‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 36 sur 114 · LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAL · texte numérisé non relu

LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAL

Le soir, sous la falaise, à cette heure où les flots, S'ouvrant et se fermant comme autant de narines, Mêlent au vent descieux mille haleines marines. Les Voix intérieures, 32'5-324.

Nous revenons à une image plus précise quand Victor Hugo nous montre des bouches dans les déchirures d'une étoffe :

Cet homme avait un gilet de tricot violet, vieux, usé, taché, coupé et faisant des bouches ouvertes à tous ses plis. Les Atisérables, III, 179.

Son visage (le visage de Gavroche), inépuisable répertoire de masques, faisait des grimaces plus convulsives et plus fantasques que les bouches d'un linge troué dans un grand vent. Ib., IV, 598.

Dis-moi, mon cher, tu dois avoir besoin d'argent? — Mon pourpoint a beaucoup de bouches qui le disent.

Les Jumeaux, 328.

Et, troués et béants, ses vieux haillons farouches Baisent son crime avec leurs misérables bouches.

La Pitié suprême, 148.

Les fleurs ont des lèvres qui s'offrent aux baisers des abeilles, ou s'entr'ouvrent pour un chuchotement :

Lèvres de la rose Où l'abeille pose Sa bouche de miel 1

Les Feuilles d'antoinne, 412.

Chacun, pour devenir meilleur.

Cueille son miel, nourrit son .ime,

l66 LE SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

L'abeille aux lèvres de la fleur, Le sage aux lèvres de la femme I

Les Châtiments, 92.

Nous' volons, dans l'azur écloses.

Sur la bouche ouverte des roses

Et sur les lèvres de Platon.

Ib., 240.

Les roses Cherchaient ses pieds* avec leurs lèvres demi-closes. La Légende des siècles, I, 44.

Et, dans les charmilles vertes, Les roses dorment debout.

Et sont des bouches ouvertes Pour ne rien dire du tout.

Les Contenipliitions, 1, 144.

Ce que dit...

La petite bouche des roses

A l'oreille immense des cieux.

Réciproquement, une bouche est comparée aune corolle :

Jane Grey, bouche ouverte ainsi qu'une corolle.

Les ContenipLUioiis, 11, 165.

En chirurgie, on parle couramment des lèvres cVune plaie. C'est une métaphore inconsciente. Elle redevient consciente chez Victor Hugo, et la plaie est une bouche véritable :

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