuse, n'oflEre au regard que de continuelles dunes blanches, à peu près sans verdure, et un peu plus loin, vers l'intérieur des terres, des collines couvertes de broussailles. Son aspect est rendu plus inhospitalier encore par une ceinture presque ininterrompue de brisants, qui forment une barre des plus redoutables tout près de la ville de Saint-Louis, àl'endroit où le Sénégal se jette dans la mer.
Le cap Vert dépassé, — on l'appelle ainsi à cause des forêts qui le couvrent , — soudain se dressent deux monticules rocheux, de forme conique, élevés de 150 mètres, et qu'on nomme les Deux-Mamelles. Puis
la presqu'île du cap Vert ou des Sërères s'avance dans l'Atlantique, avec les découpures de la pointe des Almadies, du cap Vert proprement dit et du cap Manuel, qui forment autant de petites baies. Un gronpe d'îles et d'îlots semble faire cortège à cette langue de t^rre : l'île d'Yof au nord-ouest, les trois îlots déserts de la Madeleine, enfin l'île de Gorée, élevée de 2 à 4 mètres au-dessus du niveau de la mer, large de 800 mètres seulement en son point le plus étroit, et baptisée par les indigènes, à cause de sa forme bizarre, du nom de BerVy qui signifie ventre. En face de cet îlot basaltique, la côte décrit presque une demi-circonférence, où s'abrite le port excellent de Dakar. Puis elle poursuit sa ligne basse et sablonneuse, dont la monotonie est à peine interrompue par un couronnement de broussailles , d'où émergent par intervalles des bouquets de palmiers. Plus loin, un plateau de roches protège une petite anse où se cache Rufisque, qui est aujourd'hui un des principaux centres commerciaux du Sénégal. A partir de ce port^ les bords s'élèvent, se boisent et forment parfois des pointes rocailleuses, telles que le cap Eouge et le cap de Waze, au pied duquel on jette l'ancre par huit mètres de sable fin. Les falaises s'abaissent ensuite graduellement, et l'on aperçoit l'embouchure de la rivière de Somone. Bientôt
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la côte est coupëe en de nombreux endroits par de petites rivières ou des marigots : rivière Baleine, marigot de Venel, rivière de Joal, jusqu'à la pointe de Palmarin, couverte de toujQTes d'arbres. On longe enfin la pointe • sablonneuse de Sangomar, et l'on atteint l'embouchure de la rivière de Saloum, qui sépare le Sénégal français de la Gambie, colonie anglaise.
Montaffnes. — Le mot Kong sert, d'une façon générale, à désigner toutes les montagnes qui vont du Niger au Sénégal. On peut citer parmi les cimes les plus impor* tantes le pic de Tamgui, entre le Rio Grande et les rivières qui forment le Sénégal, et le mont Kakoulima, un peu plus au sud ; la plus haute de toutes, le Soundoumali, mesure 2,900 mètres et son front est couvert de neige à la fin de la saison des pluies.
(c Les monts proprement dits de Kong, dit M. Trouessart , dominent la côte de Guinée et ne dépassent guère 1,000 mètres. Ils se continuent au N.-E. par les monts Saraga, et à l'O. par des collines de moins de 500 m., entre lesquelles passe le Niger. Oli ne peut guère y rattachez! la chaîne volcanique des Cameroun, non plus que les montagnes du Soudan méridional. La zone côtière qui se dérouleau pied des montagnes du Fouta-Dhialon
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et de Kong, est assez large au N., où la plaine du Sénégal se confond presque avec celles du Sahara occidental et du Niger ; elle est bien plus étroite au S. de la Gambie et sur toute k côte de Guinée, d'où Ton monte jusqu'aux montagnes par des gradins successifs. »
La chaîne principale de notre colonie est le Fouta- Djallon (1), prolongement du grand plateau de l'Afrique centrale, et qui couvre toute la partie orientale de nos possessions. La plupart de ces montagnes sont très mal connues. Elles semblent d'altitude assez inégale , et leurmoyenne ne paraît pas dépasser un millier de mètres. Les pics les plus hauts^ en forme de pains de sucre^ sont ceux de Kahi et de Séniaki, dans le Tmibi, et le pic de Tanqué. Quant à la chaîne proprement dite, peu élevée, mais très étendue^ elle envoie de tous côtés des contreforts plus ou moins parallèles à lacôte : l'un, du sudouest au nord-ouest, sépare le bassin du Sénégal de celui du Niger, et se prolonge jusqu'à Ségou, le long de ce dernier fleuve ; un autre sépare le bassin du Sénégal de celui de la Gambie, et rejoint la chaîne des monts Kong.
(1) Nous conservons, quant à nous, orthographe, comme étant la plus ancienne ; nous ferons remarquer toutefois que, d'après le D' Bayol, qui s'en est expliqué dans une conférence à la Société de Géographie de Bordeaux, il ne faut pas dire Fouta-Djallon ou DhialloUj mais bien Fouta-Diâlô.
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Nous ne saurions passer sans nous y arrêter sur la région du Fouta-Djallon, car elle est une des plus belles de cette contrée, et elle jouera cerfainement un grand rôle dans l'avenir de notre colonie. Nous ouvrons ici une parenthèse que nous lui consacrerons entièrement, sauf à reprendre ensuite Texposé méthodique de la géographie physique du Sénégal.
Si les montagnes du pays n'ont encore été que très imparfaitement étudiées, le Fouta-Djallon n'est plus cependant un pays inconnu. Sans parler des étrangers, plusieurs voyageurs français l'ont visité : Mollien, le fils du ministre du premier Empire ; Caillié dans son voyage àTombouctou ;Hecquard ; Lambert, le héros des i?^mièr^« Cartouches ; enfin, M. Olivier de Sanderval, riche ingénieur marseillais, qui, par une initiative beaucoup trop rare dans notre pays, a fait usage de sa fortune pour organiser une expédition qu'il a conduite lui-même à Timboen 1881.
Quand on longe l'Afrique occidentale et qu'on a passé le Sénégal, onze degrés avant d'arriver à l'Equateur, ^ on trouve une côte basse qu'échancrent en grand nombre des bras de mer et des embouchures de rivières. Si l'on pénètre dans ^intérieur, la plaine se continueen montant
insensiblement jusqu'à deux cents kilomètres environ ; puis le sol s'élève rapidement, et l'on arrive sur un plateau dont là hauteur varie de 700 à 1,100 mètres. A la brousse maigre et triste de la plaine succède une des plus jolies régions du monde. <i C'est un paradis terrestre, dit M, Olivier, d'accord en cela avec tous les autres voyageurs ; c'est un paradis terrestre, avec de belles eaux claires et courantes, des sources ferrugineuses, des fruits de toutes sortes, des fleurs au doux parfum et des pâturages illimités. » A chaque page de sa relation, on trouve des croquis de charmants paysages qui se succèdent avec une inépuisable variété sur ce sol accidenté : ce sont des cascades, de belles gorges^ des vallées qu'embaument les roses, les belles de nuit et les gardénias, des bois verdoyants où roucoulent tout le jour des colombes azur et violet et mille oiseaux de toutes couleurs, des villages qu'ombragent les palmiers, les orangers et les bananiers, des jardins aux haies fleuries ; et la grâce d'une nature aussi richement douée est relevée par la sévérité des montagnes qui bleuissent à l'horizon. Ce pays est le Fouta-Djallon.
Nous n'aurions garde d'oublier le D' Bayol^ qui, après avoir visité le Fouta-Djallon, en ramena avec lui en 1882, nos lecteurs se le rappellent sans doute, une ambas-
sade envoyée par l'Almany du pays au Président de la République française.
Au cours de son exploratioui le D' Bayol envoyait à différents journaux de fort intéressantes correspondances ; nous en reproduisons une, adressée à la Revue sderi' tifique^ qui achèvera de donner à nos lecteurs une idée du Fouta-Djallon:
« Le Fouta-Djallon forme un vaste pays, couvert de hautes montagneset parfaitement salubresur ses plateaux et ses vallées. Le sol s'élève sensiblement depuis Boké jusqu'au Bambaya et de Bambaya à la province de Timbi. Nous avons traversé des cols placés à 1,300 mètres au-dessus du niveau de la mer.
« Très peu peuplé dans l'Irnaugué (Ouest), le Fouta voit sa population s'accroître dès la vallée du Kakrima, pour augmenter encore en se rapprochant de Timbo. J'estime à 250,000 habitants la population entière du pays. C'est peu, je le sais ; mais ce chiffre est bien supérieur à celui des grands pays que j'ai visités en allant au Niger.
« De plus, au Fouta, le sol agricole est très important. Les ressources comme objets d'exportation sont considérables. Le riz, les arachides, les graines oléagineuses ^ les huiles de palme, les graines d'éparge {euphor'
Ma latht/ris) , le rîcin , etc., viennent en abondance. - € Les cuirs, la cire, le caoutchouc, forment déjà un commerce important avec nos factoreries des rivières du Sud (Cazamance, Rio-Nunez, Rio-Pongo, Mella- Corée) ; les métaux sont nombreux dans les montagnes.
« On y rencontre toutes les qualités de fer. Je crois Tor très commun. J'expédie à Paris un échantillon sur lequel j'avoue avoir eu des doutes, mais que les forgerons les plus habiles du Fouta déclarent être du minerai d'or très pur. C'est l'éclat blanchâtre de l'or vu à la lumière du jour, qui produisait mon hésitation. Si ce minerai est aussi riche que le disent les forgerons habiles de l'Almany, j'aurai découvert une mine d'or d'une très grande importance.
€ Les mêmes forgerons m'ont assuré qu'il y avait du charbon dans les montagnes, et ils doivent m'en apporter.
« Une vallée, celle du Fattala, affluent du Rio-Pongo, est remplie par des caféiers qui donnent un café exquis, connu dans le commerce sous le nom de Rio-Nunez.
« La flore est très riche; les bois de construction, de menuiserie, d'ébénisterîe abondent. Je n'ai pas pu faire un herbier avec les plaies torrentielles que nous avons; mais je rapporte des notes nombreuses.
f J'expédie en France un fragment d'une branche du bolo kountou^ arbre de deuxième grandeur, dont Pécorce contient un poison très violent, qui sert à empoisonner les flèches des Peulhs.
« Le fruit d'un autre arbre appelé ségon contient un principe qui guérit radicalement le ténia.
<* J'ai envoyé également les graines d'un grand arbre de la famille des légumineuses, le téli {erytropldœum ffuineense). C'est un arbre magnifique, dont le tronc mesure quelquefois trente à trente-cin^ mèfres de hauteur.
<c La faune est moins intéressante : les animaux sauvages font défaut. Un loup, d'une taille considérable, fait seul, avec les panthères, des ravages dans les troupeaux.
« Les oiseaux sont ravissants, et les papillons très nombreux dans cette contrée superbe.
« La vigne du Soudan est commune ; je crois qu'elle ne rendra aucun service à l'Europe ; mais j'estime que les cépages américains ou ceux de Ténérifie et de Madère viendraient à merveille sur les coteaux de l'Irnaugué.
« On pourrait facilement y élever la cochenille, qui forme un objet d'échange très important pour l'île de Ténérifie.
« Le tabac indigène s'appelle tanhorOy et pousse en
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abondance; le coton est très beau, mais n'est pas cultivé en quantité suffisante. Le manioc, les patates douces, les oranges, les citrons, les papayes, les fruits du corossol, les bananes, les dhiabères (haricots), et les nombreux fruits que l'on trouve dans les forêts, le koura, fruit astringent ressemblant à la nèfle, le fruit du caoutchouc (il y a deux sortes de caoutchouc), aussi très astringent, le bolo, dont le fruit ressemble à l'olive^ le kamboro (sorte de figue ; apparence extérieure d'une cerise, intérieur d'une figue) ; le tabac, ou goumbauhéy dont la gousse contient une drupe exquise, etc., servent à la nourriture des habitants, d
La capitale du Fouta-Djallon est Timbo, « ville aristocratique par excellence d, mais ne comptant pas plus d'un millier d'habitants. Ceux-ci, quand le docteur Bayol passa par Timbo, étaient tous en villégiature dans leurs maisons de campagne onfoulahsooj et ne s'occupaient que du soin de la prochaine récolte.
Le Pouta-Djallon a deux chefs ou almanys. La région, c'est là le point essentiel, est parfaitement habitable pour les Européens, auxquels il est loisible d'y fonder des factoreries.
Fermons ici notre longue parenthèse et revenons à la géographie physique.
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Dans le nord, un contrefort du Fouta-Djallon est franchi à deux reprises par le fleuve Sénégal, qui forme ainsi les cataractes de Gouina et de Félon.
Les premières sont vraiment majestueuses, car elles tombent d'une hauteur considérable et ne mesurent pas moins de 400 mètres de largeur.
Les cataractes de Félou, à une faible distance en amont de Médine, ont moins d'ampleur, mais plus de pittoresque. « Au milieu, dit M. A. Barthélémy, surgissent deux roches bizarrement découpées^ auxquelles la superstition des indigènes attribue des formes tout à fait chimériques. Les eaux tombent en bouillonnant d'une hauteur de quinze à vingt mètres. Aux abords des cataractes se trouvent des trous auxquels on a donné le nom de baignoires, et d'autres en forme d'entonnoir où l'eau s'engoufifre en tourbillonnant. Les environs des chutes sont complètement arides. >
Cours d'eau. — Du massif central descendent le Niger à l'est, le Sénégal au nord, la Gambie à l'ouest et le Mesurao au sud. Seul, le second de ces cours d'eau arrose des possessions françaises ; nous ne parlerons donc point des autres, sauf le Niger, si important^ auquel nous consacrerons quelques lignes.
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Le Sénégal, — C'est le grand fleuve de notre colonie, que, jusqu'à Mungo-Park, le célèbre explorateur de l'Afrique, on considéra comme un bras du Niger. Il est formé de la réunion de deux rivières, le Bakhoy et le- Bafing.
Le Bafing naît dans le Fouta-Djallon, au sud du massif de Timbo, dans le même groupe de montagnes qu'un affluent du Niger, le 7ankisso ; il coule au nord, puis au nord-ouest, jusqu'à Bafoulabé, où sa largeur est d'environ 450 mètres.
Quant au Bakhoy, large au confluent de 250 mètres, il cîescend du Djallon-Katou, ce groupe de montagnes qui sépare les bassins du Sénégal et du Niger, et reçoit, entre Bafoulabé et le gué du Toukoto, le Baoulé, dont les nombreux affluents (le principal est le Badingo) arrosent le Bélédougou, le Birgo et le Fouladougou.
A Bafoulabé commence le Sénégal, dont le cours jusqu'à Saint-Louis est d'environ 1,600 kilomètres. Il prend brusquement la direction ouest-nord-ouest, et forme presque aussitôt les cataractes dont nous avons parlé. Sur les plateaux rocheux du Félou, le règne végétal n'a guère d'autres représentants que d'énormes baobabs, aux branches desquels apparaissent des fruits aux pédoncules si longs que de loin l'on pourrait prendre ces
arbres pour des bois de justice auxquels un exécuteur mystérieux aurait pendu par la queue tout un peuple de rats. Ce sont les pains de singe, dont l'amidon sucré sert aux noirs à faire une sorte de pâtisserie. A quelques kilomètres de là, le fleuve arrose Médine, point extrême où s'arrête la navigation^ même pendant l'hivernage, et, un peu en amont, il reçoit un de ses deux grands affluents, la rivière de Kounîakary.
C'est à Médine que la crue atteint la plus grande hauteur : elle dépasse parfois 20 mètres.
Autour de la ville s'étendent de vastes cultures de mil, demaïs, d'arachides, des champs de cotonniers et de dattiers.
Le Sénégal continue ensuite sa descente sans accident d'aucune sorte, sans chute, sans cascades, avec une lenteur un peu monotone, mais à coup sûr majestueuse. La pente moyenne du fleuve n'est plus que de 0,07 c. par kilomètre. Il passe devant Kayes, têfce de ligne du che-min de fer aujourd'hui délaissé du Sénégal au Niger, et s'avance vers Bakel. La rive gauche est uniformément plate et plantée de mil et d'arachîdes, tandis qu'à droite l'on aperçoit quelques collines parallèles au fleuve. Les paysages, on le voit, sont peu variés. « La végétation, dît M. A. Bambaud, rabotigrîe quand l'eau manque, rede-
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vient luxuriante sur les bords des cours d'eau, ou quand un fond argileux maintient une couche dVau à peu de profondeur au-dessous du sol. C'est la même succession de plaines stériles et de plaines cultîvces ; toujours des grès et des granits ou des pxydes de fer. Souvent on peut nettement suivre les cônes de déjections des montagnes voisines. D'immenses étendues sont couvertes de blocs plus ou moins importants : quelques-uns rappellent les plaines de la Cran ; de vastes clairières se couvrent de constructions en terr«^, élevées par les termites et tellement rapprochées les unes des autres qu'on croirait voir des champs d'immenses champignons. »
A 14 kilomètres, en amont de Bakel, débouche, sur la rive gauche, le plus grand affluent du Sénégal, la Falémé. Depuis ce point, le pays est plus accidenté, la végétation plus puissante, plus nombreux sont les hauts baobabs qui dressent à Thorizon leurs masses énormes. A Bakel, à 760 yiomètres de Saint-Louis, le fleuve est large de 600 mètres. A mesure qu'on s'éloigne de Bakel, les collines s'abaissent , semblent fuir vers l'horizon, laissant pendant l'hivernage d'énormes espaces libres aux inondations du Sénégal. On passe devant les postes do Matam et de Saldé, en suivant les innombrables méandres du fleuve, qui coule à pleins bords durant
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a saison des pluies, et dont le lit, pendant la saison sèche, est encombré de roches pointues qui entravent la navigation ; ses bords sont plats et très boisés. A Podor s'arrêtent, pendant la saison sèche, les bateaux à vapeur et les grands bateaux de commerce ; ici la crue du fleuve varie entre 7 et 9 mètres ; sa largeur est de 200 mètres. Le Sénégal s'infléchit de plus en plus vers l'ouest^ coule entre des rives assez élevées et couvertes de bois épais, et reçoit le grand marigot de Doué, qui forme l'île à Morphil (c'est-à-dire ivoire), se prolonge pendant 160 kilomètres et n'est en somme qu'un bras du fleuve. Celui-ci arrose Dagana, baigne l'île de Todd et atteint Bichard-ToU, près d'une petite mer intérieure, le lae de Guier. Puis, devenu très large, il déverse le trop-plein de ses eaux, durant la saison des pluies, dans le lac de Cayar, avec lequel il communique par les marigots de Guédayo, de Sokam et de Garak.
La partie moyenne du fleuve est la plus pittoresque et la plus animée ; le lecteur en jugera par le joli tableau qui suit, emprunté à l'auteur déjà cité plus haut :
<3C Sur les rives, les grands arbres se montrent de loin en loin, quelquefois de véritables forêts; mais le plus souvent, les arbres sont tortueux et de chétive apparence, soumis qu'ils sont tous les ans aux terribles incendies
Goo^h
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qu'allument les indigènes, tant pour défricher que pour débarrasser les abords de leurs villages des hautes herbes, 011 Tennemi ou le voleur pourrait se cacher.
d De temps en temps, des biches ou des sangliers viennent boire; une troupe de singes saute dans les arbres ; un lion se laisse voir ; un oiseau aquatique, Vanhinffay traverse le fleuve, ne laissant hors de l'eau que son long cou, si bien qu'on le prendrait pour un serpent ; une fftieule tapée (espèce de gros lézard, le varan du Nil), effrayée, se précipite dans le fleuve et disparait; ou bien ce sont d'immenses troupeaux qui se pressent à l'abreuvoir.
<ï Un peu plus loin, des dîulas, qui viennent de vendre leurs gommes à l'un de nos comptoirs, retraversent un gué du fleuve, chargent de nos cotonnades leurs chameaux et leurs bœufs, et remplissent d'eau leurs outres en peau de chèvre avant de retourner dans leur désert. »
Les villages deviennent de plus en plus nombreux le long du Sénégal. Celui-ci semble aller droit à la mer, quand brusquement il tourne au sud, au milieu de plaines qui s'étendent à perte de vue, sauvages sur la rive droite^ couvertes à gauche d'une herbe courte et rude, excellente pour le bétail. A soixante kilomètres de Saint- Louis, le fleuve se
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partage en deux branches qui se rejoignent près de l'embouchure ; c'est là, sur une île de sable, que se trouve le chef-lieu de la colonie, à l'extrémité de ce qu'on nomme la Pointe de Barbarie, langue de sable qui, à partir du marigot des Maringouins, sépare de l'Océan le cours du Sénégal. Les deux rives sont ici également stériles et sablonneuses : un sondage près de Saint-Louis a démontré la présence du sable jusqu'à soixante mètres de profondeur.
Le Sénégal, en toute saison, est navigable jusqu'à Richard-ToU, à 120 kiloQiètres de son embouchure, pour les bâtiments calant 12 pieds d'eau, et jusqu'à Mafbu, à 290 kilomètres de Saint-Louis, pour les bâtiments calant 8 pieds d'eau. Au delà de Mafou, de nombreux bancs obstruent le fleuve^ qui, pendant la saison sèche, n'est plus, à vrai dire, qu'une succession de bassins communiquant les uns avec les autres.
Dans de telles conditions, que de terribles difficultés doivent surmonter nos braves^ troupes, lorsqu'elles ont à remonter le Sénégal pour quelque expédition lointaine ou quand elles regagnent Saint- Louis, épuisées de fatigue ! On peut en juger par le tableau suivant tiré des Annales Sénégalaises ; les conditions ont un peu changé aujourd'hui, mais le passage n'en n'est pas moins intéressant :
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« Le fleuve, à cette époque (lel'année, se compose d'une succession de bassins sans courant sensible, profonds de 2 à 5 mètres, et séparés les uns des autres par des bancs de sable ou de roches qui se croisent d'une rive à l'autre. Ceâ bancsne laissent à la navigation qu'un passageétroit etsinueiix, où le courant reprend une vitesse qui varie de 2 à 6 kilomètres à l'heure, et atteint jusqu'à 7 ou 8 kilomètres, comme au barrage du Navadji, au-dessous du village de Bodé.... Soit en montant, soit en descendant, le courant nuit à la marche d'un convoi ; lorsqu'on le refoule, il lance avec force les chalands conti-e le banc où ils s'échouent^ ou contre la berge escarpée, où ils s'écrasent les flancs ; il s'oppose en outre à leur marche. En descendant^ son inconvénient dangereux est de porter sur un chaland échoué en tête du convoi tous ceux qui le suivent dans l'étroit canal, et de former sur ce point une agglomération où l'ordre ne se remet qu'avec une peine extrême. Une attaque de Tennemi dans un pareil moment jette parmi les travailleurs désarmés et surpris une confusion facile à comprendre. Il importe cependant moins de courir aux armes que de se tirer d'un passage dominé par des berges de 20 à 30 pieds d'élévation. Par temps calme, à l'aviron, le convoi, dans les meilleures conditions, peut avancer de 3 à 4 kilomètres à
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rheare ; dès que le vent est contraire, l'aviron devient impuissant sur de lourdes et imparfaites machines chargées de monde et de colis ; il faut avoir recours à la cordélie. On ne peut se traîner à la cordelle que lorsque les berges sont dégagées d'arbustes, et que l'eau, à quelques mètres de la rive, est assez profonde pour que le chaland passe facilement sur les troncs d'arbre dont le lit du fleuve est parsemé ; autrement l'embarcation se défonce, et cet accident oblige à la décharger, à la tirer à terre, et à retarder pour la réparer la marche de tout le convoi. Dès qu'un obstacle se présente sur une rive, il faut traverser le fleuve, et reprendre la cordelle de l'autre côté. Dans certains endroits, la navigation n'a d'autres ressources que les perches de fond, à l'aide desquelles on se pousse péniblement pendant plusieurs heures jusqu'au point où il redevient possible de débarquer. Pendant tous ces mouvements, ilfaut aussi défendre les deux rives contre les embuscades d'ennemis isolés qui ne se découvrent que pour tirailler sans danger sur l'arrière-garde. » Vers le V mai, les pluies commencent à tomber dans le haut fleuve, et la crue se fait sentir en juin : alors les eaux du fleuve franchissent les rives, le pays semble un immense lac d'où émergent quelques mamelons isolés ou quelques lignes de collines peu élevées. A 490 milles de
Saînt-Louîs, à Médine, nous avons vu que parfois la crue dépassait 20 mètres ; elle est de 15 mètres à Bakel ;elle varie entre 8 et 10 mètres à Saldë, entre 7 et 9 à Podor, entre 5 et 6 à Dagana; enfin à Saint-Louis les eaux montent de 1 mètre à 1 mètre 30 ; si la crue atteint I mètre 50, la ville est inondée, mais le fait se produit rarement. Durant cette saison des pluies qu'on nomme l'hivernage, les navires calant 8 pieds au maximum, au lieu de s'arrêter à Mafou, montent jusqu'à Bakel ; quant aux bâtiments d'un moindre tirant d'eau, ils peuvent, durant quatre mois de l'année, d'août à novembre, remonter jusqu'à Médine , près des cataractes du Félon, à 955 kilomètres de Saint-Louis.
Le lecteur trouvera encore quelques détails sur la crue du fleuve au chapitre où il est traité du climat et de la météorologie.
Affluents du Sénégal, — Deux seulement ont quelque importance : la rivière de Kouniakary et la Falémé .
La première descend des hauts plateaux du Kaarta , sépare le Diafounou du Diomboko, et se jette dans le Sénégal, rive droite , à quelques kilomètres en aval de Médine, à la limite commune du Kaméra et du Khasso
La Falémé est un affluent de gauche, à 40 kilo-
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mètres en amont de Bakel; elle vient des monts du Fouta-Djallon, traverse les collines du Tambaoura, se dirige vers le nord-ouest entre deux rives rougeâtres, chargées d'oxyde de fer ; bientôt son Ht s'élargit, et, quand elle joint le Sénégal après un cours de 225 lieues, elle ne tient pas moins de 200 mètres; pendant trois mois de l'année, d'août à octobre, les bâtiments dont la calaison n'est pas supérieure à 6 pieds peuvent remonter cette rivière pendant plus de 150 kilomètres.
En dehors de ces deux affluents, il y a lieu de mentionner seulement un grand nombre de marigota ou cours d'eau qui se jettent dans le fleuve. Les uns ne sont que des bras du Sénégal : tels le marigot de Doué ou d'Aéré, qui va de Saldé à Podor (près de 250 kilomètres), et celui de Kassak ou de Lampsar, près de Saint-Louis, qui se jette dans le marigot de Gorum ; ce dernier se détache du Sénégal qu'il rejoint 50 kilomètres plus loin. Citons encore, en remontant le fleuve, le marigot des Marin*gouins, où la navigation est impossible, et qui semble avoir été jadis l'embouchure du fleuve : aujourd'hui ce marigot se perd, près de la mer, dans la lagune de Ténia* hié \ le mai*igot de Morghen, ou de Koundy, qui cotlrt parallèlement au fleuve, dont il n'est qu'une branche, à travers le pays des Maures, et le marigot de Fanayéj
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qui, avec le Sénégal, forme l'île de Lamenayo. D'autres marigots ne sont que des canaux d'écoulement pour les lacs qui longent le fleuve : tels les marigots de Garak, de Sokham et de Guédayo, pour le lac Cayar, en amont de Dagana^ et le marigot de Taouey à Richard-Toll, pour le lac de Guier. Une foule de marigots enfin jouent simplement le rôle de réservoirs ou de dégorgeoirs pour le fleuve, se remplissant et se vidant chaque année comme la plupart des marais ; les plusétendus conservent, longtemps encore après l'écoulement, dans les parties profondes de leur lit, des flaques d'eau que l'évaporation fait disparaître lentement. Durant l'hivernage^ les traitants visitent en chalands les marigots dé la rive gauche que ne rendent pas impraticables les hautes herbes touffues , et vont acheter aux indigènes le mil et les arachides.
Lacs. — Les lacs ne sont, eux aussi, que des dégorgeoirs du fleuve ; c'est grâce à eUx que Saint-Louis échappe aux inondations. Les principaux sont : les lacs Daéré, Tanna, M'Baouar, Rentba, M'Bogosse, Youi, entre la barre de Saint-Louis et la pointe des Almadies ; le lac de Guier ou de Paniéfoul> entre Saint-Louis et Richard-Toll ; les lacs Cayar et Khemlech, au nord de Richard-Toll ; le lac de Téniahié, limite septentrionale de nos possessions sénégalaises^
NIGER. — EXPLORATIONS