‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 33 sur 114 · I. Au front de TAtlss · texte numérisé non relu

I. Au front de TAtlss

LE CORPS Di: L HOMMi: KT DE I. ANINLAL ISI

Dans les rochers, qui prennent' des formes si diverses, Victor Hugo retrouve souvent le profil humain et même la pensée. Un antre, un rocher, ont un front, et les gouttes d'eau qu'on en voit tomber sont des larmes. Us froncent le sourcil et paraissent pensifs :

Partout des cassures violentes ; les rochers ont des profils de géants camards. Le Rhin, II, 32.

Les granits ridés se plissaient dans les lointains comme des fronts soucieux. Alpes et Pyrcnccs, 34.

Les blocs, ces durs profds, les rochers, ces visages. La Légende des siècles, III, 18.

Nul ne sait, dans la vie immense enchevêtrée...

Si la roche au profil pensif, si le zéphyr.

Si toute une foret acharnée à trahir...

Ne peut transfigurer une femme en faunesse.

Ib., 190-19 1.

Contemplant le front vert et la noire narine De l'antre ténébreux.

Les Voix intcrienrcs, 359.

Des gouttes d'eau, du front de ce rocher hideux. Tombaient comme les pleurs d'un visage terrible.

Les Burgravcs, 267.

Et laissant tomber goutte à goutte son eau Le vieux antre attendri pleure comme un visage.

Les Contemplations, I, 19.

Du côté de Coblentz les sombres montagnes du Legen froncent le sourcil. Le Rhin, I, 42^.

1^2 LE SENS DE LA FORMt CHEZ VICTOR HUGO

Le froncement pensif du sourcil des rochers.

La Légende des siècles, III, i^^.

O vieil antre, devant le sourcil que tu fronces...

Toute la lyre, I, 121 .

L'antre pensif, pareil au sourcil qui se fronce, Est Lin sage. Théâtre en liberté, 276.

Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur, Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur. Les Contemplations, 1, 121.

Victor Hugo voit dans les ormes des profils irrités, dans les nœuds des piques, des têtes de mort, dans les obus, des crânes. La vague dresse la tête en hurlant :

Quelques ormes tortus, aux profils irrités. Qui semblent, fatigués du zéphir qui s'en joue, Faire une remontrance au vent qui les secoue.

Les Contemplations, I, 132.

Ces piques ont des bois lourds et vertigineux Où des tètes de mort s'ébauchent dans les nœuds. La Légende des siècles, 11, 93.

Les obus fouillaient le pavé de leurs crânes de fer.

Le Rhin, II, 147.

Et la vague, dressant sa tète sur l'abîme, Comme pour éloigner un témoin de son crime. Furieuse, se mit à hurler contre moi.

Les Châtiments, 400.

Le poète parle très souvent de la tête ou du front des édifices. Églises et maisons ont des façades qui

Lli CORPS DE L HOMMK F.T DE I. ANIMAI., IS^

sont de vrais visages, avec les traits, les rides et l'expression du visage humain. Les fenêtres sont des yeux, et les volets les couvrent comme feraient des paupières :

Les forteresses écroulées.

Par la chèvre errante foulées, Courbent leurs tètes de granit.

Odes et Ballades, 1^2.

Ancien enclos de religieuses que domine de sa tète de plomb le sombre dôme du Val-de-Gràce.

Le Dernier jour d'un condamne, 413.

Et, glissant sur le front des maisons blasonnées, (^ent clartés naître, luire et passer tour à tour 1

Les Feuilles d'automne, 391.

A ta beauté royale' il manque quelque chose. Les siècles vont venir pour ton apothéose

Qui te l'apporteront.

11 manque sur ta tète un sombre amas d'années Qui pendent pèle-méle et toutes ruinées

Au.x brèches de ton front.

Les Voix intérieures, 230.

La façade ridée et rechignée de l'Hôtel-Dieu.

Notre-Dame de Paris, I, 185.

J'ai revu cette belle église avec autant de plaisir que la première fois, il y a deux ans. Elle a quelques rides de plus, et je n'en ai pas de moins.

France et Bclgii]ue, \q-)\q^.

\ De l'Arc-de-Triomphe.

m4 LF. SENS Di: i.a forme chez victor hugo

Ces vieilles baraques du moyen-âge normand ont des profils presque humains. De masure à sorcière il n"v a pas loin. Leurs étages rentrants, leurs surplombs, leurs auvents circonflexes et leurs broussailles de ferrailles simulent des lèvres, des mentons, des nez et des sourcils. La lucarne est l'œil, borgne. La joue, c'est la muraille, ridée etdartreuse. Elles se touchent du front comme si elles complotaient un mauvais coup. Les Travailleurs de la mer, I, 280.

De la ville que ses feu.\ noient, Toutes les fenêtres flamboient Comme des veux au front des tours.

Odes et Ballades, 421-422.

DON C.\R1.0S , regardant avec colère toutes les fenêtres éclairées:

Dirait-on pas des yeux jaloux ijui nous observent?

Hernani , 41.

\'n hideux encadrement de vieilles maisons dont les façades vermoulues, ratatinées et rabougries, percées chacime d'une ou deux lucarnes éclairées, lui semblaient dans l'ombre dénormes tètes de vieilles femmes, rangées en cercle, monstrueuses et rechignées. qui regardaient le sabbat en clignant des yeux.

Noire-Dame de Paris, 1. 120.

Beau logis, si ce n'est que la fenêtre à droite A sur le cristallin une taie en papier.

Rny Blas, 199.

Vn immense moulin tournait sinistrement au-dessus de nos tètes et semblait nous regarder avec ses deux lucarnes allumées comme avec des yeux de braise.

Le Rhin, 1, 7O.

Les maisons se penchent péle-méle sur la voiture, et

LE CORPS DE 1. HOMMi: ET DE L ANIMAL l'y'y

quelques-unes regardent avec des yeux de braise. Ce sont celles qui ont encore des fenêtres éclairées.

Des paysans... avaient allumé dans l'intérieur un immense feu de fagots... Ainsi éclairée, ce n'était plus une tour, c'était la tête noire et monstrueuse d'un effrayant Pluton ouvrant sa gueule pleine de feu et regardant par dessus la colline avec ses yeux de braise. //>., 122-123.

La masure... semblait les regarder. Elle avait dans cette

vaste obscurité muette deux prunelles rouges. C'étaient

les fenêtres.

Les Travailleurs Je la mer, I, 268.

Lorsqu''un donjon est en ruine, sa fenêtre regarde encore, mais avec ce regard hideux d'un a-il crevé.

Le Rhin, 1, 240.

Elles n'ont pas de vitres, pas même de châssis... On dirait les trous vides de deux yeux arrachés.

Les Travailleurs Je la mer, I, 254.

Les fenêtres étaient recouvertes de leurs volets comme

les yeux de leurs paupières.

L'Homme qui rit, I, 240

La lune est souvent comparée à un pâle visage dont les yeux regardent, sinistres ou bienveillants :

La lune au pâle front les regarde, immobile.

Odes et Ballades, 441.

A dix ans parfois, resté seul à la brune, Rêveur, mes yeux cherchaient les deux yeux de la lune.

Les Orientales, 211.

La lune au jour est tiède et pâle Comme un joyeux convalescent:

Tendre, elle ouvre ses yeux d'opale D'où la douceur du ciel descend.

Ll-s Rayons et les Ombres, 460.

Cette lune qui jette au monde Son rayon pur,

Et qui, d'en haut, sereine comme

Un front dormant, Regarde le bonheur de l'homme

Si doucement.

Dernière gerbe, 61-62.

Jusqu'à l'heure où l'on voit apparaître et rêver Les yeux sinistres de la lune.

Les Contemplations, II, 126.

Lui', sur l'horizon noir, sinistre, à la nuit brune, Se dresse avec le masque horrible de la lune.

Dieu, 121.

J'ai' pour esclave un astre; alors que vient le soir... J'ai ma lampe; la lune au front humain m'éclaire; Et si quelque assassin, dans un bois séculaire. Vers l'ombre la plus sûre et le plus âpre lieu S'enfuit, je le poursuis de ce masque de feu.

La Légende des siècles, IV, ^36.

Ton masque obscur qui fait le guet dans les nuages. L'Art d'être grand-père, s6.

La mer était désespérée : la lune était sinistre. 11 y avait quelque chose d'étrange à voir cette immense chimère

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