FLOTTANTE
Saint-Louis. .
RicharJ-ToIl. .
Dagana. . .
Podor. . . .
Saldé. . . .
Aéré. . . .
Malam, . .
Bakel. . . .
Médine. . .
Corée. . . .
Dakar. . . ; .
Rufisque. . .
Thiès. . . ,
But. . . .
Portudal. . .
Joal. . . .
Kaolack. . .
Sedhiou. . .
Carabane. . .
Rio-Nunez. .
Mellacorée. .
Total. . . 8,080 Reports précédents. 189.564
Total céNéRAL. 197,6441
Poar Saint- Loois^ le chiffre exact des Européens et des individus issus d'Européens est 1,227
Pour Rufisque, 247
Ensemble, 1,474
§ II. — Ethnographie^
Il est difficile, croyons-nous, de trouver une région où la population soit plus compliquée qu^au Sénégal.
Originairement, Tintérieur du pays était habité par des noirs : Oaoloffiy SérèreSy Sousous et Bogos.
Ces premiers habitants ont été repoussés vers la côte par des envahisseurs, noirs aussi, les Sarracolets ou SoninhSsy et les Mandinguea ou Malinkés.
Puis, d'autres conquérants sont venus, moins noirs, presque de race caucasique, les Penh (1).
Ajoutez enfin, par-dessus le tout, des envahisseurs blancs cette fois, les Maures, mélange de Berbères et d'Arabes, sans parler de nous-mêmes et de l'élément européen en général.
Nous n'étudierons pas celui-ci à cette place ; c'est plutôt quand il sera question de la vie au Sénégal que
(1) V. ce que nous disons au début du § II, p. 79.
nous pourrons consacrer quelques lignes aux blancs européens, fonctionnaires ou commerçants français, colons apglais, portugais ou allemands.
En revanche, les détails abondent sur les autres éléments de population, et il faudra forcément en éliminer un grand nombre ; nous donnerons cependant une place importante aux Maures, les maîtres du pays quand nous y sommes arrivés, les irréconciliables ennemis contre lesquels nous avons dû soutenir des luttes si longues et si cruelles.
I, ^ KACE NÈGRE.
Ou0hffê et Sérèreê : avantages physiques, qualités et défauts ; tell» gion, langue, chefs.
Soninhèi et Mandingueê : leurs origines ; étymologie de leurs noms ;
grandeur et décadence ; type ; caractère, etc. ; abondance de
dialectes.
Peuplades diverses : Auvergnats et Bohémiens d' Afrique etc.
Les principaux représentants de la race nègre en Sénégambie sont les Ouoloffs et les Sérères, peuples autocbtbones, les Soninkés et les MandingueSy peuples venu des bords du Niger.
LesOuoloffs habitent la région comprise entre le Sénégal, la Falémé et la Gkimbie, c'est-à-dire le Cayor, les Djolof et le Oualo. Ce sont de beaux noirs, les plus
grands et les plus robustes, de l'Afrique; leur peau est d'un noîr bleu, maïs leurs traits réguliers rappellent parfois ceux des Européens. Les femmes sont assez jolies et très coquettes; les hommes vains et légers, bruyants et amis du plaisir, mais aussi doux, généreux^ prati* quant l'hospitalité la plus large, vouant aux morts un culte fervent et aux vieillards un respect profond. Chez eux on voit les tombes entourées d'arbrisseaux épineux qui les protègent des bêtes féroces. Ils font de bonsmà^ rins, des soldats solides, d'une grande bravoure, surtout quand ils se sentent soutenus par des Européens. Nous avons trouvé en eux nos meilleurs alliés contre les Peuls et flurtout contre les Maures. Ce sont aussi d'excellents ouvriers, maçons, charpentiers, menuisiers^ mécaniciens même que l'on instruit sans peine, et enfin d'excellents agriculteurs, adonnés à la culture ^u petit mil dans le Oualo, des arachides dans le Cayor et le Djolof. Malheureusement vaniteux et dépensiers, ils n'hésitent pas à gaspiller en quelques jours à Saint-Louis le salaire péniblement gagné après plusieurs mois de travail. « Ils s'empressent de faire faraud^ dit le D' A. Bordier, se pavanant dans des costumes voyants et de mauvais goût, chargés de bagues, les pieds dans des souliers dont les talons sont d'or. i>
LE siCn^gal. 71
Presque tous musulmans, quelques-uns d'entre eux cependant se sont convertis au christianisme, principalement dans Tîle de Gorée, mais en bien petit nombre.
Leur langue est très curieuse, presque monosyllabique; toutes les voyelles ont unç prononciation nette et clairej et l'absence presque complète de consonnes accumulées contribue à donner à cefc idiome un caractère euphonique et presque rythmique.
Politiquement, ils sont placés sous l'autorité d'un roi électif ou dameL
Il n'entre pas dans notre plan de consacrer ici une étude sérieuse à la manière dont ils exercent le pouvoir, ce qui n'offrirait d'ailleurs qu'un intérêt médiocre. Nous dirons seulement que là plus qu'en aucun lieu du monde, le bon plaisir du roi, quand il est appuyé par une force suffisante, est la principale règle de gouvernement. Pour donner une idée de la façon dont ces princes fantaisistes entendent la dignité royale, nous ne saurions mieux faire que de reproduire quelques lignes consacrées par le général Faidherbe à l'un d'eux, Daou-Demba.
U vexa ses sujets de toutes les manières possibles, écrit le général, chassa les vieillards de sa présence, empêcha les noirs de se marier, de porter des culottes, de mettre du sel dans leurs couscous, disant que tout
72 LE séNéOAL.
cela était bon poar les rois et les princes^ mais n'était nullement fait poar les sa jets. Enfin, il s'entoura d'enfants de seize à dix-sept ans, sans la moindre expérience des a£Faires du pays. Un jour, dans une promenade , il vit un bœuf dont il trouva la peau si jolie, qu'il la voulut immédiatement pour s'en faire un boubou (sorte de grande chemise sans manche, qui est le vêtement ordinaire des nègres du Soudan). On la lui donna, et.il s'en vêtit pendant qu'elle était encore toute fraîche* Il alla ensuite boire du sibalk (boisson fermentée faite avec du miel et d'autres substances) ; sa débauche dura plu* sieurs jours, et, un beau matin, il se réveilla tellement sei*ré dans son boubou qui s'était rétréci en séchant) qu'il lui fut impossible de faite le moindi^e mouvement» Parmi tous les enfants qili l'entouraient et qui ne trouvaient aucun moyen de lui veUir en aide^ un seul osa parler des anciens qu'il avait chassés, et lui proposa défaire venir son père, dont l'expérience était connue, et qui pourrait peut-être le soulageri Daou-Demba accepta ; le vieillard vînt et demanda un grand lambara (grand canari en terre évasé), le fit remplir d'eau et y plongea le Damel, en lui laissant seulement la tête hors de l'eau. La peau devint humide ^ et Daou-Demba put alors être facilement débarrassé dé sdn vêtement incom-
LE s£n]£qal. 73
mode. Ce Damel fat déposé par les Diamboors et se retira dans le Oaalo, où il mourut peu de temps après.
Les Sérères appartiennent à la race ouolejOT^ dont ils ont presque tous les caractères physiques et moraux. Ils habitent principalement le long des côtes qui s'étendent entre le cap Vert et le Saloum, et sont partagés en plusieurs petits royaumes qui tous relèvent actuellement de la France. Chez eux, le mahométisme ne compte que peu d'adeptes : presque tous idolâtres, ils ont la plus grande frayeur des sorciers et le plus répréhensible amour des liqueurs fortes, du Sangara ou eau-de-vie, dont ils font de fréquentes et copieuses libations, au grand scandale des musulmans.
En ce qui concerne la guerre^ dit le général Faidherbe» ils € ont pour habitude , lorsqu'ils redoutent quelque attaque, de se réfugier dans les bois fourrés qui entourent leurs cultures^ avec leurs troupeaux et leurs biens; ils ne laissent à la merci de leurs ennemis que de mauvaises cases en paille, qu'ils peuvent rétablir en peu de jours. »
Les SoniukéSf Sonrhaï ou Sarracolets, les premiers des envahisseurs noirs que nous avons signalés, se rencontrent derrière les Ouoloffs, dans le Fouta sénégalais, puis, tantôt disséminés, tantôt par groupes plus ou moins compacts, perdus au milieu d'autres populations, sur une très
LB SÉNÉGAL, é
grande étendue de territoire jusqu'au Niger. Leur véritable patrie, située sur les bords de ce grand fleuve, était Tempire du Sonhraï; un des plus vastes et des plus riches du Soudan jusqu'au xiv® siècle. Après la mort de leur roi Sonni'AUy le pays périclita, et au siècle suivant ses sujets, Sonni-Nkés^ dont nous avons fait Soninkés, émigrèrent vers la Sénégambie. A leur arrivée, ils parurent aux noirs du pays d'une race si diflFérentede laleur qu'on les appela hommes blancs, Séré-KhoUé, d'où est venu Sarracolet.
Les Sarracolets d'aujourd'hui, par suite de nombreux croisements, sont bien de véritables nègres, à la peau plus ou moins foncée, suivant les milieux où ils se trouvent, mais toujours moins noire que celle des Ouoloffs. On les trouve moins beaux que ces derniei's, mais eu revanche plus doux, plus intelligents < Ils sont en général cultivateurs d'arachides, ou colporteurs, guides et organisateurs de caravanes, etc. ; ils se sont faits nos amis, parlent presque tous français, et à tous égards méritent notre protection.
8onslenomdeMandingue8,on comprend généralement les peuplades qui habitent aujourd'hui le pays d'où s'écoulent le Sénégal et la Gambie, et toute la Sénégambie au sud de la Gambie* Leur histoire offre assez d'analogie
LE S^N^OÀL.
avec celle des Soninkés. Eux aussi ont été chassés de leur pays quî était le royaume de Manding^ petit pays à
Femme {Soniaké,
cheval sur le Niger au sud du Ségou. La capitale était Jifali, d'où Mali^nkès et Malinkés.
Les auteurs diffèrent complètement d'avis sur ces mal* heureux Mandingues. D'après les uns, ce seraient de
76 LE SÉN^AL.
beaux noirs, réputés comme les plus intelligents de la côte occidentale d'Afrique. On lit au contraire dans la Colonisation scientifique du D* Bordier : « Ce sont les nègres les plus laids qu'on puisse rencontrer... Sans avoir les aptitudes commerciales des Soninkés^ ils se distinguent par une extrême cupidité. > Ils sont d'ordinaire cultivateurs, et ne font jamais la guerre. Leurs femmes se revêtent d'un grand nombre de pagnes, portent des bracelets d'or ou d'argent, de l'ambre, du corail. Ils sont vifs, enjoués, fous de musique et de danses.
Ils parlent une infinité de dialectes, dont les plus importants sont : le mandingue proprement dit ou mandé ; le kabunga^ parlé dans le pays de Kabou ; le dchalunka, dialecte du Pouta-Djallon ; le bambara, usité dans le royaume dont Ségo est la capitale ; le kono, le véhi, le glandi, le mendé ou koso, le gbèse, le mano ou mana, et le gio.
IndépendammQut des autochthones, comme les OuolofiFs et les Sérères, ou des peuples implantés dans le pays, comme les Soninkés et les Mandingues, on trouve encore au Sénégal un certain nombre de peuplades qu'on ne saurait rattacher à aucune de ces grandes familles, mais qui ne forment cependant pas de divisions bien tranchées.
Tels sont : les Bogos^ petit peuple pêcheur, très pauvre,
LE S^N1£gAL.
établi le long du Rio-Nunez, et chez lequel, aux jours de grande cérémonie, on se barde le corps d'une couche d'huile de poisson ; les Nalous et les Landeumans, riverains, eux aussi, du Rio-Nunez et du Rio-Pungo, peuplades
Malinké.
à peu près sauvages, qui peu à peu se convertissent à Tislamisme ; les DMolas , dans le bassin du Rio-Geba, qui se couvrent de nombreux tatouages, pratiquent la polygamie, adorent des fétiches et sont toujours en guerre avec quelqu'un ;les Bambaras, sobres, économes, bons industriels et bons agriculteurs, que la malice française, fort
78 LB B^ldQAL.
irrëvérenoiecisey a sarnommés les Aavergnats du Sénégal ; originaires des monts Eongs, ils ont été chassés de leur territoire par les Peols , et heureusement pour nous ils les détestent de tout cœur ; les Moké-Forèsy autres ennemis acharnés des Peuls, anciens esclaves échappés du Fouta-Djallon et aujourd'hui établis au Bio- Nunez ; les Sousoua du Rio-Pungo et de la Mellacorée, Mandingues convertis à l'islamisme^ entretenant des rela* tiens de commerce avec la colonie anglaise de Sierra- Leone et sachant presque tous parler anglais ; lesFeloups, qui habitent la Casamance^ se louant comme manœuvres pour labourer et faire les moissons, race misérable et • superstitieuse, où certains chefs sont chargés de prévenir les malheurs publics et de faire, suivant les besoins, le beau temps ou la pluie ; les Balantes, près du Rio- Grande, chez qui le vol est considéré comme la principale vertu ; les Papeh, sur le Rio-Cachéo et le Rio-Géba ;le8 Biafarea^ sur les deux rives du Rio-Géba et sur le Rio- Grande méridional, plus doux, plus civilisés que les Papels, avec lesquels ils sont toujours en lutte ; enfin les Lahobés^ nègres nomades et misérables, regardés comme des parias, véritables Bohémiens d'Afrique, dont la principale industrie consiste à fabriquer les calebasses et les mortiers à piler le mil.
LK S^NIÉGAL. 79
Citons encore les Tiédos^ sur lesquels les AnnaUê Sénégalaises nous donnent les détaib suivants au point de vue militaire :
« Ces gens-là ne sont pas, en général, très redoutables; les Tiédos du Cayor, du Djolof , du Baol, de Sine et de Saloum ont le physique, le caractère, les vices, le costume et la manière de combattre des Tiédos du Oualo. Les chefs et leurs affidés combattent sur de petits chevaux qui ont à peine la force de les porter, mais qui sont quelquefois pleins d'ardeur. La foule combat à pied ; leurs armes sont de grands et lourds fusils chargés d'un grand nombre de balles, des lances et des poignards. Capables par moments d'un courage brutal, ils se démoralisent assez facilement. Les populations ouoloff musulmanes, comme celles de Ndiambour, quoiqu'ayant un caractère différent parce qu'elles ne sont pas abruties par Teau-de-vie, font la guerre à peu près de la même façon que les Tiédos. »