‹ Le sens de la forme dans les métaphores de Victor HugoChapitre 95 sur 114 · I. ARCHITECTURi · texte numérisé non relu

I. ARCHITECTURi

Le plafond céleste peut être percé comme un autre : la comète le traverse :

Et quand on ne sait quel fl.imboyant alcyon Passe, astre formidable, à travers les étoiles, N'allez pas mesurer le trou qu'il fait aux toiles Du grand plafond céleste.

La Légende des siècles, IV, lo.

Au-dessus de ce plafond est une lumière éblouissante, et les étoiles sont les trous qui nous la laissent entrevoir :

Car tu sais le vrai nom de celui qui perça. Pour que nous puissions voir sa lumière sans voiles, Ces trous du noir plafond qu'on nomme les étoiles.

Les Contemplations, 1, 46.

Assez souvent ces mots, plafond et voûte, se prennent en mauvaise part. Ainsi le ciel noir ressemble au plafond ci'une tombe :

Que m'importe que la nuit tombe

Et rende, ô Dieu !

Semblable au plafond d'une tombe

Le beau ciel bleu 1

Dernière gerbe, S9.

Pour l'esprit humain captif, le ciel est le plafond cLun cachot :

Depuis quatre mille ans que, courbé sous la haine. Perçant sa tombe avec les débris de sa chaîne. Fouillant le bas, creusant le haut.

324 LE SfNS DE LA FORMh CHEZ VICTOR HUGO

Il cherche à s'évader à travers la nature, L'esprit forçat n'a pas encor fait d'ouverture A la voûte du ciel cachot.

Les Contemplations, II, 275.

Ses yeux, comme on regarde un plafond de cachot, Regardaient le grand ciel où l'aube ne sait naître Que pour s'éteindre.

La Légende des siècles, IV, 277.

Jusqu'au zénith, plafond où l'espérance va Se casser l'aile, et d'où redescend la prière.

Les Contemplations, II, 291.

S'il était vrai que les hommes lussent punis pour la faute d'Adam, alors Adam lui-même, « à genoux sur le ciel recouvert d'un drap noir », aurait donc à subir un éternel supplice :

Il serait à jamais supplicié là haut I Les hommes, ses enfants, auraient dans leur cachot Pour plafond le dessous de l'échafaud du père ! Ces étoiles qu'on voit parfois, dans leur repaire, Par des fentes du ciel s'échappant et glissant. Tomber sur eux, seraient les gouttes de son sang !

Dieu, 1 91-192.

Le plafond, la voûte, la coupole ou le dôme sont des objets solides et fixes. Mais l'air et léther sont fluides, mobiles. Aussi yictor Hugo compare-t-il le ciel à une tente dont le souffle de Dieu fait frissonner la toile :

L ARCHITECTURE JS",

Toi qui mis dans l'éther plein de bruits solennels, Tente dont ton haleine émeut les sombres toiles, Des millions d'oiseaux, des millions d'étoiles 1

Les Rayons et les Ombres, S 7 7-5 78,

D'un souftie, avec ses feux sans nombre, Faire dans toute sa hauteur Frissonner le firmament sombre Comme la tente d'un pasteur.

Les Châtiments, 439.

Sostrate Gnidien regardait les étoiles.

De la tente des cieu.x dorant les larges toiles,

Elles resplendissaient dans le nocturne azur.

La Légende des siècles, I, 352.

Le ciel, bleu pavillon par Dieu même construit, Qui, le jour, emplissant de plis d'azur l'espace. Semble un dais suspendu sur le soleil qui passe. Et dont on ne peut voir les clous d'or que la nuit. Les Feuilles d'automne, 382.

Cette métaphore qui assimile le ciel à un dais se trouve aussi dans deux autres passages au moins, et n"a pas dans les deux la même valeur. Dans le premier, le mot n'exprime rien de plus que le moi plafond; dans le second, le ciel est le dais de la puissance terrestre :

L'ombre passe, l'amour reste, Il est astre au dais céleste, Perle en ton lit'.

La Légende des siècles, III, 28b.

1 Le lit de TOcéan.

Au pouvoir ignorant les devoirs et les droits,

Au palais sidéral des reines et des rois,

A l'immense colosse impérial qui lève

Sa tète dans l'éclair du vertige et du rêve,

Au trône sombre ayant pour dais le firmament.

Au monarque, tu' fis le grand soubassement,

L homme; sous le tyran tu mis la multitude 1

Les Quatre vents de l'esprit, II, 271.

On ne peut s'étonner que le théâtre ait fourni à Victor Hugo beaucoup de métaphores, et que souvent la nature lui rappelle la scène, avec ses dessous et ses décors. L'océan a des troisièmes dessous. Le ciel, le paysage, les édifices, sont des décors dont le rapide changement fait quelquefois l'admiration du poète :

Tout est chausse-trape au bord de la mer. La roche est glissante, la grève est mouvante... Tout peut brusquement se fêler sous vous. Fêlure par oii l'on disparait. L'océan a des troisièmes dessous comme un théâtre bien machiné.

L'Honniic qtii rit, L219

Par intervalles de grandes lames de brume, qu'on eût dit cardées, survenaient pesamment et cachaient le soleil. Ensuite, il reparaissait plus pâle et comme malade. Le peu qu'on entrevoyait du ciel ressemblait aux bandes d'air sales et tachées d'huile d'un vieux décor de théâtre.

Les Travciilleurs Je la mer, I, 341.

Depuis quelques instants, un brouillard gris et terne nous cache le ciel... Il louche à la haute lisière des sapins, la baigne, gagne d'arbre en arbre, et tout à coup il se

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