‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 16 sur 114 · Cf. p. 2Î · texte numérisé non relu

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LES FORMES GEOMETRIOUFS •j^

Spinetta se fait peindre avant, dans une fresque, Un crâne entre les dents comme un singe une noix. La Légende des siècles. II, 316.

Puisqu'il plut au Seigneur de te briser, poète; Puisqu'il plut au Seigneur de comprimer ta tête

De son doigt souverain, D'en faire une urne sainte à contenir Textase, D"y mettre le génie, et de sceller ce vase

Avec un sceau d'airain.

Les Voix intérieures, 343.

Pendant que les soldats touchés du dard sifflant. Pâles, tombaient avec un ruisseau rouge au flanc, Que les crânes s'ouvraient comme de sombres urnes. La Légende des siéc/es, IV, 4.

On voit qu'avec le même mot la métaphore est très différente. Dans les Voix intârieiircs. l'idée dominante, c'est celle du vase précieux qui contient le génie : la forme arrondie ne vient qu'en second lieu. Dans la Légende des siècles, la forme de la tête a la principale importance ; mais on peut entrevoir aussi cette idée, que l'urne brisée contenait la pensée et la laisse échapper. La différence est en somme une différence de degré. Si "Victor Hugo, au lieu de parler de la tête, parle simplement du casque, il emploie un mot plus familier :

Casques brisés roulant comme des cruches vides. La Légende des siècles, II, 69

La forme convexe et la forme concave se présentent plus souvent que la forme sphérique. La forme

8o I.E SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

convexe est celle d'un dôme vu de l'extérieur, ou d'une montagne ; c'est celle du soleil et de la lune quand nous les voyons surgir à l'horizon encore à demi cachés. La forme concave, nous la trouvons dans une vallée, dans la mer; le ciel nous en donne l'illusion. C'est la forme du calice et de la corolle d'une fleur, celle d'une cloche. La tête de l'homme offre des concavités : celles des yeux, celle de la voûte du crâne.

Un dôme est pour Victor Hugo un casque ; celui de la vieille Sorbonne, de la Sorbonne théologique, n'est qu'une calotte :

Cent coupoles d'étain, tiui dans l'ombre étincellent Comme des casques de géants.

Les Orientales, 40.

Sombres canons rangés devant les Invalides. . Gardiens de ce palais, bâti pour des géants, Q.ui dresse et fait au loin reluire à la lumière Un casque monstrueu.x sur sa tète de pierre.

Les Voix intérieures, 210.

Il y avait, en outre, pour les livres, les sentences de la Sorbonne. La Sorbonne, calotte plutôt que dôme, dominait ce chaos de collèges qui était l'Université.

Paris, 31=;.

Une montagne aussi est un casque ; un léger renflement de terrain est simplement un bouclier:

Où le volcan, noyé sous d'affrcLi.x lacs, regrette La montagne, son casque, et le feu, son aigrette. La Légende des siècles, III, i^.

LKS FORMES GÉOMÉTRIQUES 8l

Le jardin, légèrement bombé, avait à son milieu, au sommet d'une butte, un beau sapin aigu et conique, duquel partaient, comme du rond-point à pique d'un bouclier, quatre grandes allées. Les Misérables, II, 3^5.

Le soleil et la lune au moment de leur apparition sont comparés à des dômes :

Quand le soleil, que cache à demi la forêt, Montrant sur l'horizon sa rondeur échancrée, Grandit comme ferait la coupole dorée D'un palais d'Orient dont on approcherait.

Les Feuilles il' au /oui ne, 423.

A l'heure oîi, sur les monts par la brume engourdis, La large lune d'or surgissait comme un dôme.

Dieu, I '^2.

Les tlammes de l'incendie qui dévore Rome sont, entre les sept collines, comme les lions et les tigres dans le cirque ( Odes et Ballades, 324). Une vallée est une terrine, une cuvette : ce sont les métaphores familières que Mctor Hugo emploie dans ses lettres. C'est aussi une vasque, une urne, un mortier. Si bien souvent la métaphore est purement descriptive, nous pouvons souvent aussi y distinguer une autre idée :

Cuges est im assez joli bourg posé dans une sorte de grande terrine verte formée de hautes collines et sans la moindre cassure. Alpes et Pyrénées, 81.

Louvain, qui est comme situé au fond d'une cuvette.

France et Belgique, 114.

Aix-la-Chapelle s'étalait tout entière devant moi, posée dans sa vallée comme dans ime vasque gracieuse.

Le Rhin, I, 138.

Tout à coup, au détour du sentier recourbé, Apparaît un nuage entre deux monts tombé. 11 est dans le vallon comme en un vase énorme.

Toute la lyre, I, 89.

Tandis que sous tes pieds l'odorante vallée. Toute pleine de brume au soleil envolée, Fume comme un beau vase où brûlent des parfums. Les Chants du crépuscule, 123.

Toute la vallée était comme une urne immense où le ciel... versait la paix des sphères et le rayonnement des constellations. Alpes et Pyrénées, 316.

Waterloo I Waterloo 1 Waterloo I morne plaine! Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine. Dans ton cirque de bois, Je coteaux, de vallons, La pâle mort mêlait les sombres bataillons.

Les Châtiments, 2-/b.

Un mortier, qui est une vallée, un pilon, qui est l'armée allemande, voilà la bataille de Sedan.

Histoire d'un crime, II, 326.

Le cirque de Gavarnie offre l'image d'une coupe :

Puits qui, lorsque le soir le noircit, pourrait être L'énorme coupe d'ombre où vient boire la nuit.

Dieu, 67.

La mer est une cuvette, une urne :

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Je tiens mon golfe de Gascogne. C'est une cuvette souvent bien en colère. L'Homme qui rit, 1, 136.

Pour se laver de la Bretagne, il faut bien l'océan. Cette grande cuvette n'est qu'à la mesure de cette grande saleté.

France et Belgique, 53.

Et le volcan, l'urne de soufre, Et l'océan, l'urne de sel.

L'Art d'être grand-père, 291.

Le ciel est une vasque bleue ; c'est aussi une urne qui verse sur les campagnes le soir silencieux, dans l'âme le calme et la sérénité :

Le ciel bleu, vague, étoile et splendide m'est apparu comme une immense vasque de lapis lazuli pailleté d'or, dans un ccartement de montagnes. Le Rhin, II, ni.

Ceux dont les yeux pensifs contemplent la nature Voyaient l'urne d'en haut, vague rondeur obscure.

Se pencher dans les cieux, Et verser sur les monts, sur les campagnes blondes, Et sur les flots confus pleins de rumeurs profondes.

Le soir silencieux.

Les Confcmpliitious, I, 304.

Moi je contemplerai le Dieu père du monde, Qui livre à notre soif, dans l'ombre ou la clarté, Le ciel, cette grande urne, adorable et profonde, Où l'on puise le calme et la sérénité I

Les Rayons et les Ombres, 4s8.

La rose épanouie sort du bouton comme d'une urne verte. La Heur, en général, est comparée à une

coupe, à une urne, qui offre à l'oiseau la goutte de rosée :

La rose épanouie et toute grande ouverte, Sortant du frais bouton comme d\me urne verte. La Légende des siècles, III, S4.

La fleur, coupe irisée, Que la plante à l'oiseau tend pleine de rosée.

Les Voix intérieures, 304.

Et les abeilles d'or courent à la pervenche. Au thym, au liseron qui tend son urne blanche A ces buveuses de parfums.

Les Coiiteinplalions, I, 277.

Une caille, un merle sil'tleur, Buvaient tous deux au même verre Dans une belladone en fleur.

Les Chansons des rues et des bois, 308-309.

Aux chenilles de velours Le jas\nin tend ses aiguières.

Lh., 352.

Nos bleus lotus penchés sont des urnes de miel.

La Légende des siècles, I, 344.

Dans la pièce intitulée l'Eglise, la métaphore subit une variation appropriée au sujet :

Un lys s'ouvrait près de la porte Et tenait les fonts baptismaux

Les Chansons des rues et des bots, ^o^.

Quasimodo dit à une cloche ; « Verse tout ton

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bruit dans la place. » {Notre-Dame de Paris. II, 41). C'est que pour Victor Hugo la cloche est un vase :

Vase plein de rumeur qui se vide dans lair 1

Les Chants du crcpuscntc, 1^2.

Un théâtre, un vaisseau, une église, ont une certaine ressemblance de forme. Victor Hugo retourne le vaisseau, et l'ait de la cale la voûte du théâtre et de l'église :

Les théâtres sont des espèces de vaisseaux retournés qui ont la cale en haut Les Misérables, 111, 10.

Une nef, la cale en haut, c'est une église ; la voûte en bas, c'est un navire ; le récipient de la prière, retourné, dompte la mer.

L^ Archipel de la Manche, 2S.

Le creux qui s'ouvre sous l'arcade sourcilière, c'est l'antre de la pensée. Les yeux en pleurs des martyrs sont des bénitiers :

Sa prunelle étincelait sous une arcade sourcilière très profonde, comme une lumière au fond d'un antre.

Notre-Dame de Paris, I, 259.

Dieu... a allumé le regard sous l'arcade sourcilière comme la lampe qui veille dans l'antre mystérieux et profond de la pensée. Correspondance, 11, 67.

Vous, bénitiers sanglants des seules eaux bénites, Yeux en pleurs des martyrs.

Dieu, 18.

Le dessous du crâne est une voûte, un dôme : c'est quelquefois la voûte d'un cachot, quelquefois aussi un dôme prodigieux. C'est un antre sacré ; c'est même un ciel :

Ne sens-tu pas en toi comme une aile captive? Sous ton cr.îne, caveau muré, ne sens-tu pas Comme un ange enfermé qui sanglote tout bas ?

Les Conicniplations, II, i66.

Vos crânes sont des voûtes Sans lampes, d'où les pleurs suintent à larges gouttes.

Dieu, i6o.

Ce qu'il voyait sous la voûte visionnaire de son cerveau.

Qiiaircviiigt-trei{c, 5 y;.

Car jamais le songeur ne refuse l'idée; Le crâne du poète est un dôme efirayant Où de sombres oiseaux volent en tournoyant, Et qui dit au grand aigle: O farouche figure, Entre ! mon diamètre admet ton envergure.

Les Quatre vents Je l'esprit, 11, 160.

Mon crâne plein d'échos'...

Est l'antre éblouissant du grand l'an radieux.

La L<'gcndc des siècles, 1, 3^1.

Et ces hommes sacrés, semblables à des mânes. Hors du monde, habitaieiU dans l'antre de leurs crânes.

Dieu, 43.

Lhonmic dit : Je suis Zoroastre; Et son sourcil abrite un astre.

Et sous son crâne un ciel bleuit.

Les Contemplations, II, ^12.

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