I. Les forts
Les obliques hiboux, et le grand vautour fauve Qui fouille au flanc des morts, où son col rouge et chauve Plonge comme un bras nu.
Les Orientales, 182.
Mais, tout naturellement, c'est la végétation qui se prête le mieux à ces comparaisons, et nous retrouvons là une des manifestations de cette vie fantastique que le poète lui attribue. Les branches des arbres et des arbustes sont des bras, tantôt vigoureux, tantôt gracieux et souples, tantôt tordus convulsivement. Les arbres gesticulent, ils menacent, ils font des signes, ils se tendent la main et s'embrassent : ils portent au bout de leurs branches des raquettes, et se lancent les oiseaux comme des volants. Parfois, certains arbres sinistres se font les auxiliaires du bourreau, et leurs branches sont des mains tendues réclamant des cadavres. Les arbres tronqués sont des moignons. La racine est comparée à un bras décharné :
Sous les Inrges bras des marronniers.
Le Dernier jour d'un toiuiamne, ■^11.
Sous de grands chênes ciui portent leurs immenses feuillages à bras tendu'.
France et Bel inique, ^7.
Les ruches sauvages cachées sous les aisselles des branches de l'eucalyptus géant.
Les Travailleurs Je la mer, II, 159.
I Cf. p. 205.
LE CORPS UH L HOMME ET Db I, ANIMAL I95
Si des lauriers épais, des myrtes odorants Sur ma tète en berceaux courbent leurs bras errants. Œuvres de la première jeunesse, dans Victor Hugo raconte, II, 19.
Cette enceinte, obstruée... d'arbustes de toute espèce, qui... laissaient pendre jusque dans le précipice leurs longs bras flexibles. Hiiii d'Islande, 2^5.
De jeunes branches pliées dans les broussailles et se redressant avec une gracieuse lenteur comme les bras d'une jolie femme qui s'étire en se réveillant.
Les Misérables, V, 286.
Et l'arbre qui, rongé par la bise marine. Tord ses bras douloureux.
Les Voix intérieures, ■?6o.
Le vent tord l'arbre convulsif.
Les Rayons et les Ombres, 534.
Grêle et vent. La ramée Tord ses bras rabougris.
Les Chansons des rues et des bois, 394.
L'orme Au sarment frissonnant tend ses bras convulsifs.
Toute la lyre, I, 15S-136.
L'arbre, près du flot qui râle, Tord ses bras comme un banni.
Les Quatre vents de l'esprit, II, 49.
Et les arbres, troublés d'un sépulcral frisson. Tordaient leurs bras souft'rants et leurs branches meur-
[ tries.
Ib., 303.
Des arbrisseaux secouaient leurs petits bras maigres avec une furie incroyable. On eut dit qu'ils menaçaient et poursuivaient quelqu'un. Les Misérables, I, 197.
Les branches gesticulaient dans le vent. /è., 229.
Le banquet dans la forêt
Est tout prêt ; Chaque branche nous fait signe.
La Fin de Satan, 256.
Et les gestes hideux des arbres dans les bois.
Dieu, 98.
Quand les arbres des routes S''agitent et se font mille signes de loin.
Relloious et Rclighin, 190
Un fagot sur une vieille
Passe en agitant les bras...
Il semble, en ces noirs chemins,
Que les hommes ont des branches,
Que les arbres ont des mains.
Les Qjiatrc vents de l'esprit, II, 86.
Là, deux arbres, un frêne, un orme à l'air vivant, Se querellent et font des gestes dans le vent Comme deux avocats qui parlent pour et contre.
Ib., 13s.
Un orme, un hêtre, anciens du vallon, arbres frères Qui se donnent la main des deux rives contraires. Les Contemplations, I, 116.
Les branches, folles à la clarté de midi, semblaient chercher à s'embrasser.
Les Misérables, V, 90.