‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 35 sur 114 · I. La gueule du clairon · texte numérisé non relu

I. La gueule du clairon

l6o Lr. SENS Di: I.A forme chez VICTOR HUGO

Comme la blanche écume aux lèvres des pressoirs. Les Chaiils du crépuscule^ 192.

Une des curiosités de Francfort... c'est la boucherie. Elle occupe deux anciennes rues... Je ne sais quel air de jovialité gloutonne est empreint sur ces fai;ades bizarrement ardoisées et sculptées, dont le rez-de-chaussée semble dévorer, comme une gueule profonde toute grande ouverte, d'innombrables (juartiers de bœufs et de moutons.

Le Rhin, II, s-

Elle (la Esmeralda)... marcha... vers une porte bâtarde qui s'ouvrit subitement et se referma sur elle, ce qui fit au triste Gringoire l'effet d'une gueule terrible qui venait de la dévorer. Nolrc-Dame de Paris, II, 120.

Effroyable prison' qui n'a point de mémoire! La geôle, au dehors noire, est aveugle au dedans; Elle prend, sans les voir, des hommes dans ses dents. Et, sans s'informer d'eux, les mâche et les dévore.

La Fin de Satan, 328.

Les nouveaux arrivants débarquent... l'auberge du bord de l'eau les happe et les avale immédiatement.

Le Rhin, II, 71.

(L'ouverture d'un tunnel). Par instants, dans les endroits où ces trous sont déjà larges et profonds, une haleine épaisse et un bruit rauque en sortent tout à coup. On dirait que la montagne violée crie par cette bouche ouverte.

Ib., I, m.

L'antre, où les noirs arrêts dans l'ombre étaient écrits, Semblait la bouche ouverte encor pleine de cris.

I, La Bastille.

LE CORPS DU l'hommi; ht Dii l'animal i6i

Tout parle et tout écoute et tout aime à la fois; Et l'antre est une bouche et la source une voix.

De m icrc crcrbc, 113.

L'antre obstrué J'herhe verte Et qui semble une bouche avec terreur ouverte.

Les Voix intérieures, 268.

Et, dans l'ombre, entr'ouvrant ses mâchoires de pierre, Un vieux antre ennuyé bâillait au fond du bois.

Ib., 292.

Les antres froids, ouvrant la bouche avec stupeur. La Légende des siècles, III, 18.

La crevasse devint comme une bouche ouverte pleine de pluie, et le vomissement de la tempête commença.

Les Travailleurs de la nier . II, 169.

Cette bouche avalant et rendant le flux et le reflux, béante au plein midi extérieur, buvait de la lumière et vomissait de l'amertume. De certains êtres intelligents et mauvais ressemblent à cela. Ib., 70.

Les écubiers... devenaient autant de bouches ouvertes revoniissant l'écume à la nier.

L'Ho'nniequirit, I, 160.

Avec sa mer pleine de deuil, Qui donne un baiser de complice A l'âpre bouche de l'écueil.

Un caveau funéraire, une tombe, sont des bouches. Le caveau exhale une haleine, la tombe parle, elle tend ses lèvres pour un baiser. Elle est aussi ce que fut jadis, à Venise, la bouche du lion de bronze :

Une sorte d'haleine glacée sortait du trou du caveau (le tombeau de Hoche) comme d'une bouche ouverte.

Le Rliin, 1, 192.

Le tombeau, que la nuit flamboyante bénit, Murmure : ciel ! avec ses lèvres de granit.

Dieu, 194.

La fosse obscure attend l'homme, lèvres ouvertes. La mort est le baiser de la bouche tombeau.

Les Contemplations, 11, 190.

Oh non 1 la vie au noir registre.

Parmi le genre humain troublé, Passe, inexplicable et sinistre.

Ainsi qu'un espion voilé.

Grands et petits, les fous, les sages, S'en vont, nommés dans les messages Qu'elle jette au ciel triste ou bleu ; Malheur aux méchants 1 et la tombe Est la bouche de bronze où tombe Tout ce qu'elle dénonce à Dieu.

L'Art d'être grand-père, 300.

La gueule, la i">ouclie enflammée, vomissant le feu, se trouvent dans le canon, dans l'àtre, dans la forge, dans le volcan :

O spectacle ! Tandis que l'Afrique grondante Bat nos puissants vaisseaux de sa flotte imprudente. Qu'elle épuise à leurs flancs sa rage et ses efforts. Chacun d'eux, géant fier, sur ses hordes bruyantes. Ouvrant à temps égaux ses gueules foudroyantes. Vomit tranciuillement la mort de tous ses bords.

Les Orientales, 61.

LE COKl'S Di; l'homme ET DE l'axLMAL 163

Aux mâchoires de feu de l'àtre qui se creuse.

Dieu^ 196.

La gueule rouge d'une forge éloignée m'apparaissait par moments. . Le Rhin, I, 32.

Le volcan, c'est le feu chez lui, tyran et maître. Mâchant les durs rochers, féroce et parfois traître,

Tel qu'un sombre empereur.

Essuyant la fumée à sa bouche rougie, Et son cratère enflé de lave est une orgie

De flammes en fureur.

La Légende des siècles. II. 26.

Quand un bâillement noir entr'ouvre La gueule rouge de l'Etna.

On pourrait être surpris de voir que Victor Hugo parle souvent de la gueule de la vague. Le mot vague éveille plutôt l'idée d'une montagne d'eau que celle d'une cavité. Mais Victor Hugo pense au trou qui semble se creuser sous la vague. Il ententi la vague hurler. Il la voit s'avancer comme une mâchoire pour engloutir le navire. Si les flots sont calmes au contraire, le poète ne voit dans les creux de leur légère ondulation que les narines qui servent à la respiration paisible de la mer :

La vague de la mer, gueule ouverte toujours, Qui vient, hurle, et s'en va, puis sans fin recommence.

Les Voix intérieures, 341.

J'aime ta mouette, ô mer profonde, Qui secoue en perles ton onde Sur son aile au.x fauves couleurs.

Plonge dans les lames géantes, Et sort de ces gueules béantes Comme l'âme sort des douleurs.

Les Châtiments, 107.

Crois-tu que l'océan, qui se gonfle et qui lutte, Serait content d'ouvrir sa gueule jour et nuit Pour souffler dans le vide une vapeur de bruit. Et qu'il voudrait rugir, sous l'ouragan qui vole, Si son rugissement n'était une parole ?

Les Contemplations, 11, 332.

Cette ancre qui pèse dix milliers se tord dans la gueule de la vague comme l'hameçon d'un pêcheur dans la mâchoire d'un brochet. Les Misérables, II, 123.

Pas de béte comme la mer pour dépecer une proie. L'eau est pleine de griffes. Le vent mord, le flot dévore ; la vague est une mâchoire.

Les Travailleurs de la mer. II, 15.

Impossible d'cdenter cette gueule, la mer.

Ib., 236.

Ce n'était plus la gueule béante du flot, la double mâchoire du coup de vent et du coup de mer.

L'Homme qui rit, I, 199.

L''enfant... perdu sur cette levée étroite entre les deux gueules du gouffre. Lb., 220.

Je' brise à coups de nageoires Et je broie en mes mâchoires Votre compas.

La Légende des siècles, III, 281.

Page 1