‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 7 sur 114 · A., II · texte numérisé non relu

A., II

Quelques larves de murs sous des spectres de tours. La Légende des siècles, I, ^8.

Les nuages se couchent ou rôdent dans le ciel comme des fantômes. La lune, qui change tout en spectre , est un spectre elle-même . ainsi que la comète, cette effrayante apparition, et Aldébaran, et Saturne, et tous les astres :

Il y a quelque chose de sinistre et de désolé dans l'aspect d'une campagne rase et nue, quand le soleil a disparu, lorsqu'on est seul... et qu'on voit de grands nuages déformés se coucher lentement sur l'horizon comme des cadavres de fantômes. }hiii d'hliiiiih-, 361-362.

Et sur ces monts erraient les nuages hideux, Ces fantômes traînant la lune au milieu d'eux.

La Légende des siècles, I, 16.

Oh ! quelle nuit ! là, rien n'a de contour ni d'âge ; Et le nuage est spectre, et le spectre est nuage.

Ib., IV, 322.

La lune parut, iît un spectre du menhir.

De l'étang un linceul, du sentier un mensonge,

Et du noir paysage inexprimable un songe.

VA ri d'ctrc grnnd-père, 206.

La nature ignorée et sainte a de ces gouffres Où le visionnaire est voisin du réel ; Ainsi la lune est presque un spectre dans le ciel ; Ainsi tout dans les bois en fantôme s'achève.

La Légende des siècles, III, 194.

Et soudain, comme un spectre entre en une maison. Apparut, par dessus le farouche horizon. Une flamme emplissant des millions de lieues. Monstrueuse lueur des immensités bleues... Et l'astre cfl'rayant dit aux hommes : Me voici !

Nuits, serez-vous toujours pour nous ce que vous êtes ? Pour toute vision, aurons-nous sur nos tètes Toujours les mêmes cieux ?

Dis, larve Aldébaran, réponds, spectre Saturne, Ne verrons-nous jamais sur le masque nocturne S'ouvrir de nouveaux yeux?

Les Coiiicmphitioiis. II, 244.

Toutes ces citations peuvent paraître nous avoir entraînés bien loin des métaphores relatives à la forme. Elles étaient nécessaires, cependant, pour faire bien comprendre le travail qui s'accomplit dans l'esprit cie Victor Hugo, et la façon dont se modifient les données de la vue. Le poète voit très nettement la forme des objets, mais souvent il la simplifie et la ramène à ses éléments essentiels. 11 lui est alors plus facile de faire des rapprochements inattendus, et de constater des ressemblances auxquelles n'auraient pas pensé des esprits moins habitués à cette opération presque géométrique. D'autre part, avec les éléments que lui fournit le monde réel, il se plaît à construire un monde imaginaire. Il agrandit <iu diminue la taille des êtres et des choses, il en change la nature, il reconnaît dans les arbres, les pierres ou les nuages les formes de l'homme ou de l'animal, il attribue la vie à ce qui est inanimé, et, aux rochers comme aux plantes, il donne le mouvement et la pensée. Mais justement, la faculté qu'il a de simplifier les contours l'aide beaucoup à provoquer cette illusion. Sans aucun effort il voit dans ce qui est creux une bouche, dans ce qui est allongé un bras, dans ce qui est sinueux un serpent. C'est ainsi que chez lui la sûreté du regard, l'habitude de définir géométriquement les formes, le goût des comparaisons et

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des antithèses, l'imagination disposée aux illusions volontaires, le sentiment profond et souvent exprimé que rien dans la nature n'est vraiment dépourvu de vie, tout contribue à lui fournir des métaphores à la fois exactes et puissantes. Le rapport entre les deux termes est rarement d'ordre secondaire. Le plus souvent la comparaison s'appuie sur un des caractères essentiels des deux objets, et se fortifie par des ressemblances de détail. Nous le constaterons d'abord en passant en revue les formes géométriques sous lesquelles il paraît ranger divers groupes d'objets, puis en cherchant à quels ordres d'idées, à quelles catégories d'êtres ou de choses il demande le plus souvent des points de comparaison.

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