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CHAPITRE XII

MjStÉOROLOGIE. — CLIMAT. — MALADIES,

Les trois saisons.— Le soleil et le vent. — Beqaète aux fabricants de thermomètres, -^ Variations de température. »• Bas de marée. — Marées. — Jour solaire. — Les tornades, -- Triste réputation. — Terrible nomenclature. — L*impaludisme. — La fièvre jaune. — Chifbres sans commentaires. — Nos médecins. -^ Une chimère. -^ Les privilégiés. — Mesures de protection.

On peut dii*e qu'il existe au Sénégal trois saisons, dont deuxj les deux extrêmes, très tranchées.

La première ya du mois . de décembre à la an do février. A la fois sèche et fraîche, c'est de beaucoup la plus saine. Par malheur, ses agréments sont considérablement diminués sur le littoral par des souffles brûlants de l'est, qui, du matin à l'après-midi, font parfois monter le thermomètre de 20 degrés. Gorée a moins à les craindre, car leur chaude haleine se rafraîchit forcément en traversant une immense nappe d'eau pour arriver jusqu'à cette île.

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En général, la température miniina de cette saison est de 11^ au-dessus de 0, la température maxima de 23à 25 degrés à l'ombre^ de 35 à 46 au soleil. Toutefois; lorsque soufflent les vents d'est, elle s'élève parfois jusqu'à 40 degrés à l'ombre.

La seconde saison comprend les mois de mars^ d'avril et de mai. C'est l'époque des chaleurs intolérables, presque aussi dangereuse que la période suivante désignée sous le nom d'hivernage.

w Durant ces six mois de l'année, écrit le D' A. Bonus, il ne tombe pas une ggutte de pluie, et le Sénégal offre, on peut le dire, un aspect aride et désolé qui rappelle les bords de la mer Rouge. 2>

L'hivernage commence vers la fin de mai ou le milieu de juin, et dure jusque vers la fin de novembre. La température moyenne est alors, à l'ombre, de 27 à 30 degrés audessus de zéro, et de 40 degrés au soleil, malgré les pluies torrentielles qui tombent pendant tous les mois de juillet, d'août et de septembre.

C'est à ce moment que le fleuve Sénégal s'enfle et monte avec une force et une vitesse considérables. Les terrains bas sont inondés, et à Saint-Louis le niveau s'exhausse d'un mètre au pied du magasin général de la Marine, situé au centre de la ville.

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Quand les pluies cessent, les eaux se retirent^ laissant à découvert d'immenses marëoages^et de cette fange que recouvrent des détritus de toute sorte, s'exhalent des miasmes pestilentiels, redoutables générateurs d'épidémies.

On le voit par ce qui précède, les mois de décembre, de janvier et de février sont les trois plus favorables pour arriver au Sénégal, par une double raison : durant cette période la température s'éloigne moins de celle des zones tempérées, et c'est l'époque la moins insalubre de l'année.

Les deux principaux ennemis dont en toute saison doivent se garder ceux qui se rendent dans ce pays sont d'abord les rayons du soleil, très dangereux pour tous les Européens, mais particulièrement redoutables pour les nouveaux arrivants, puis les refroidissements brusques du corps en sueur. Sous cette température élevée, les courants d'air deviennent agréables, et non seulement on les supporterait volontiers, mais encore on les créerait. Malheur à l'imprudent qui se laisserait aller à y chercher une passagère sensation de soulagement: il y trouverait presque sûrement la mort I

Le danger est augmenté encore par les énormes oscillations que présente l'état hygrométrique de l'air et qui sont signalées dans les Notices Coloniales^ d'où sont

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tirés presque tous les renseignements qui suivent. Le corps humain éprouve les plus brusques impressions de froid et de chaud, A Saint-Louis, la quantité absolue de vapeur d'eau contenue dans l'air est double de ce qu'elle est en France ; les variations de la tension de la vapeur d'eau peuvent être de l'^i'" 80 à SV^i"^. Le climat de Saint-Louis présente donc une extrême variabilité à Thumidité.

Il est bon de faire remarquer que les chiffres de température indiqués plus haut sont très élevés, et qu'il est absolument ridicule de les exagérer encore, comme on le fait en inscrivant le mot Sénégal à côté du cinquantième degré de tous les thermomètres. La plus haute température observée à Bakel n'a pas dépassé 44 degrés. C'est déjà fort joli.

Débarrassons-nous rapidement de quelques autres détails météorologiques, pour arriver ensuite au phénomène atmosphérique le plus curieux du Sénégal, la tornade.

Les ports de ce pays voient fréquemment des raz de marée. De 1879 à 1883 on en a constaté en moyenn 43 par an à Saint-Louis, 31 à Bufisque et à Gorée. Dans la première de ces localités, • ils atteignent leur maximum de fréquence et d'intensité en décembre

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et janvier; dans les deux autres, c'est en maî et juîn.

Les marées ne présentent rîen de particulier au Sénégal • Dans la baîe de Gorée, les courants, près de terre, sont soumis à leur influence ; mais,à quelques milles au large, ils portent au sud avec une vitesse de 7 à 8 dixièmes de mille à l'heure.

Près de Saint-Louis, l'influence des marées se fait sentir à 2 ou 3 lieues des côtes, et dans le fleuve jusqu'à 228 milles ; toutefois cette limite se restreint à mesure que la crue augmente, et la marée diminue seulement le courant d'une façon sensible. L'évitage des navires cesse dans le port de notre chef-lieu du mois d'octobre au mois de janvier.

Le jour solaire de lumière pleine va de 6 heures du matin à S heures du soir. Le crépuscule dure 45 minutes en mai, juin et juillet, et 30 minutes seulement en novembre, décembre et janvier.

La pression atmosphérique est à peu près uniforme, le baromètre ne s'écartant presque jamais de 759 ou 760. Cet instrument n'annonce pas l'approche des perturbations atmosphériques, et, remarque curieuse, si une baisse peu importante se produit, c'est après la tornade, et non avant ou pendant.

On donne au Sénégal le nom de tornades à des sor-

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tes de bourrasques assez violentes, de courte durée. <t Spéciale à la côte occidentale d'Afrique, ne se produisant que pendant l'hivernage, alors que la tension électrique de l'atmosphère augmente, la tornade est un phénomène météorologique curieux et saisissant. Comme formation et comme vitesse, on peut dire que toutes les tornades se ressemblent, et elles ne diflPèrent les unes des autres que par la plus ou moins grande quantité de coups de tonnerre et de plaie qu'elles amènent. Mais toutes les tornades ne sont pas accompagnées d'averses et d'orages. Constituées par un mouvement des nuages et par un vent particulier, elles sont dans ce cas appelées tornades sèclies et ne sévissent qu'à la fin de Thivernage.

<ï Nous ne nous appesantirons pas sur la description de l'orage sans tornade, qui est l'exception, et nous nous arrêterons seulement à la vraie tornade, la perturbation la plus fréquente.

n Les vents ordinairement de S.-O. ont passé au N. ou au N.-E., puis ils cessent, et un calme d'assez courte durée s'établit. L'horizon s'obscurcit, une teinte sombre s'étend de l'E. au S.-E., et un immense arc de cercle, d'abord de couleur cuivrée passant rapidement à un gris noir assez foncé, se dessine. Les arbres, les objets se détachent en gris blafard snr ce fond plus accentué. Bientôt

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une ligne droite affectant la forme d'un. bourrelet, surmontée de dentelures régulières, délimite cet arc. Puis, lorsque cette ligne forme avec l'horizon un angle d'environ 30 degrés, la tornade éclate. Une brisé violente, froide, se rapprochant du coup de vent, saute soit du N.-E. à l'est et au S.-E., soit du S.-O à l'ouest et au N.-O. Aussitôt la pluie tombe en averses torrentielles ; sa violence est telle que la peau ressent une impression très désagréable. Les coups de tonnerre ne tardent pas et bientôt on croit se trouver au centre d'une circonférence dont la courbure est décrite par des éclairs qui ne discontinuent point.

« Bien rares sont les cas de toitures enlevées, de cases -détruites, d'arbres déracinés, denaviresoud'embarcations chassant sur leurs ancres ou coulés. La tornade ayant cette violence est une particularité qui fait époque, étant donnée son absence pendant quinze ou vingt années de suite.

« Des constatations faites au simple point de vue télégraphique pour nous permettre de nous rendre compte de l'intensité et de la fréquence des coups de foudre^ il résulte que, durant l'hivemage de 1884, 132 orages ou tornades ont été signalés sur les différents points d'un réseau de 611 kilomètres. Les orages n'entrent dans ce

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total qne pour un tiers moins un, soit 43. Le nombre des poteaux foudroyés a été de 61, dont 23 sur la section de la ligne du fleuve Saldé et Aéré, 15 sur les sections N'Diaen, Podor et Dagana, 9 sur la section Dagana- Saint-Louis, 14 sur la ligne Saint-Louis-Vakar cons» truite le long du littoral. De ces 14 poteaux, 5 ont été littéralement émiettés entre M'Bidjem et Bufisque, aux environs du marigot de la Tauma. La longueur du fil posé entre Saint*Louis et Saldé est de 344 kilomètres. Celle des fils développés entre Saint-Louis et la Barre, Saint* Louis et Dakar, Dakar et Bufisque, est de 267 kilomètres. La plus grande intensité, au point de vue des coups de foudre, s'est donc trouvée dans les perturbations venant duN.-E. etdeTest. »

Au point de vue sanitaire, le Sénégal jouit d'une réputation déplorable. Elle n'est, hélas l que trop méritée, ce qui ne surprendra sans doute pas le lecteur après les informations météorologiques que nous venons de donner, et les renseignements divers qu'il a pu trouver dans le corps de l'ouvrage. S'il fallait énumérer toutes les maladies dont on peut souffrir au Sénégal, il serait presque nécessaire d'ajouter un autre volume à celui-ci, car celles de tous les autres pays s'y acclimatent parfaitement. Il n'y a même pas lieu de faire une

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exception pour la phthîsie, contre laquelle la chaleur du climat semblerait devoir protéger ; bien au contraire, cette cruelle ennemie de l'homme fait là-bas un très grand nombre de victimes (1/6 des dëcès), sans doute à cause des brusques variations de température déjà signalées, et aussi parce que les nègres deviennent très facilement poitrinaires.

Accordons rapidement une mention à la variole, à l'éléphantiasis, à la lèpre, etc., enfin et surtout au choléra qui, en 1863, par exemple, a tué, dans la seule ville de Saint-Louis, 2,500 noirs.

Il ne faudrait pas oublier non plus la dyssenterie, l'hépatite, le rhumatisme articulaire aigu, très fréquent au-dessus du cap Vert, l'insolation, etc., etc.

Enfin il faut consacrer des paragraphes spéciaux à Vimpalvdisme et à la fièvre jaune.

Pour la première de ces aflFections, dit le D' Bordier, sur 100 malades, le nombre de ceux qui en sont atteints est, à Saint-Louis, de 33 ; dans le bas Sénégal, de 48 ; dans le haut Sénégal, de 72 ; à Gorée, de 61 ; dans le bas de la côte, de 87. 87 sur 1001 Ces chiflFres se passent de commentaires. L'impaludisme avancé amène rapidement la cachexie avec anémie profonde, décoloration et

tendance, au sujet delà moindre égratîgnure, à Tulcère phagédénîque des pays chauds.

La fièvre jaune est toujours importée au Sénégal, fille vient, neuf fois sur dix, de la côte de Sierra-Leone, où elle est endémique. Les Anglais en cachent soigneusement la présence ; mais dès qu'elle prend chez eux une acuité épidémique, nous l'avons à Gorée. Les principales épidéîaies dont nous avons eu à souffrir sont celles del830,1837, 1859, 1866, 1878,1881, etc. Celle de 1830 frappa les Européens d'une manière effrayante, car sur 650 elle en atteignit 600 et en tua 328. Elle fut la cause de l'état de langueur où la colonie xesta jusqu'en 1858 et dont elle n'est pas encore complètement sortie. Sur l'ensemble de toutes les épidémies, la moyenne des Européens frappés a été de 80 % et celle des Européens morts de 46 %.

Nous ne saurions terminer ce passage lugubre sans rendre ici un hommage bien mérité à nos médecins du Sénégal, et particulièrement aux médecins de la marine. Tous, quelle que soit l'épidémie qui sévisse, rivalisent d'ardeur et de zèle pour sauver les malheureux atteints par le fléau, ou du moins adoucir leurs souffrances ; nombre d'entre eux périssent chaque fois, victimes de leur dévouement. Les chiffres ont une éloquence brutale,

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qui vaut parfois mieux que celle des phrases ; en voici un exemple : la mortalité au Sénégal, pour l'ensemble des fonctionnaires et des colons, est de 7,7 </o ;s'il s'agît des médecins, elle s'élève à 18.5 ^ .

Mais, dira-t-on, ce sont sans doute les nouveaux débarqués qui meurent ainsi comme mouches ; ceux au contraire qu'un séjour plus ou moins long a déjà fortifiés, acclimatés...

Hélas ! l'acclimatement au Sénégal est une chimère ! a: Que ceux, s'écrie le D' Bérenger-Féraud, que ceux qui voudraient soutenir qu'on parvient à s'acclimater au Sénégal, regardent seulement ceux qui se prétendent acclimatés, et je suis persuadé qu'ils ne continueront plus à discuter I »

D'après ce médecin, qui a fait des maladies du Sénégal une belle et très complète étude, un fonctionnaire qui vit sobrement, qui observe une bonne hygiène, et qui ne sort jamais de Saint-Louis ou de Gorée,peut durer au Sénégal pendante, 5 et 8 ans au maximum.

Ce sont les hauts fonctionnaires qui résistent le mieux, pour trois raisons principales : ils ne sont pas envoyés dans les postes ; ils vivent plus confortablement ; enfin, n'étant plus jeunes, en général, ils font moins d'excès.

Pour des raisons analogues, et aussi parce qu'ils sortent

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très pexi| les Religieux des deux sexes vivent assez bien an Sénégal.

Les Européens ne sont pas les seuls à souffrir du terrible climat de cette colonie ; les Algériens que l'on y a envoyés comme soldats ne résistent pas mieux; les Maures, lorsqu'ils viennent à Saint-Louis^ craignent la fièvre pour eux-mêmes et pour leurs animaux ; enfin il n'est pas jusqu'aux nègres qui ne fournissent une sta» listique déplorable. D'après un proverbe du pays, le blanc meurt à la pousse des feuilles du baobab ( à l'entrée de l'hivernage ), et le noir au moment de leur chute (saison sèche ) ; mais en somme le résultat est identique et pareillement fâcheux pour tous.

Après avoir exposé sans ambages les dangers que présente la colonie^ il est d'une nécessité absolue d'ajouter que ces inconvénients vont en diminuant chaque jour, et que l'on finira par les atténuer dans des propor* tiens bien plus notables encore, quand divers travaux d'assainissement, aujourd'hui en voie d'exécntion ou .spulement projetés, seront complètement achevés.

Les principaux de ces travaux consisteraient en barrages pour empêcher l'eau salée de refluer dans l'intérieur du pays, en plantations d'arbres destinés à arrêter le vent malsain des marigots, en éloignement des postes de

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certainsëtablissements insalubres, comme parcs àbœufs, abattoirs, etc.

H serait également très important, pour empêcher la fièvre jaune d'arriver jusqu'à notre colonie, — nous le répétons, elle y est toujours importée^ — d'avoir cons* tamment deux médecins sanitaires en observation, l'un en Gambie, l'autre à Sierra-Leone, et d'organiser sur la côte des lazarets sérieux, notamment à Dakar-Gorée. Ils ne nuiraient pas plus au commerce de notre colonie qu'ils n'ont nui à celui de New- York ; bien au contraire, pour elle comme pour la grande cité américaine, l'applica* tion rigoureuse des règlements sanitaires et l'établissement d'une quarantaine serait une source de profits considérables, du jour où l'on saurait qu'elle est définitivement et victorieusement préservée contre la terrible maladie. Nous formons le vœu que ce jour se lève bientôt sur le Sénégal^ et nous avons bon espoir de le voir réalisé dans un avenir prochain.

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