CHAPITRE IV
JDes ressources de V Amérique^ Réjlexions diverses.
Je n’ai jamais en Angleterre , ni en Amérique , -vu d’homme qui ne soit convenu que ces deux états se sépareroient tôt ou tard; et nous n’avons jamais montré moins de jugement, que lorsque nous nous sommes * efforcés de prouver que le continent étoit mûr
pour l’indépendance, puisque c’étoit inutile.
Tout le monde convient bien qu’une sépa-' ration doit avoir lieu : mais on ne s’accorde pas sur le temps. Essayons donc d’écarter les erreurs. Jettons un coup-d’oeil général , sur l’état des choses, et tâchons de iixer, s’il est possible, le vrai moment d’une séparation. Mais nous n’avons pas besoin d’aller bien loin : nous sommes arrêtés dans nos recherciies ; car le temps nous a surpris. La concours , l’accord de tout ce^..qui peut favoriser ce grand événement , prouvent cette vérité.
Notre farce ü'est point dans le nombre
des Américains , mais dans leur union ; • et cependant nous sommes déjà en assez grand nombre pour repousser le monde entier. Le continent a, en ce jour, l’armée lapins nombreuse et la mieux disciplinée de la terre. Ses forces sont telles , qu’aucune colonie seule , il est vrai , ne pourroit se défendre elle-même , mais, que toutes réunies peuvent parfaitement assurer leur indépendance. Ses forces sont tout ce qu’il lui faut : plus ou moins seroit également dangereux.
Nos armées de terre sont donc suffisantes. Quant a nos armées navales, nous savons assez que tandis que l’Angleterre no%s a gouvernés, elle n’a jamais permis que nous pussions construire un seul vaisseau de, guerre ; et si elle nous gouvernoit encore . nous ne serions pas dans cent ans plus avancés que nous ne le sommes aujourd’hui. Ce qui fait que nous le serions même moins, c’est que le bois de construction diminue tous les jours davantage , et que ce qu’il en restera par la suite , sera rare , éloigné et difficile à charrier.
Si le continent étoit très-peuplé , les circonstances actuelles rendroient les maux
de ses habltans insupportables. Plus nou^ aurions de villes maritiines, plus nous aurions à défendre et à perdre. Notre popu« lation est tellement proportionnée a nos besoins actuels , qu aucun de nous ne peut rester oisif. La cessation de notre commerce nous a créé une armée , et les besoins de cette armée ont fait naître un nouveau genre de commerce.
Nous n’avons point de dettes , et si nous sommes obligés d’en contracter , elles seront des monumens glorieux de nos victoires.^! nous léguons à nos enfans un gouvernement sur une constitution indépendante , quelque prix que ce bien nous coûte , nous ne l’aurons pas trop chèrement acheté. Mais dépenser des millions , pour se borner à voir révoquer quelques actes , à disputer vainement contre le ministère, ceseroit une folie , une cruauté , que la postérité auroit droit de nous reprocher ; car nous lui laisserions non-seulement à combattre pour son indépendance , mais tous les embarras d une dette. Une telle idée est indigne d’hommes d’honneur , et elle ne peut plaire qu a des cœurs insensibles et à des esprits bornes, îios dettes ne méritent pas noire attention,
si nous r'éü'ssîssons daris notre erande entreprise. Il n’y a point de nation qui n’ait de dettes. Une dette nationale est un contrat avec soi-mâme ; et quand il ne porte point d’intérêt, il ne grève .point. L’Angleterre est chargée d une dette de plus de cent cinquante millions sterling, pour laquelle elle paie plus de 4 niiliio’ns sterling d’intérêt. Pour compensation, elle a une nombreuse marine. L’Amérique est sans dette et sans marine ; mais pour la vingtième partie de !a dette des Angiois , elle peut avoir une marine plus belle que la leur. La marine angloise (iqne vaut pas, en ce moment, plus de trois millions et demi sterling.
Les deux premières éditions de ce pamphlet ont été publiées sans les calculs; suivans , qui donneront une preuve de la justesse de moli observation (2).
La construction d’un vaisseau , la fourniture des mâts , vergues , voiles , agrès , avec huit mois d’avitaillement , peur ce qui est sous rinspectîon des charpentiers et des bossemàns , a été calculée, comme je le transcris , par M. Burchett , secrétaire de l’amirauté.
(1) On ne parle ici que de la marine royale.
(2) Voyez l’histoire navale d’Entic, introd. pag. 56.
35,553 1. at.
iq,6o6
Pour un vaisaeau de
on péut calculer
D’après
toute la valeur de la marine royale d’Angleterre , qui, en lydy, au plus haut point de sa aloire , consistoit , savoir :
Prix d’un vaisseau,
35,5531.st. —
Totaux.
Vaisseaux. Canons.
85 Sloops, Bombardières , Canonnières, etc. • l’ün dans rantrç....,
Bçst ç pour canons
3, 500^000 1. St.
Nul pays n’est aussi heureusement situé et aussi bien pourvu pour avoir une marine que l’Amérique. Le bois de construction, le goudron , le fer , le chanvre se trouvent chez nous. Nous n’avons besoin d’aller rien chercher au dehors , pendant que les Hollandois , dont une des branches du commerce est de louer des vaisseaux de guerre aux Portugais et aux Espagnols , sont obligés d’aller acheter dans le nord, les objets qui leur servent à les construire. Nous , nous devons regarder aussi la construction des vaisseaux comme un, objet de commerce, puisque la nature a tout préparé chez nous pour cela. C’est la meilleure manière de placer notre argent. Une escadre sur pied vaut plus qu’elle ne coûte ; et en bonne politique c’est un de ces moyens dans lesquels les avantages du commerce et la force nationale se trouvent réunis. Construisons donc une escadre : si elle nous est inutile , nous la vendrons , et de cette manière nous troquerons notre papier continental contre de l’or et de l’argent.
L’on est en général dans une grandè erreur sur la manière dont on croit ^u’on doit
armer rmê esçâdje. Il ne faut pas que la qûataêiîië partiè clës équipages soient matelots. Le ëdrsaire lé Terrible , càpitàînè Death, soutint, pendant la dernière guerre, ië jolus sanglant cbmbat sans avoir vîngl: rhatèlots à son bord q et cependant Téquip^gè étoit de plus de deux cents hommes. Un p^it âmubré de b‘dhs marihs aura Bientôt înstinà.ità là manceuvffe ordinaire les liabitahè vigourëui des campagnes. Nous sommet d'antàât plus pressés de nous occuper de cet objét > que hos[ bois' de cohstimctr^^ sont èiîcÔTfe dà , nos' pêcheriës bloquées, et nos màteldl^ ét nés charpentiers désœuvrés. Il y a cfudrSâtë Uns qu’on coristruisoit à là N6uŸelle^^'Ah|^ des yaisseaiix de soi-
xàhte-dii: éf ^dé" qü canons : poür-
qüôi n’éh fenons - pas de - même
aujourd'hui:'?-- '
Lâ'ëôhstrucfldh des vaisseaux est la gloire de F'AMérîqiië ; et dans cet ,art, elle doit lin jour " surpasser lé reétë-du mondé. Lés Taëtéë éiS-^irëT de rOrïént sont daiis l'iiitérieUr '^dés éerres , et ne peuvent jamais nous rivaiiseiu L’Afrique reste toujours dans son état de barba:rië ; et aucune puissance eiiropéenhdii'^iiilé^aussîgrande étèndue de côte&
et autant de matériaux dans son intérieur. Là nature n a donne une de ces choses à nn pays qu’en lui refusant l’autre ; mais ayec l’Amérique elle a été magnifiquement libérale.
La mer est presqu’entiérement fermée à la Russie ; et les bois , le goudron ^ le fer , le chanvre de cet immense empire ne sont pour ses habitans que des objets de commerce.
Si nous songeons à notre sûreté, devons-nous rester sans une escadre ? Nous ne sommes plus le petit peuple qui habitoit ces contrées il y a soixante ans. Alors nous pouvions laisser tranquillement ce que nous possédions dans les rues , dans* les champs ; nous pouvions dormir sans mettre de verroux a nos portes , ni à nos fenêtres ; mais les temps sont changés , et nos moyens dé défense doivent croître avec nos propriétés. Le moindre pirate auroit pu , il y a un an , remonter la Delaware ^ et mettre à contribution la riche viile de Philadelphie , ou tout autre. Que dis-je ? mi seul corsaire de quatorze ou quinze canons eût suffi pour dcsoler le continent, et emporter un demimillion d’argent comptant. — Tout cela exige une sérieuse attention de notre part ;
tout cela nous prescrit d'avoir une escadre pour nous protéger.
On dira peut-être que quand nous nous serons arrangés avec l'Angleterre , elle nous protégera. Pouvons-nous donc être assez fous pour croire qu’elle laisseroit jamais un vaisseau dans nos ports pour ce seul dessein ? Le sens commun nous dira que la puissance qui a voulu nous soumettre , est la moins propre à nous défendre. Sous l’apparence de l’amitié , on cherclieroit à nous conquérir; et, après une longue et courageuse résistance , nous nous trouverons, par la ruse, réduits à l'esclavage. Et si les vaisseaux anglois ne sont pas reçus dans nos ports, comment pourront-ils nous protéger? Une marine qui se tient à trois ou quatre mille milles , est de peu de secours; et dans les. cas pressans , elle ne sert de rien du tout. Mais si nous devons être protégés^ pourquoi ne pas nous protéger nous-mêmes ?
pourquoi attendre ce bienfait d’un autre ?
La liste .des vaisseaux de guerre anglois est longue et formidable ; mais jamais la dixième partie n’est en état de service, plusieurs même n'existent plus ; mais s’il en t'este encore une planche , leurs noms
Côntînliént à être pompeusement inscrits sur la liste. La cinquantième partie de ceux qui sont en état de servir , ne peut être envoyée à la fois dans un même lieu. L’Inde, les Antilles , la Méditerranée , la côte d’Afrique, tous les pays, enfin, où la Grande- Bretagne a des prétentions, exigent qu’elle y envoie des vaisseaux.
Bar inattention autant que par préjugé, nous avons de fausses notions sur la marine angloise* Nous en parlons comme sî nous avions à la combattre toute à la fois ; et nous croyons, d’après cela, qu’il nous en faudroît avoir unfe toute aussi forte à lui opposer ; et comme cela n’est pas tout de suite piaticable , nous avons ete découragés de commencer à en construire une , par les conseils d une foule de torys déguisés.
Mais loin d avoir besoin d’une marine aussi considérable que celle d’Angleterre, si lAmeiique a voit seulement le vingtième des forces navales britanniques, elle seroit en e^at de la vaincre , parce que n’avant, ni ne voulant avoir aucune possession etiangere, toutes nos forces seroient erriployées sur nos côtes ; et nous aurions d’autant plus d’avantage, (jue nous combattrions
un ennemi, qui feroit trois ou quatre mille milles pour venir nous attaquer , et pour aller .ensuite se radouber.
Si, par sa marine , TAngleterre arrête notre commerce avec l’Europe , nous pouvons gêner le sien avec les Antilles, qui, placées près du continent, sont absolument | à notre merci. |
Si on ne vouloit pas entretenir des vais- î s'eaux de guerre en temps de paix , on pourroit trouver quelque manière d’en avoir sans qu’ils fussent aux frais de la nation. On pourroit donner des primes à des marchands, qui employeroient des vaisseaux de vingt, trente, quarante, cinquante canons, et ces primes seroient en proportion du nombre des canons de ces vaisseaux. Alors cinquante ou soixante vaisseaux de cette force , avec quelques garde-côtes , formeroient une marine suffisante , sans que nous eussions à supporter aucun fardeau , et sans l’inconvénient dont on se plaint tant en Angleterre, c’est-à-dire , de voir les vaisseaux pourrir dans les ports pendant la paix. Unir les avantages du commerce et ceux d’une défense importante ^ est une sage politique. Tant que nous employerons nos forces et
nos ricîiesses à npus, défendre, nous n’a pas à craindre d’ennemi étranger. ‘
Nous avons en abondance prês.q les objets nécessaires a notre d,ef chanvre crôît dans nos champs'avec •grande facilité .- ainsi nous ne manquerons pas de cordages. Notre fer estfsupéfiéur à celui dés autres pays. Nos petites armes sont les meilleures du monde. Nous pouvons aisément fondre des canons. Le salpêtre et la poudre ne nous manquent pas. Nos connoissances croissent tous les jours. La fermeté fait la base de notre Caractère , et le courage ne nous a jamais abandonnés. Que nous faut-il donc de plus ? Pourquoi hésitons-noüs ? Nous n’attendons de la Grande- Bretagne que de l’oppression. Si nous lui' rendons le gouvernement de ces contrées , elles cesseront dès^- lors d’être liabitables. Des jalousies, des haines , des insurrections se manisfesteront sans cesse ; et cpui entreprendra de les appaiser ? Qui voudra exposer sa vie ponr réduire ses compatriotes à une servile obéissance ? Les différends survenus entre le Connecticut et la Pensylvanie , pour quelques terrelns inoccupés, montrent l’incapaçité du gouvernement
anglols , et prouvent évidemment qu*uné autorité continentale peut seule régler les affaires du continent.
Ce qui fait voir encore que le moment actuel est préférable à tous les autres pour assurer notre indépendance , c’est que nous avons peu de population, et qu’il nous reste beaucoup de terres vacantes; et que ces terres , au lieu d’être concédées par le roi
à ses indignes courtisans, seront employées par nous, non-seulement à l’acquittement de nos dettes , mais à l’entretien du gouvernement. Nulle autre nation au monde n’a un pareil avantage.
L’état d’enfance des colonies, comme on veut bien l’appeller , loin d’être une raison contre leur affranchissement , est ce qui le favorise le plus. Nous sommes en assez grand nombre , et si nous l’étions davantage, peutêtre serions -nous moins unis. Une chose • bien digne d’attention , c’est que plus un pays est peuplé, plus ses armées sont petites. Les armées des anciens etoient bien plus nombreuses que celles des modernes. La raison en est, que la grande population exigeant qu’une nation s adonne au commerce, les hommes ne peuvent presque plus,
dès-lors ,
dfes-lors, s’occuper d’autre chose. Le commerce éteint l’esprit militaire , même le patriotisme. L’histoire nous montre assez que c est dans l’enfance d’une nation que ses plus courageuses entreprises ont été exécutées. A mesure que le commerce de l’Angleterre augmente ^ son courage se perd. Londres, Si peuplé , est exposé à des insultes continuelles , et les supporte avec une patience lâche. Plus les hommes ont à perdre , moins ils osent hasarder. Les riches sont en général dévorés de craintes , et ils se soumettent au pouvoir de la cour, avec la tremblante dr plicité d’un chien barbet.
La jeunesse est pour les nations comme ]>:uir les individus le moment de prendre de bonnes habitudes. Dans cinquante ans , il scioit très-difficile, peut-être même imposêii)!e, de soumettre le continent à un gouvernement. La diversité des intérêts , au<rnientée par le commerce et la population , occasionneroit trop de confusion. Une colonie s’élèveroit contre l’autre : chacune déliés étant déjà puissante, mépriseroit le secours de ses rivales ; et tandis que les fous , les orgueilleux se targueroient de leurs petites distinctions , les sages regretteroiént
qu’une union, n’eût pas été dès Ion g -temps formée.
Le moment présent est donc le vrai moment de former cette union. Une intimité contractée dans l’enfance, une amitié née ftusein du malheur, sont toujours les plus durables ; notre union aura ce double caractère. Nous sommes jeunes et nous avons été malheureux ensemble. Mais notre concorde triomphera et deviendra une epoque glorieuse pour notre postérité.
Le moment présent est un de ces momens heureux qu’une nation n’a qu’une fois , le moment de se créer un gouvernement. Plusieurs peuples en ont laissé échapper l’occasion , et ont été réduits par cette faute à recevoir leurs loix d’un conquérant. D’abord, ils ont eu un roi , et dès-lors une forme de gouvernement : au lieu que la constitution , ou la charte du gouvernement , doit être laite auparavant , et ensuite il faut la délivrer à ceux qui sont préposés pour la faire exécuter. Que les erreurs des autres nous instruisent donc ; saisissons l’instant favorable, et commençons à former un gouvernement justes : V
Quand Guillaume-le-Conquérant soumit
î’AngîeteiTé , il lui donna des lois àla pointé de l’épée. Pour nous, jusqu’à ce que nous ayons établi en Amérique un gouvernement juste et légitime, nous devons craindre que quelque heureux brigand ne nous traite comme Guillaume traita les Anglois. Où serolt alors notre liberté ? que deviendroient nos droits F
Quant à la religion , je crois qu’il est du devoir indispensable de tous les gouvernemens de protéger la liberté des opinions, et je crois qu ils ne doivent pas se mêler d’autre chose. Qu’un homme mette de côté cette petitesse d’esprit , cet étrécissement de principes, dont les gens à préjugés ont tant dé peine à se départir , et il sera bientôt delivre de vaines terreurs, hé soupçon accompagne les amesfoibles, et est le poison de là société. Pour moi , je crois que c’est par un effet de la sa'gesse du Tout-Puissant, qu'il existe une si grande variété d’opinions rt ligieuses parmi nous : c'’est ce qui ouvre un champ plus vàSte à la charité chrétienne. Si nous avions tous la même façon de penser , notre religion n’auroit plus d’objet d’émulation. Je regarde les nombreuses religions qui existent parmi nous , comme des
Fa
enfans d’uns même famiile qui ne diffèrent que par leurs noms de baptême.
J’ai jette plus haut quelques idées sur les bases d’une charte continentale;car je ne prétends offrir que des idées et non des plans .Je reviens donc ici sur ce sujet pour observer qu’une charte doit être une obligation solemnelle, qui engage toutes les parties réunies à défendre les droits de chacune en particulier, tant dans ses opinions religieuses , que dans sa liberté et sa propriptç. Les bons marchés et les comptes justes font les bons amis.
J’ai parlé aussi d’avoir une nombreuse représentation , et je crois qu en matière de politique , rien ne mérite plus notre attention. Un petit nombre d’eiecteurs, un petit nombre de représentans sont egalement dangereux 5 mais si le nombre des lepresentansestnon-seulement borné, mais disproportionné , le danger augmente. \^oici un exemple de ce que j’avance. Quand la pétition des sociétaires fut présentée à l’assemblée générale de Pensylvanie , il n’y avoit que 28 membres présens. Tous ceux du comte de Bucks, au nombre de huit, votèrent contre la pétition^ et si les sept du comté de Chester av oient
fait de même , toute la province eût été sou» mise a la loi de deux seuls comtés j danger auquel elle est encore exposée. L’étrange parti qu a pris cette assemblée , dans sa dernière Session, pour investir dune autorité illégitime les délégués de la province, doit avertir le peuple de prendre garde comment et a qui il confie son pouvoir. On fit pour les délégués une suite d’instructions qui auroien't désfionore un écolier et après qu’elles eurent été approuvées, liors de la Cliambre , par, un très-petit nombre de personnes , on les présenta à l’assemblée , et elles passèrent au nom de toute la colo
nie. Mais si toute la colonie savoit aved quelle mauvaise volonté la chambre s’est portée a prendre des mesures nécessaires , elle u’hesiteroit pas à la juger indigne de sa confiance.
Les circonstances nécessitent quelquefois des ressources dont la durée seroit dangereuse. Des expédiens et des droits sont des choses très-différentes. Quand les calamités de l’Amérique exigèrent une consultation générale , il n’y eut rien de plus pressé et de plus utile que de charger quelques membres des diverses assemblées des colonies', d«
Cew <jiii voiulroiit connoître toute l’iinportauc^
conférer, à ce sujet'; et la sagesse de leiirs conseils a sauvé le confinent. Majs comme il est plus (pre probable c^ue nons ne .serons plus sans un opNORES , tous ceux qui €lesirentle bon ordre , doiveiit sentir combien l’élection de ce corps mérite de cpnsidération. Jele demande’ 4 quiconcjne a étndîe le cœur iiumaiii : la représentation et tion ne soîitreîles pas de ^rop grands^i^^^ de puissancepopr qu’ùii seul et niêrpe Porps en soit revêtu ? O^^ï^d nous trayadlonS; pour la postérité , nous devons nous souvenir que la vertu n’est pnint^îiéréditau^^
C’est à nos ennemis même que nous devons souvent de bonnes maximes nous profitons de leurs erreurs, M. Cornwall , l’un des lords de la trésorerie , traita avec mépris la pétition de îTevv-Yorck, parce que , dit-il , la cliamîifè des représentans de cette province n’étoit composée que de vingtsix membres , et que suivant lui , ce seul petit nombre ne pouvoît être décemment regardé comme le vœu général. Nous le remercions de son liojinêteté involontaire (1).
Côliclusîon. Il importe peu que quelques
personnes trouvent eéCi étrange et ëèntraireà leur façon de penser. Mais pkisieurs raisons prouvent avec force que rien n’est aussi utile et aussi pressant que de déclarer ouvertement notre îridépendance. ' ‘
Premièrement, il est d’usage cliez les nations V que quand deux d’entr’elles sont^ en guerre , celles qui ne sont point entrées dans la querelle cherchent à êtrë‘uié®à^ trices, et présentent des préliminaires ^ de paix : mais tant que l’Amérique se regardera comme sujette de la Grande-Bretaghe, aucune puissance, quelque bonne volonté qu’elle ait d’aillèurs , ne lui offrira sa médiation ; et dans cet état-là notre querelle peut être interminable. T
Secondement , il ïï’èst pas raisonnablé de croire que la FranGe'€ft l’Espagne nousfoùr-^ nissent dès secours, si nous né voulons • employer ces sécoUrs' qu’à nous raccommoder avec lés Anglois , et resserrer- liés liens qui nous lioiént à eux. Certés , A ce prix , la France%t‘ l’Espagne ne s’èxposé- ' rorit pas pour nous. ^
^'une représentation nomîireuse et proportionnée ,
vent lire les Reciierclies poiitic|Ties de Burgli.
Troisièmement, tandis que nous nous dirons les sujets de la Grande-Bretagne, les puissances étrangères nous regarderont comme des rebelles. Il y auroit même quelque danger pour leur repos à soutenir des sujets armés contre leur souverain. Nous pouvons, bien sur le champ de bataille résoudre la question : mais unir la résistance et la sujétion , c’est une idée trop raffinée pour les esprits ordinaires.
Quatrièmement , si nous adressons aux cours étrangères un manifeste , dans lequel , nous exposions les maux que nous avons endurés., et les moyens de douceur que nous avons inutilement employés pour obtenir justice; si nous déclarons en même temps que ne pouvant vivre désormais heureux et tranquilles sous le gouyeriiement de la cour britannique , nous sommes dans l’indispensable résolution de rompre tous nos liens avec elle ^ et dans le dessein de nous unir par le commerce ayeç^ d’autres puissances; alors , il n’est pas douteux que cet écrit n’ait un meilleur effet que si nous envoyions un vaisseau chargé de pétitions en An- . gleterre.
Tant que nous porterons le titre de sujets
ae la Grande-Bretagne , nous ne pouvons être accueillis nulle part. L^usage de toutes les cours est contre nous ; et il en sera de même jusqu’à ce que, par notre indépendance , nous ayons pris notre rang parmi les autres nations.
Ces démarches peuvent d’abord paroître singulières et difficiles : mais il en sera comme de beaucoup d'autres choses : dès que nous les aurons faites ^ elles nous sembleront aisées et agréables. Jusqu’à ce que le continent ait déclaré son indépendance ^ il sera comme un homme qui renvoie de jour en jour à traiter une affaire qui lui déplaît. Il sait bien qu’il faut qu’elle se fasse ; mais il hésite à l’entreprendre , il voudroit la voir finie, et il est perpétuellement tourmenté de cette fâcheuse idée.