‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 70 sur 114 · Voir p · texte numérisé non relu

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C'est une chaire, prodige de la ciselure et de l'orfèvrerie du onzième siècle, donnée par l'empereur Henri 11 à la Chapelle. Des ivoires byzantins profondément fouillés... sont incrustés dans cette cuirasse d'or qui entoure le prêtre parlant au nom de Dieu. Le Rhin ^ I, 127.

Un beau scarabée à cuirasse d'azur. //>., 436.

Un beau scarabée enterreur cuirassé d'or violet.

Ib., 11, 107.

C'est une bête qui était là embusquée, un nécrophore, la jardinière, un scarabée splendide et agile, vert, pourpre, flamme et or, une pierrerie armée qui court et qui a des griffes. C'est un insecte de guerre, casqué, cuirassé, éperonné, caparaçonné ; le chevalier brigand de l'herbe. Post-scriptitiii ./(■ iim vie, iis-ii6.

Victor Hugo se sert aussi de la métaphore inverse :

Il y av.^it jusqu'à des culs-de-jatte qui, bardés et cuirassés, passaient entre les jambes des buveurs comme de gros scarabées. Notre-Dame Je Paris, 11, 266.

Les colosses des palatins et des empereurs, cuirassés comme des scarabées. Le Rhin, 11, 147.

Les tleurs ont des collerettes, les arbres fleuris sont couverts de falbalas. La lleur et le fruit ont une tunique. Le plus souvent, la métaphore n'est guère qu'une plaisanterie : c'est quelquefois presque un jeu de mots :

Dressez procès-verbal contre les pâquerettes Q^ui laissent les bourdons froisser leurs collerettes. Les Conicmplations, 1, 238.

Pâquerettes Dont le seul papillon touche les collerettes.

Théâtre en liberté, 278.

Et le frais papillon, libertin de l'azur.

Qui chiffonne gaiment une fleur demi-nue.

Les Contemplations, I, m.

Le vent à chiffonner les fougères s'amuse.

La Légende des siècles, III, 204.

Les ébéniers, qu'avril charge de falbalas.

Les Contemplations, I, 91.

Un cytise en pleine révolte.

Troublant l'ordre, étouft'ant l'écho, Encombrait toute l'archivolte D'un grand falbala rococo.

Les Chansons des rues et des bois, 30^.

La fleur a-t-elle tort d'écarter sa tunique ?

Les Contemplations, I, 105.

La grenade montrant sa chair sous sa tunique.

La Légende des siècles, III, 16.

Nous employons couramment le mot cuirassé en parlant d'un vaisseau. C'est la même métaphore qu'emploie Victor Hugo quand il parle de l'armure des navires. Là encore la langue de la poésie se rencontre avec la langue usuelle :

On voit le lourd colosse ouvrir au flot marin

Sa blessure béante, Et saigner, à travers son armure d'airain La galère géante.

Les Orientales, 34.

242 LE SliNS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO

Ce vaisseau fut sur l'onde un terrible passant... Son armure était faite avec tous les métaux.

La Légende des siècles, IV, 284.

L'idée dé protection semble disparaître quand, au lieu du mot armure, le poète emploie le mot robe :

Et les vaisseaux de France ont des fleurs de lys d'or Sur leurs robes de cuivre.

Les Orientales, ^5.

Les murs d'une ville ou d'une forteresse sont une armure :

Bagdad que ses remparts couvrent comme une armure.

Odes et Ballades, 528

Cette fière ville impériale... dont les murailles étaient comme une armure. Le Rhin, 11, 19-20.

Malte avait trois cuirasses, ses forteresses, ses navires et la valeur de ses chevaliers. Ib., 327-328.

Ces grands chevaliers avaient trois armures : la première était faite de courage, c'était leur cœur; la deuxième d'acier, c'était leur vêtement ; la troisième de granit, c'était leur forteresse. Les Burgraves, Préface, 248.

Mais ailleurs les murailles d'une ville ne sont qu'un manteau, que trouent les boulets. Celles d'un château sont comparées au manteau qui cache l'armure. Du reste, la distance est petite entre ce qui couvre et ce qui protège, et l'esprit passe facilement d'une idée à l'autre. Nous en avons la preuve dans notre mot démanteler.

Et comme ils ont troué de boulets le manteau De Vérone, livrée au feu par Colalto !

La Légende des siècles, III, 91-92.

La montagne a pour garde, en outre, deux châteaux. Soldats de pierre ayant du fer sous leurs manteaux.

Ib., II, 232.

Le mot chemise est employé comme terme de fortification, pour désigner certains travaux de défense. Victor Hugo s'en sert en parlant de tout l'ensemble des fortifications d'une ville. Ailleurs, au contraire, il le met en antithèse avec le mot forteresse. Dans d'autres cas, enfin, le mot ctésigne simplement ce qui enveloppe, ce qui recouvre, et son emploi ne diffère alors que médiocrement de certains emplois techniques qui lui sont habituels :

Mons est une citadelle ; et une citadelle plus forte qu'aucune des nôtres. Il y a huit ou dix enceintes avec autant de fossés autour de Mons... Ce sont les Anglais qui ont mis cette chemise à la ville pour le jour où nous aurions le caprice de nous en vêtir. .

France et Belgique, 112.

Je ne vous ai pas parlé des tours de Bàle ; elles sont pourtant remarquables, toutes de forme et de hauteur différentes, séparées les unes des autres par une enceinte crénelée appuyée sur un fossé formidable où la ville de Bâle cultive avec succès les pommes de terre. Du temps des arcs et des tlèches, cette enceinte était une forteresse redoutable ; maintenant ce n'est plus qu'une chemise.

Le Rhin, II, 229.

Je n'ai pu voir l'horloge astronomique qui est dans la nef (de la cathédrale de Strasbourg), et qui est un charmant petit édifice du seizième siècle. On est en train de la restaurer, et elle est recouverte d'une chemise en planches.

Ib., i88.

Ce tuyau de poêle qu'on a baptisé d'un nom sonore et nommé la colonne de Juillet... était encore enveloppé en 1832 d'une immense chemise en charpente.

Les Misérables, IV, 236.

Victor Hugo compare assez souvent la végétation à un vêtement ; mais certainement la forme n'a pas toujours une part dans la comparaison. Elle ne compte pour rien, par exemple, dans les vers suivants :

L'année ôte son vieil habit ; La terre met sa belle robe.

L'Art d'être grand-père, 23.

L'idée de la forme est déjà présente dans les comparaisons, où le pli d'une vallée est assimilé au pli d'une robe :

Cette montagne, au front de nuages couvert, Qui dans un de ses plis porte un beau vallon vert, Comme un enfant des fleurs dans un pan de sa robe. Les Chants du crépuscule, 137.

D'autres hameaux cachés dans les plis de la vallée comme dans une robe de velours vert. Le Rhin, I, 48.

L'idée devient plus nette quand la verdure ou les fleurs recouvrent une montagne ou une colline.

LE VÊTEMKNT, l'aRMURE ET LA PARURE 24^

Sous le vêtement, le poète voit en effet l'épaule et le dos ;

Les collines ont des casaques de velours vert, usé çà et là. Alpes et Pyrénées, 169.

Deux montagnes que les bruyères violettes et les genêts jaunes couvrent en ce moment d'une immense cliape de fleurs. Ib., 243.

Je regardais les collines du bout de la plaine, qu'une immense bruyère violette recouvrait à moitié comme un camail d'évéque. Le Rhin, I, 41-44.

La bruyère violette

Met au vieux mont un camail.

Les Contemplations, I, 67.

Sous la verdure il voit aussi une croupe, car il met sur cette croupe un caparaçon :

Les rochers n'apparaissent plus que çà et là sous de riches caparaçons de verdure. Le Rhin, I, go.

Les monuments, les édifices les plus magnifiques et les constructions les plus humbles, les arbres euxmêmes, se couvrent d'une robe, d'une fourrure', se caparaçonnent de lierre et cte mousse :

Et la ronce couvrait de sa verte tunique Tous ces vieux pans de murs écroulés.

La Légende des siècles, 11, 154.

Quelques églises ont un caparaçon de lierre qui court jusqu'au clocher. L'Archipel de la Manche, 26.

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