LE CORPS DE I. HOMME 1:T DF, I. ANIMAL
Les branches, dans leurs doux ébats, Se jettent les oiseaux du bout de leurs raquettes.
Les Coniemplations, I, 278.
Il semblait à ce roi, sombre tête perdue,
Que toute branche était comme une main tendue
Demandant un cadavre.
Les Quatre vents de l'esprit, II, 284.
Les saules tronqués de la ruelle Vauvert à Paris étaient de la sorte mal famés. On prétendait que la nuit ces moignons darbres se changeaient en grosses mains et empoignaient les passants.
L'Homme qui rit, II, 234.
Sa racine, qui se projetait sur ce gouffre comme un bras décharné. Bug-Jargal, 237.
Le gihet, l'arbre sdiis racine, éveille lui aussi l'idée d'un hras étendu ; la métaphore s'applique tantôt cà l'ensemble, tantôt à une partie seulement du gihet :
A l'extrémité supérieure de ce bras, une sorte d'index, soutenu en dessous par le pouce, s'allongeait horizontalement. L'Homme qui rit, I, 87.
Comme un voleur qui fuit troublé dans les ténèbres, Et croit voir des gibets dressant leurs bras funèbres Dans tous les arbres du chemin.
Les Orientales, 106.
La Esmeralda lui apparaissait comme une étoile, le gibet comme un énorme bras décharné.
Notre-Dame de Paris, II, 194.
iq8 LE SENS DE LA FORME CHEZ V[CTOR HUGO
Le bras décharné du gibet de pierre.
O malheureux 1 vos noms traverseront l'histoire A jamais balafrés par l'ombre qui tombait Sur vos drapeaux des bras ditïormes du gibet.
La Légende des siècles, III, loi.
Ils dressent au sommet des collines désertes
Le noir gibet silencieux Q.ui reste tout le jour sans changer d'attitude, Mais qui, dès que la nuit brunit la solitude,
Elève ses bras vers les cieux.
Ib., ^sy.
Inversement, les bras ouverts d'Isis-Lilith sont comparés à ceux de la croix :
Isis ouvrit les bras, pour barrer le passage, Ainsi que le gibet au haut du Golgotha.
Les poteaux de la guillotine sont deux bras, ou deux moignons :
C'est là qu'un jour en passant il a ramassé cette idée fatale, gisante dans une mare de sang sous les rouges moignons de la guillotine.
Le Dernier jour d'un condamné, 278.
Oh ! qu'il ne soit pas dit qu'à cause de cet homme, La guillotine au noir panier, qu'avec dégoût Février avait prise et jetée à l'égout. S'est réveillée avec les bourreaux dniis leurs bouges, A ressaisi sa hache entre ses deux bras rouges... !
Les Châtiments, 34.
LE CORPS DF I.'hOMMK HT DE l"aXIMAI. I99
Qu'est-ce donc qu'il nous veut, l'échafaud, Cette charpente spectre accoutumée aux foules, Cet ilôt noir qu'assiège et que bat de ses houles La multitude aux flots inquiets et mouvants. Ce sépulcre qui vient attaquer les vivants, Et qui, sur les palais ainsi que sur les bouges, Surgit, levant un glaive au bout de ses bras rouges? Les Quatre vents de Vesprit, I, 79.
Divers autres objets sont comparés à des bras, tantôt simplement à cause de leur forme, tantôt sous Tintluence d'une idée dominante, qui fait qu'on attribue aux choses l'attitude et la pensée humaines:
L'extrémité de la Mer de Glace, dépassant le Montanvert comme un bras qui se recourbe.
Fragment d'un Voyage aux Alpes, dans Victor Hugo raconte, II, 207.
Une roche Sortait du noir brouillard corn me un bras qui s'approche.
La Fin Je Satan, 5.
Les Douvres, élevant au-dessus des flots la Durande morte, avaient un air de triomphe. On eût dit deux bras monstrueux sortant du gouft're et montrant aux tempêtes ce cadavre de navire. C'était quelque chose comme l'assassin qui se vante.
Les Travailleurs de la mer, II, 8.
L'ensemble avait on ne sait quoi d'accablé et de suppliant. Les deux pointes dressées du brancard avaient l'air de deux bras levés au ciel.
L Homme qui rit , II, 438.
Une citadelle, une ville étendent les bras :
La citadelle crénelée, Ouvrant ses bras sur la vallée.
Comme les ailes d"un vautour.
Oih's et Ballades, 132.
Et la ville, à mes pieds, d'arbres enveloppée, Etend ses bras en croix et s'allonge en épée. Comme le fer d'un preux dans la plaine oublié.
Quand nous disons le bras d'un fleuve, un bras de mer, nous ne remarquons pas que nous faisons une métaphore. Victor Hugo rend à l'expression toute sa force, ou plutôt lui donne une force toute nouvelle. 11 l'applique d'ailleurs aussi bien à un tleuve entier qu'à une division du courant :
Jules, votre château, tour vieille et maison neuve, Se mire dans la Loire, à l'endroit où le fleuve, Sous Blois, élargissant son splendide bassin. Comme une mère presse un enfant sur son sein... Serre une ile charmante en ses bras qu'il replie
Les Rayons et les Ombres. 429.
Le bras vert de bronze du Rhin saisit brusquement la blonde et indolente rivière et la plonge dans le Bingerloch.
Le Rhin, 1, 42s.
Le Neckar semble avoir pris fait et cause pour la ville, et il entoure la montagne des bourgeois de son bras d'acier.
Ib., Il, 123.
La vallée de l'Aar a deux bracelets charmants, Brugg qui l'ouvre, Baden qui la ferme. Lb., 240.