‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 60 sur 114 · LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAI · texte numérisé non relu

LE CORPS DE L HOMME ET DE L ANIMAI

De haut en bas, aucun diaphragme ; pas de toit, pas de

plafonds, pas de planchers.

Qu(itrcviiiirl-frci{i\ 3^6.

Le pont avait les convulsions d'un diaphragme qui cherche à vomir. On eut dit qu'il faisait effort pour rejeter les naufragés. L'Homme qui rit, 1, 168.

Dans la description de l'aéroscaplie, Victor Hugo nous montre aussi un diapliragme :

Une sphère de cuivre énorme fait marcher Quatre globes où pend un immense plancher ; Elle respire et fuit dans les vents qui la bercent ; Un large et blanc hunier horizontal, que percent Des trappes, se fermant, s'ouvrant au gré du frein. Fait un grand diaphragme à ce poumon d'airain.

La Légende des siècles, IV, 297.

Dans une plaine voisine d'Aix, des monticules de couleurs bizarres semblent aux veux de Victor Hugo des foies et des poumons gigantesques épars sur le sol : peut-être est-ce parce que cette plaine est celle où Marius a vaincu et massacré les Cimbres et les Teutons. Entre les deux Douvres, des galets ont un aspect analogue : mais c'est que le défilé, dans son ensemble, offre « une étrange figuration permanente du naufrage », et éveille '< une idée de meurtre et d'extermination //. Dans ces deux passages, la couleur a plus d'importance que la forme :

J'y ai remarqué des monticules d'un aspect singulier. Ce sont des verrues et des loupes d'une terre molle et rose

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qu'on dirait par endroits gonflée et tuméfiée avec des étranglements; le vent, la pluie et le tourbillon l'ont à la longue modelée en lobes et en lobules, y ont creusé des stries et figuré des csecums. Des marbrures de sable y font des veines jaunes, et l'ocre y dessine des fibrilles rougeâtres. On dirait des foies et des poumons gigantesques épars çà et là sur le sol. France cl Belgique, 2=19.

De monstrueux galets ronds, les uns écarlates, les autres

noirs ou violets, avaient des ressemblances de viscères; on

croyait voir des poumons frais ou des foies pourrissant.

On eût dit que des ventres de géants avaient été vidés là.

Les Traviiillcnis de la mer, II, 24-2^.

Un donjon, dont les ruines n'ont plus forme d'édifice, est, avec ses trous, un pouuK )n monstrueux :

Ce n'est plus un donjon, ce n'est plus une ruine... c'est un bloc, une niasse caverneuse, un rocher percé comme un poumon de trous et de c;ecuins. Le Rhin, II, 128.

Enfin, dans la nature et dans les constructions humaines, on trouve souvent des formes analogues à celle de l'intestin : une caverne dont les galeries serpentent sous une montagne ; les couloirs d'un palais, dune maison, d'une prison ; une crevasse dans le mur d'une forteresse, et, encore mieux, un égout :

On voit, de l'autre côté du ravin... l'entrée d'une caverne profonde... Cette sombre casemate, où l'œil s'enfonce et entrevoit des piliers bruis perdus dans l'ombre, parcourt toute la montagne comme un intestin.

Alpes et Pyrénées, 8s.

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