L ARCHITECTURE 3I
Avec les toits brûlants, les villes enflammées, Le noir temple du deuil par les vents est construit ; On voit d'ici monter ces énormes fumées. Colonnes torses de la nuit.
Les Quatre vents de l'esprit, II, s-jS.
Gomorrhe ! Sodome !
De quel brûlant dôme Vos murs sont couverts !
Les Orientales, 26.
Naple, aux bords embaumés, ou le printemps s'arrête. Et que Vésuve en feu couvre d'un dais brûlant.
Odes et Ballades, 368.
Encore une fois, nous rencontrons le ciel dans cette étude relative aux formes; le ciel, c'est-à-dire l'infini, dont, logiquement, il ne devrait pas être question ici. Mais, d'abord, le ciel semble être comme un fond sur lequel se détachent les étoiles, et les étoiles, si nous les supposons reliées par des lignes, dessinent de splendides édifices que peut modifiera son gré l'imagination du contemplateur. 11 n'est pas même indispensable que le contemplateur soit un poète, car les noms donnés aux constellations prouvent assez que, de tout temps, des lignes imaginaires ont été tracées d'un astre à l'autre. Victor Hugo ne fait donc qu'user d'un procédé très ordinaire quand il nous montre dans le ciel des portiques, des pilastres, des frontons, des palais et des cathédrales. Il serait d'ailleurs hors de propos de rappeler ici tous les bleus pilastfcs qu'on trouve dans ses vers, car on ne peut donner à cette expression qu'un sens très vague :
3l8 LE SENS DE LA FORME CHEZ VICTOR HUGO
Oh ! parmi les soleils, les sphères, les étoiles. Les portiques d'azur, les palais de saphir...
Oih's et Ballades, 389.
Quel Zorobabel formidable,
Quel Dédale vertigineux,
Cieuxl a bâti dans l'insondable
Tout ce noir chaos lumineux ?
Soleils, astres aux larges queues.
Gouffres! ô millions Je lieues !
Sombres architectures bleues !
Quel bras a fait, créé, produit
Ces tours d'or que nuls yeux ne comptent,
Ces firmaments qui se confrontent.
Ces Babels d'étoiles qui montent
Dans ces Babylones de nuit?
Lui, ce berger, ce passant frêle, Ce pauvre gardeur de bétail Que la cathédrale éternelle Abrite sous son noir portail.
Ib., -iîS.
Ne verrons-nous jamais briller de nouveaux astres? Et des cintres nouveaux, et de nouveaux pilastres
Luire à notre œil mortel.
Dans cette cathédrale aux formidables porches Dont le septentrion éclaire avec sept torches
L'effrayant maitre-autel ?
Ib., II, 244.
Souvent, quand minuit sonne au clocher de Saint-Luc, Je médite, menant dans les zones bénies De soleils en soleils cent lignes infinies.