I. Le poète diins les révolutions
Ce tréteau, pilori s'il n'est pas piédestal, Ce panier, cette fosse infâme qui se creuse. Cette hache, c'était de l'ombre malheureuse.
Toute la lyre, I, 25.
Ceux qui veulent mettre à mort les despotes semblent aussi, à leur façon, faire de Téchafaud un autel :
Faire de l'échafaud, menaçante bâtisse.
Un autel à bénir le progrès nouveau-né, O vivants c'est démence.
Les Quatre vents Je l'esprit, I, 78.
Le bûcher de l'Inquisition est un autel de Moloch :
L'éducation par le clergé, c'est le gouvernement par le clergé. Ce genre de gouvernement est jugé. C'est lui qui sur la cime auguste de la glorieuse Espagne a mis cet effroyable autel de Moloch, le quemadero' de Se ville. Paris et Rome, dans Depuis l'exil, I, 53.
C'est d'une tout autre façon que le rocher de Guernesey fait penser 'n la fois à un piédestal et à un autel :
Que le peuple de Guernesey, de son rocher entouré des calamités du monde et des tempêtes du ciel, fasse un piédestal et un autel ; un piédestal à l'Humanité, un autel à Dieu. Actes et paroles. Pendant l'exil, 120.
I. Le mot qjicmadcro signifie littéralement lieu df supplice p,ir h feu; mais il est évident qu'en l'écrivant "Victor Hugo a dans l'esprit l'image du bûcher.
La tribune est le trépied de la pensée et l'autel de la conscience. Quand Mirabeau y rugit, c'est la cage d'un fauve. Quand des avocats y déclament, c'est un tréteau. Quand on y chante le Te Deum pour le crime, c'est le piédestal du mensonge :
Je suppose sur les bancs d'une assemblée le plus intrépide des penseurs, un éclatant esprit, un de ces hommes qui, lorsqu'ils se dressent debout sur la tribune, la sentent sous eux trépied. Napoléon le Petit, 296.
On ne sait quel trépied est mêlé à la tribune, ce lieu sonore est un lieu mystérieux, on y sent l'effluve inconnu. Le Droit et la Loi, dans Avant l'exil, 34.
Quand les Assemblées seront ce qu'elles doivent être, la tribune sera en marbre blanc, comme il sied au trépied de la pensée et à l'autel de la conscience.
Paris et Rome, dans Depuis l'exil, I, 36.
Mirabeau à la tribune... c'est quelque chose de magnifique... Là plus de table, plus de papier... mais un marbre qu'on peut frapper, un escalier qu'on peut monter en courant, une tribune, espèce de cage de cette sorte de bête fauve, où l'on peut aller et venir, marcher, s'arrêter, souffler, haleter... Littérature et philosophie, 421.
Pendant que les avocats déclament sur le tréteau politique, pendant que les rhéteurs pérorent sur le tréteau scolastique. Le Rhin, 1, 288.
Sur la tribune même où avait été chanté le Tedeum pour le crime, il a donné à ce Tedeum le démenti de la conscience humaine, et... du haut de ce piédestal du mensonge, la vérité a parlé.
Paris et Rome, dans Depuis l'exil, I, 39.
Victor Hugo compare au drapeau certains objets qui peuvent servir de marque distinctive et de signe de ralliement. Dans les Orientales, après avoir décrit les pavillons de diverses nations, il arrive à celui de Canaris :
Mais le bon Canaris, dont un ardent sillon
Suit la barque hardie, Sur les vaisseaux qu'il prend, comme son pavillon
Arbore l'incendie.
Les Orientales, 37
Les soldats qui ont fait triompher le coup d'état ont une bannière qui doit éternellement rappeler leur crime :
C'est fini. Désormais vous avez pour bannière Le tablier de ce boucher !
Les Cliâtiineiits, 36S.
Le drapeau de la révolution, c'est le suaire des victimes des rois, de ces victimes dont la première est la liberté :
Au moment où je parle, le continent, comme aux plus odieux temps de l'histoire, est encombré d'échafauds et de cadavres ; et, le jour où la révolution voudrait se faire un drapeau des linceuls de toutes les victimes, l'ombre de ce drapeau noir couvrirait l'Europe.
Actes et paroles. Pendant Vexil, 81.
Alors nous sortirons, nous aussi, de cette tombe qu'on appelle l'exil; nous agiterons tous les sanglants et sacrés souvenirs, et, dans les dernières profondeurs, les masses
se lèveront contre les despotes, et le droit et la justice et le progrès vaincront; car le plus auguste et le plus terrible des drapeaux, c'est le suaire dans lequel les rois ont essayé d'ensevelir la liberté. /é., loi.
Les nuages sont plusieurs fois comparés à des drapeaux. Dans les Travailleurs de la mer, la métaphore n'est que descriptive. Elle est symbolique dans la Légende des siècles, quand il s'agit des nuages qui planent sur les montagnes de la Suisse. Elle est antithétique quand le poète oppose la bannière des hommes aux drapeaux de l'immensité :
Des nappes de nuée ondulaient. On croyait voir des plis de drapeaux. Les Travailleurs de la mer, 11, 168.
La façon dont la Suisse à Sempach triomphait Reste la grande audace et la grande manière D'attaquer une bête au fond de sa tanière. Tous ses nuages, blancs ou noirs, sont des drapeaux. La Légende des siècles, 111, 108-109.
Ils bravent l'océan plein de magnificence, Où flottent le mystère et la toute-puissance ;
Ils souillent le gouffre irrité :
Sans prendre garde au vent qui s'épuise en huées, Ils lèvent leur bannière au milieu des nuées,
Ces drapeaux de l'immensité 1
Ib., 326.
Le drapeau noir qui Hotte sur le donjon du duc Job, c'est la robe de la haine :
Comme si, par dessus rois, seigneurs et vassaux. Terrible, il déployait la robe de la haine. Il expose au sommet de sa tour souveraine Un grand drapeau de deuil, formidable haillon Que la tempête tord dans un noir tourbillon.
Les B II rg raves, 407 (Variante).
Victor Hugo exprime par une métaphore énergique l'ingratitude de Ratbert déshonorant les filles des hommes qui ont versé leur sang pour lui :
Nos filles sontnous-méme ; au fond de nos tours noires. Leur beauté chaste est sœur de nos anciennes gloires ; C'est pourquoi nous trouvons qu'on fait mal à propos Les rideaux de ton lit avec nos vieux drapeaux.
Lii Légende des sièeles, II, 222.
Une métaphore met en antithèse le chapelet dun ermite et les chaînes de Belzébuth. Ailleurs, le jésuite féroce a un chapelet dont les grains sont des balles. Le chapelet de Napoléon III, c'est la corde à nœuds qui a servi à son escalade :
Nul ermite ne peut vivre ici, à moins qu'il n'ait pour chapelet une des sept chaînes de Belzébuth.
H ail d'Islande, 139.
Le jésuite au front jaune, à l'œil féroce et bas, Disant son chapelet dont les grains sont des balles.
Les Châtiments, 397.
Quand le meurtre sournois qui chourina sans bruit La loi, par escalade et guet-apens, la nuit. Et qui par la fenêtre entra dans nos demeures. Prend un cierge, se signe, ânonne un livre d'heures.
IKS SYMBOLES Kî LKS ANTITHESES 353
Offre sa pince au Dieu sous qui THoreb tremblait Et de sa corde à nœuds se fait un chapelet.
Toute la lyre, III, 148-149.
Victor Hugo oppose souvent le mont Saint- Michel à la pyramide de Chéops. L'un esta l'océan ce que l'autre est au désert. C'est presque une équation que le poète établit :
A l'extérieur, le Mont-Saint- Michel apparaît, de huit lieues en terre et de quinze en mer, comme une chose sublime, une pyramide merveilleuse assise sur un rocher énorme façonné et sculpté par le moyen-âge, et ce bloc monstrueux a pour base, tantôt un désert de sable comme Chéops, tantôt la mer comme Tenérifïe
France et Belgique, 62.
Derrière lui se dressait, énorme triangle noir... le mont Saint-Michel, qui est à l'océan ce que Chéops est au désert.
Quatrevi7i£t-lrei^e, 97.
Saint- .\lichel surgissait, se^.ll sur les flots amers, Chéops de l'occident, pyramide des mers.
Les Quatre vents Je l'esprit, II, 30.
On sait cominent \'ictur Hugo attribiue aux lettres de l'alphabet et aux chiffres une valeur symbolique. C'est peut-être l'exemple le plus caractéristique de cette tendance qui le porte à chercher dans la ressemblance des formes une signification mystérieuse. Ces rapprochements sont souvent, il est vrai, de simples plaisanteries, comme celles qu'il fait sur la forme de ïo. de l'y, de ïi :
^^4 11 SI:N> Dh l.A FDRMl; CHEZ VICTOR HUlK)
O révolution ! anarchie I il vous semble Que l'alphabet lui-même entre vos pattes tremble, Que l'F et que le B vont se prendre de bec. Que rO tourne sa roue aux cornes de l'Y, Horreur : et qu'on va voir le point, bille fatale, Tomber entin sur l'I. ce bilboquet tantale.
L'Ane, 308.
C'est toute une théorie qu'il expose daus une lettre du 24 septembre 1839. ^1 ^'^^^ '^'■^^^ l'alphabet le monde entier. La lettre est si curieuse qu'il faut la citer d'un bout à l'autre :
Au loin sur les croupes âpres et vertes du .lura, les lits jaunes des torrents desséchés dessinaient de toutes parts des Y'.
Avez-vous remarqué combien l'Y est une lettre pittoresque qui a des significations sans nombre? — L'arbre est un Y; l'embranchement de deux routes est un Y: le conilucnt de deux rivières est un Y; une tète d'àne ou de bœuf est un Y; un verre sur son pied est un Y ; un lys sur sa tige est un Y: un suppliant qui lève les bras au ciel est un "^'.
Au reste cette observation peut s'étendre à tout ce qui constitue élémentairement l'écriture humaine. Tout ce qui est dans la langue démotique y a été versé par la langue hiératique. L'hiéroglyphe est la raison nécessaire du caractère. Toutes les lettres ont d'abord été des signes et tous les signes ont d'abord été des images.
I. Nous voyons déjà TY servir de point de comparaison dans le Rhin
« Bingen est une jolie et belle ville... qui... s'est peu à peu agglomérée et auioncelée... dans l'Y du Rhin et de la Nahe, comme la rosée s'amasse goutte à goutte dans le calice d'un Iv^. -v