II. — LES PEULS
Orthographes diverses. — Origines mystérieuses. — Singulières parentés. — Peuls de différentes couleurs. — Leur physique, leur moral. — La langue ; une nouvelle grammaire. — Les Tovoou-' leurs ; leur portrait, leurs mœurs, leur manière de combattre.
Nous adoptons, pour le nom de ce peuple, l'ortho-
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graphe la plas simple; mais on écrit également Pmlhè et même Pouls, et on les appelle aussi Fouis ^Foulisy Foulbésj Fellahs^ FellatahSy etc.
Quel est ce peuple, et d'où vient-il ? Les opinions les plus diverses ont été avancées à ce sujet.
Le docteur Barth regarde les Peuls, ou Pellatahs, comme le même peuple que les Atarantes dont parle Hérodote.
De son côté, un professeur à l'Université de Berlin, M. R. Hartmann, a remarqué, durant ses voyages parmi ces peuplades, des têtes égyptiennes du type antique, et principalement des nez et des lèvres tels qu'on en trouve dans les peintures ouïes sculptures des grandes époques de la dix-huitième et de la vingtième dynastie égyptienne. De plus, par une curieuse coïncidence, ce respect que les anciens Egyptiens avaient pour les animaux, pour le bœuf, pour le crocodile ou pour l'ichneumon, les Peuls l'ont pour les serpents, pour les hippopotames, dont les Bambaras Courbaris se vantent d'être les parents, tandis que les habitants de Badombé se déclarent cousins des pigeons verts, et que les indigènes du village de Diaoura, dans le Damga, avouentêtre unis par les liens du sang.... aux crocodiles!
D après le C Thaly, les Peuls seraient des Tziganes
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analogues aux Bohémiens d'Europe, qui, fuyant l'invasion mongole, seraient venus en Egypte et se seraient peu à peu avancés jusqu'en Sénégambie. Il invoque à
Peul.
l'appui de sa thèse des preuves insuffisantes, mais curieuses, telles que leur nourriture exclusivement composée de lait, régime que l'on retrouve chez certaines tribus de l'Inde.
« Frédéric MuUer, dit le D' A. Bordier, semble avoir trouvé leur véritable origine, lorsqu'il les place dans le
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mémo groupe que les Nubiens, avec qui ils ont le plus grand rapport. »
Quoi qu'il en soit, ce sont eux qui aujourd'hui encore dominent dans la plus grande partie du Soudan jusqu'aux limites du Bomou et du Baghirmi. Au Sénégal, ils ont fondé d'importants Etats^, et leur ancien empire comprenait le Macina, le Fouta-Djallon et le Fouta sénégalais.
Actuellement, on les trouve disséminés un peu partout en Sénégambie ; mais ils ont cependant un centre et forment un peuple puissant qui domine du cap Vert au lac Tchad, dans une zone de quatre-vingts à quatrevingt-dix mille lieues carrées.
Les Peuls se glorifient d'appartenir à la race blanche, et en eflFetce sont presque des caucasiques. « Les Peuls, écrit le C^ A. Bordier, se distinguent de tous leurs voisins par des traits fins et réguliers ; les yeux sont grands et noirs, le nezaquilîn,la face droite, les cheveux longs, non crépus, les extrémités petites, le corps élégant, bien découplé ; aucun caractère n'est négroïde. La peau brune, bronze fiorentin clair, varie d'ailleurs de couleur selon leur mélange plusou moins grand avec les populations nègres. Les plus purs portent le nom de Pouls rouges; les autres, mélangés de noir, sont les Pouls noirs, dont les principaux sont les Torodos et les Tokolors. J>
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Au moral, Ils présentent un ensemble de qualités et de défauts qui en font des adversaires dangereux.
Peuple pasteur, ils entretiennent de nombreux et immenses troupeaux^ dont ils tirent toute leur subsistance. Nation intelligente, ils aiment à cultiver, dans un but intéressé il est vrai, l'esprit de la jeunesse, et ils ont fondé d'importantes écoles renommées dans toute l'Afrique. Ils parlent une langue très harmonieuse, offrant quelque analogie avec l'italien par l'abondance des voyelles et des consonnes doubles, et ne présentant aucune affinité spéciale avec les idiomes des autres peuples de même race. Chose singulière, dans ce langage, les deux genres masculin et féminin sont remplacés par un genre pour V homme et un genre pour \q^ brutes.
Jusqu'ici, on le voit, les Peuls ne méritent que des éloges ; mais voici le revers de la médaille.
Après avoir été convertis à l'islamisme par les tribus berbères^ devenues elles-mêmes musulmanes vers l'an 1010, les Peuls se sont érigés en mahométans fanatiques qui, sous prétexte d'étendre l'influence de leur religion, augmentent avant tout, et cherchent à imposer sur tout leur pouvoir matériel. Nous ne parlons ici, bien entendu, que des chefs ; maïs le peuple les suit, et l'esprit féodal qui anime cette nation est tout à fait oon traire à nos
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projets sur le Sénégal. Nous avons constamment à les combattre. Us s'eflfbrcent de s'étendre sur le Rio-Nunez, où heureusement notre poète de Boké les tient en respect.
Les Peuls^ en s^alliant aux meilleures familles nègres, ont produit les Toucouleursj qui parlent une langue à peu près semblable à la leur, mais mélangée de mots ouoloffs.
Leur nom vient probablement de celui de l'ancien Fouta sénégalais, le Toukousor, On les trouve dans les deu^ Foutas et dans le Boundou. Les Toucoulenrs sont plus trapus et de taille moins élevée que les Peuls. Us tiennent par-dessus tout à leur liberté, mais ils sont, voleurs, pillards, fourbes, cruels. Essentiellement sédentaires, ils s'adonnent à l'agriculture, cultivant chacun son champ, même le roi ou Almany. Ce titre n'est que la corruption du titre arabe Emir el Moumenyn, commandeur des croyants). La grande fête annuelle du pays est célébrée en l'honneur de l'agriculture ; aussi le Fouta est-il un pays vraiment productif, en dépit des expéditions incessantes que'les Français sont obligés d'envoyer contre ces peuplades pillardes et turbulentes.
« LesToucouIeurs (noirs mêlés de Pouls), dit le gêné-, rai Faidherbe^-«ont une race intelligente et perfide; ils
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ont été viciés par rîslamisme qui les a rendus aussi menteurs et aussi voleurs que les Maures. Ils combattent plutôt à pied qu à cheval et à peu près comme les Maures ; les chefs et les gens aisés ont comme ceux-ci des fusils à deux coups ; mais les pauvres s'arment commô ils peuvent des mauvais fusils qu'ils parviennent à se procurer. J>