‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 91 sur 114 · L ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

L ARCHITECTURE

L'aube sacrée emplit l'horizon de blancheur Et des trous du taillis fait de claires fenêtres.

TliJiitrc en liberté, 277.

Puis on redescend dans les vallées, on s'enfonce dans les forêts ; les branchages chargés de feuilles font sur la route une voûte réticulée dont les crevasses laissent pleuvoir le jour et la lumière. Alpes el Pyrénées, 6.

Sous le plafond des frênes et des ormes.

Théâtre eu liberté, 151.

Sous un chêne étendant son ombre comme un dais.

Toute la Ivre, III, 114.

La nuit tombait; au tronc d'un chêne, noir pilastre, Il s'adossait pensif.

Les Coiiteniplatious, I, is6.

Aux fleurs, parfums du teni pie, aux arbres, noirs pilastres.

Ib., 340.

Je regarde chapiteau par chapiteau les arbres, ces piliers de la graiide cathédrale mystérieuse.

Le R/iiii, II, 112.

La forêt, monstrueuse et fauve cathédrale Où le vent sonne le tocsin.

La Légende des siceles, III, 112.

Dieu, c'est le sphinx. Les bois, les monts, sont les pilastres, Les porches et les tours du grand temple inconnu.

Théâtre en liberté, 167.

Ce jardin n'était plus un jardin, c'était une broussaille colossale ; c'est-à-dire quelque chose qui est impénétrable comme une forêt, peuplé comme une ville... sombre comme une cathédrale. Les Misérables, IV, m.

Dans cette métaphore, toute idée d'une forme précise a disparu, comme dans la suivante :

Les vallées des Alpes ont cela de remarquable, qu'elles sont en quelque sorte complètes. Chacune d'elles présente, souvent dans l'espace le plus borné, une espèce d'univers à part... On pourrait presque toujours résumer d'un mot l'aspect général de leur physionomie : la vallée de Sallenche est un théâtre; la vallée de Servoz est un tombeau; la vallée de Chamonix est un temple.

Fragment d'un Voyage aux Alpes, dans Victor Hugo raconte. II, 210.

Si l'on veut des comparaisons très précises, on les trouve dans les Chansons des rues et des bois. Toute une longue pièce, l'Eglise, est un jeu d'esprit sur ce sujet. On y voit le poète décrire « la verte église au bon Dieu », et chercher dans les végétaux, les insectes et les oiseaux toutes les parties de l'édifice, les objets du culte, même les prêtres et les fidèles.

Nous avons vu précédemment quelles figures variées et fantastiques 'Victor Hugo s'amuse à reconnaître dans les nuages. Il v découvre aussi les formes de l'architecture, mais d'une architecture informe et grimaçante :

Examinez les nuages... jamais vous n'y verrez le Panthéon. Mais parfois, à la nuit tombante, quelque grande table d'ombre posée sur des jambages de nuée et entourée de blocs de brume ébauchera dans le livide ciel crépusculaire, un cromlech immense et monstrueux.

V Archipel Je la Manche, 23.

L ARCHITECTURn

Ce qu'on voit dans les nuées, ce sont des édifices gigantesques, démesurés, qui semblent s'élever indéfiniment :

Quelquefois, sous les plis des nuages trompeurs, Loin dans l'air, à travers les brèches des vapeurs.

Par le vent du soir remuées.

Derrière les derniers brouillards, plus loin encor, Apparaissent soudain les mille étages d'or

D'un édifice de nuées ;

Et l'œil épouvanté, par delà tous nos cieux, Sur une ile de l'air au vol audacieux,

Dans l'éther libre aventurée.

L'œil croit voir jusqu'au ciel monter, monter toujours, Avec ses escaliers, ses ponts, ses grandes tours.

Quelque Babel démesurée.

Les Feuilles J'aiitoninc, 394.

Dis, comment feras-tu pour fixer, pour suspendre. Et pour faire tenir Erigone aux seins nus, Erynnis, Astarté, Bellone, la Vénus, Ces buveuses de sang et ces prostituées, Dans la façade énorme et pâle des nuées ?

Religions et Religion, 211.

Sur ces façades, on voit des lucarnes, des fenêtres et cies lézardes :

Quand le soleil écarte un nuage et vient rire à une lucarne du ciel. Le Rhin, 1, 2S9.

Subitement une grande clarté se fit, la pluie discontinua,

les nuées se désagrégèrent... une sorte de haute fenêtre crépusculaire s'ouvrit au zénith.

Les Travailleurs delà mer, 11, 174.

L'immense machine des nuages se défit. Une lézarde de ciel clair disjoignit les ténèbres. Ib., 191.

Les nuages, au couchant, construisent le soir un portique sous lequel le soleil disparaît. Ces nuages flamboyants sont aussi comparés à un fronton :

Je voyais, comme on dresse au lieu d'une victoire Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil, A l'endroit où s'était englouti le soleil, La sombre nuit bâtir un porche de nuées.

Les Coniciiiplations, II, 1^7.

L'aurore chaque jour bâtit la galerie Des heures dont le luxe à chaque pas varie. Et le couchant construit au bout du corridor Des montagnes de pourpre et des portiques d'or.

L'Ane, 3S7.

Le couchant flamboyait à travers les bruines Comme le fronton d'or d'un vieux temple en ruines.

Toute la lyre, 111, 97.

Dans les deux passages suivants, le sens du mot portique est douteux, mais il est probable qu'au lieu de désigner les nuages, il désigne la nuit :

Tandis qu'auguste et beau, s'ouvrant à cette gloire Comme s'ouvre au soleil le portique du soir, Tout Saint-Denis n'est plus qu'un sarcophage noir

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