LA MER, LE COURS D KAU, LA MONTAGNE
La conception de l'unité des formes, ou tout au moins des aspects, amène, chez Victor Hugo, de fréquentes comparaisons avec la mer. La mer, avec son immense étendue, l'ondulation de ses Ilots, ses îles, ses caps et ses golfes, les navires qu'elle porte, ce sont des images que nous offrent souvent la nature, les villes et les foules. Les rapports de ce genre sont si évidents qu'ils sont marqués dans beaucoup d'expressions de la langue usuelle.
Victor Hugo compare souvent à la mer le ciel, l'éther, l'infini. A l'apprécier rigoureusement, la métaphore peut sembler défectueuse. La mer a une forme puisqu'elle est limitée, tandis que l'idée d'infini exclut toute idée de forme. Mais en fait la différence n'existe pas pour nos yeux. Le ciel, comme la mer, ne nous apparaît que limité par l'horizon. Pour le navire éloigné de la côte, l'océan et le ciel ont une commune limite et éveillent la même idée d'immensité. On comprend donc que ces deux étendues soient souvent associées dans l'esprit du poète.
L'éther, cet océan si liquide et si bleu.
Les Chants du crcpuscttle, 139.
Il volait. L'infini sans cesse recommence. Son vol dans cette mer faisait un cercle immense.
La Fin de Satan, 1 1 .
L'ange errant dans vos cieux comme dans une mer.
Dern ièrc gerbe, 5 1 .
Ce voyage des feux dans l'océan d'en haut.
L'Ane, 3^9.
Dans l'océan d'en haut plein d'une vérité Dont le prêtre a fait un mensonge.
La Légende des siècles, IV', 295.
Dispersés dans l'éther, cet océan sans grèves Dont le flot à son bord n'est jamais revenu.
Autour du char vibrait l'éther illimité, Mer que Dieu jusque là seul avait remuée.
La Fin de Satan, 7=).
Cet océan a ses vagues et ses marées, des marées, de constellations :
Peut-être en ce moment, du fond des nuits funèbres, Montant vers nous, gonflant ses vagues de ténèbres.
Et ses flots de rayons.
Le muet infini, sombre mer ignorée, Roule vers notre ciel une grande marée
De constellations !
Les Contemplations, II, 248.
Un tas d'astres derrière un gouffre d'empyrées, Un océan roulant aux plis de ses marées