CIENIS^E PROFESSION DE FOI ET EES PRIN
>5 ciPES DU PEUPLE ^ appclléles Quakers, rencTuvellés par rapport au roi et au 35 gouvernement ^àr occasion des troubles y> qui désolent la Pensylvanie et les au- 35 très parties de V Amehique , et adressé 35 au peuple d^ Angleterre .
L*^auteur de cet Écrit est un de ces hommes qui ne déshonorent jamais la religion par des plaisanteries sur les dénominations des sectes. Tout homme doit répondre à Dieu seul , non aux autres , de sa religion. Je vous adresse donc cette épître^ moins comme à une société religieuse que comme à un corps politique , qui veut se mêler de choses que ses maximes et son amour connus pour la paix auroient dû lui interdire.
Puisque sans aucune aulorité , le fabrica* leur du pamphlet auquel je réponds a pris
( îo8 )
la parole au nom de tous les quakers , je me crois a mon tour obligé de répondre pour tous ceux qui approuvent les écrits et les principes contre lequel votre témoig-nage est dirige. Je me mets dans cette singulière situation, afin que vous puissiez appercevoir en moi cette présomption que vous ne voyez jamais en vous; car ni vous ^ ni mai, ne pouvons avoir dhroit à réclamer le titre de Tcprésentans politiques.
Quand des hommes s’écartent du droit chemin , il n’est pas surprenant qu’ils trébuchent et qu’ils tombent. Il est évident par la maniéré dont vous avez arrangé votre prof es* sion de foi ^ que, comme société religieuse , la politiv^ue n’est pas le chemin qui vous convient. Quoique votre écrit vous paroisse sage et digne de vous, ce n’est qu’un mélange de bon et de mauvais mal assorti, et la conclusion que vous en tirez est injuste et dénaturée.
Nous approuvons les deux premières pages; (le tout n’exi contient pas quatre) nous les approuvons , dis - je , et nous espérons que vous nous rendrez la justice de croire que nous pensons ce qu’elles contiennent, car l’aniour de la paix no^t
point renfermé dans le seul quakerisme j ,c’est le désir naturel des hommes de toutes les religions : et nous, qui faisons tant d’efforts pour établir une constitution indépendante , nous devons plus que tous les autres espérer et desirer la paix. Notre plan est une paix éternelle. Nous sommes las de nos contentions avec l’Angleterre, et nous sentons bien qiie nous ne pouvons y mettre fin qu’en nous séparant tout-à-fait d’elle. Nous agissons conséquemment; car c’est pour obtenir une paix solide , une paix durable, que nous supportons les fatigues et les dangers actuels. Nous voulons avec persévérance rompre des liens qui ont déjà fait ensanglanter ces contrées , et dont le seul souvenir peut être cause de nouvelles infortunes.
Nous ne combattons ni pour nous venger ni pour conquérir , ni par orgueil ni par passion. Nous n’insultons pas le monde avecnos flottes et nos armées. Nous ne parcourons pas le globe pour le ravager et pour le piller. On vient nous attaquer à l’ombre de nos arbres, jUsques sous nos toits. Enfin c est dans nos propres champs qu’on nous poursuit avec violence. Nos ennemis §q
( iid )
Ittohtrent à nous en brigands ^ . en voleiirât de grands chemins. Ne pouvant avoir recours ^ aux loix pour les faire punir, nous sommes obligés d’employer les forces pour les repousser, et l’épée remplace la corde. Peutêî:re les maux des infortunés que cette guerre fait gémir , d’un bout à l’autre- du contineiit , nous inspirent une pitié qui n’a point encore pénétré dans le cœur de queh qu^es-utis de vous. Mais êtes-vous certains qu0 vous ne vous méprene^i pas vous-mêmes sur la cause de vôtre profession de foi ?- Ne l’ap-» peliez point sérénité d’ame, calme religieux. » Ner mettez point le bigot à la place duchrétiem -
O vous , ministres partiaux j dont les principes sont si connus 1 avouez que si c’est un péché de prendre les armes , c’en est un plus grand de commencer la guerre.
Une attaque injuste est bien . autre chose qu’une, inévitable défense. Si vous prêchez
réellement d’après votre canseience ; si vous ne voulez pas vousservir seulement de la religion pour étayer les maximes d’une mauvaise politique, tâchez de convaincre le monde de la vérité de votre doctrine. Faites-la entendre à nos ennemis , car eux aussi ont prh
les armes, Donnez^nous une preuve de votre sincérité, en vous faisant entendre à Saint- James, en vous adressant aux commandans en chef qui sont à Boston , aux amiraux^ aux capitaines de vaisseau qui viennent en pirates, ravager nos côtes ^ et à tous les assassins qhi CQmmettent des massacres sous 1 autorité dii roi, que vous xl^ciarez servir#^ Si vous aviez rhonnêteté de Barclay (i) , vous prêcheriez la repentance à votre roi; vous lui diriez . vous ravèrtiriez
de sa perte éternelle. ^ '1 :
(i) CC Tu as goûté de la prospérité eV de Padverslté*. >5 Tu sais ce que c’est qüe d’étre- banui- de soir pay^ » natal, d’être gouverné, comme db goiiverner%t d’êtré’ >> mis sur le trône. Long-t@mps opprim| /tu d©is cou- 0 noître coinbien l’opp^esseur es^ qn e:^éçrMlpn.à DLea 0 et aux hommes. Si après tous ces avertissemens , tu O ne reviens pas a Dieu du fond de Ton cœur 5 si tu •3 oublies celui qui s%st souveiiu^âeToi dans tes mal- 3 heurs, et-si tût’âbajidonnes a la débauche étala va- 3 nité, certes ton châtiment seravterrible--*Si tu veux 3 éviter les embûches de, ceux qui cherchent à te sé-l 3 duire et a te porcerr au mal , le pieilleur moyeu 3 c’est d’avoir recours à la lumière du Christ,, qui brille 3 dans ta conscience, qui ne te flattera jamais, et qui 3 ne souffrira point que tu sois en paix au sein du péché». Adresse ’dé Barclay à Charles II,
Il ne faudroit pas prodiguer vos saiiites invectives aux malheureux seuls*, aüx opprimés : mais en ministres fidèles , vous devriez élever la voix et n’épargner personne. Ne dites point que vous êtes persécutés. Ne vous efforcez pas de nous attri-^ buer un reproche que vous vous faites vousmêmes ; car nous attestons publiquement que nous ne nous plaignons pas que vous soyiez quakers : nous nous plaignons seulement de ce que vous prétendez l’être^ et ne l’êtes pas*
Hélas ! il semble par quelques passages do yolve profession de foi , et quelquefois par votre conduite^ que tous les péchés se réduisent à celui de prendre les armes > et que ce n’est un péché que quand c’est le peuple qui les prend. Mais vous vous êtes mépris, et en général vous n’êtes pas conséquens. Il nous est impossible de croire beaucoup à vos scrupules , parce que nous voyons qu’ils partent des mêmes hommes qui , dans le même temps qu’ils déclament contre le Mammon de ce monde, en poursuivent tous les avantages avec une constante avidité.
Le passage que vous avez cité des proverbes, dans la troisième page de votre pro-
fession
^esxiflntlejbi, qui dit que — « quand un Iiom- >> me marche dans les voies du seigneur, le » seigneur lait qu’il est en paix avec ses » ennemis 33, - — est três-mal choisi par VOUS; car il prouve que le roi que vous avez tant d’envie de défendre , ne plaît point au seigneur : s’il lui piaisoit son règne seroit en paix.
J en viens a présent à la dernière partie de votre profession aefoi, cette partie à laquelle tout le reste n’est qu’une introduction.
« Depuis que nous avons été appeüés à » suivre la lumière du Christ , dites vous , 33 notre jugement et nos principes ont tou- >3 jours ete , ainsi que nous l’avons manifesté 33 dans notre conscience jusqu’à ce jour , 33 que Dieu seul , par des raisons qu’il garde >3 dans sa sagesse , a le droit d’élever et 33 d’abaisser les rois, et que ce n’est point 33 à nous à nous occuper de ces choses, et >3 a nous meler clans des complots , c]ui 33 pourroient occasionner la perte d’aucun 33 d’entr’eux. Nous ne devons que prier pour 3» le roi , pour la prospérité de la nation et 33 pour le bien de tous les hommes. Nous 33 devons chercher à vivre en paix , à vivre *• honnêtement et saintement, sous le gou-
(il4) , ;
3, vernement que Dieu s’est plu à établir suf » nous ».
Si tels sont effectivement vos principes , pourquoi ne vous y renfermez - vous pas ? Pourquoi ne laissez vous pas à Dieu le som de régler ce que vous appeliez l’ouvrage de Dieu ? Ces principes vous prescrivent d’attendre avec patience , avec humilité , l’effet des mesures publiques et de les recevoir comme venant de Dieu. Si vous croyez véritablement ce que votre profession de foi contient , comment avez - vous pu la publier? Mais le parti que vous avez pris de la publier , prouve ou que vbus^ ne croyez point ce que vous professez de croire , ou que vous n’avez pas assez de vertu pour pratiq'ueï’ ce (jne vous croyez.
Les principes du quakerisme sont de rendre ceux qui les professent sujets tranquilles et innocens du gouvernement quel qu’il soit. Sirélévation ou l’abaissement des rois n’appartient qu’à Dieu seul , il ne souf&ira certainement pas que nous lui dérobions ce privilège. Or , ce principe vous conduira à approuver tout ce qui est arrivé ou peut arriver aux rois , comme étant 1 ouvrage indispensable de Dieu. Olivier Cfomuel
( ii5 )
VOUS remercie ; car , suivant vous , Charles premier ne mourut pas par la main des hommes ; et si TorgueilleuX imitateur de Charles éprouve le même sort, les auteurs de la prof es* sion de foi seront forcés d’y applaudir, d’api ès la doctrine que contient leur pamphlet.
Non, les rois ne sont pas détrônés par des miracles ; et tous les changemens qui surviennent dans les gouvernemens s’opèrent par des moyens ordinaires , et tels que ceux que nous employons en ce moment. La dispersion même des Juifs , quoique prédite par le Sauveur , fut l’ouvrage des armes.
Si vous ne croyez pas à ces moyens, vous ne devez pas vous en mêler , et il faut que vous attendiez en silence l’événement ; et à nioiiis que vous ne montriez un signe authentique de l’at^torité divine , qui prouve que Dieu , qui a placé ce nouveau monde à une si grande distance de l’ancien , ne veut pourtant pas q^^il soit indépendant de la cour perverse et abandonnée de la Grande- Bretagne ; à moins , disqe , que vous ne fournissiez cette preuve , comment pouvezyous , d’ après vos principes , pousser , exciter lesAméricains ce à se forliher mutuelle- 0 ment dans la haine des écrits et de toutes
» les mesures qui pourroient nous porter à
rompre les heureux liens qui nous ont >5 unis jusqu’à présent à la couronne de la >5 Grande-Bretagne, et à manquer à la juste >5 subordination que nous devons au roî j » et à ceux qu’il a légitimement investis » d’une partie de son autorité » ?
Quel soufflet on se donne ici ! Les hommes qui ont plus haut reconnu tranquillement et paisiblement que Dieu seul devoit sô mêler de ce qui concerne les rois et les gouvernemens , abjurent presqu’aussi - tôt. leurs principes , et veulent intervenir dans l’ouvrage de Dieu ! Est-il possible qu’une telle conclusion puisse dériver de la doctrine que vous avez établie? L’inconséquence est trop frappante pour ne pas être apperçue; l’absurdité trop grande pour ne pas apprêter à rire à vos dépens , et telle enfin qu’elle ne peut provenir que d*un esprit étroit 3 obscurci par les préjugés ^ et aigri par la partialité. Il est bon d’observer, d’ailleurs, que les auteurs de l’écrit ne sont pas regardés comme formant toute la société des quakers , mais comme une partie très-^ exiguë et très-factieuse de cette société.
Je finis l’examen de votre pamphlet ,
^üe je n’invîte personne à abhorrer , à votre exemple , mais à lire et à juger avec équité- J y joindrai encore la remarque suivante : c’es" que Télévation et rabaissement des rois, signifie certainement le pouvoir de faire un roi de celui qui ne Test pas, et de faire cesser de l’être celui qui l’est. Or, ditesmoi, je vous prie, quel rapport cette maxime a avec les affaires actuelles? Nous ne voulons élever ni renverser, faire ni défaire des rois; nous voulons seulement n’avoîr rien à démêler avec eux. Ainsi votre écrit , de quelque côté qu’on le considère, ne sert qu’à déshonorer votre jugement; et vous auriez dû, par beaucoup d’autres raisons , le cacher au lieu de le publiefV.
Premièrement, il ne peut que nuire à la religion en général , et il est du plus grand danger pour la société , parce qu’il n’est bon qu’à créer de nouveaux partis, et à augmenter les disputes politiques.
Secondement, il semble partir d’une soziété d’hommes, dont la plupart le désairouent et désapprouvent sa publication.
1 rorsiémement, ii est propre à détruira :elte harmonie, cette amitié continentale.
( ii8 )
que vous mêmes , par votre cliarité et vo3 •dons généreux , vous avez naguère encore aidé à établir, et dont la conservation est de la plus grande conséquence pour les liabitans de ces contrées.
Ici, toujours sans colère et sans ressentiment, je vous fais mes adieux, désirant sincèrement que vous puissiez toujours pleinement jouir de tous les droits civile et politiques , qui appartiennent à des hommes et à des chrétiens : puissiez-yous même à votre tour concourir à les assurer aux autres ! et que l’exemple que vous uvez imprudemment donnée en mêlant la religion à la politique , soit ù jainais désavoué et blâmé par tous les habitans de l’Amérique !