‹ Le sens de la mortChapitre 30 sur 30 · XX VIII · texte numérisé non relu

XX VIII

Vingt minutes plus tard, j'étais place des États-Unis. Devant la porte de l'hôtel, Mme Ortègue épiait mon arri-

slt D NC RTE RP ORNE

css à moi ; Roora une Rate) da

Rien qu’à son regard, je dus me rendre compte que toute son énergie vitale

s’était concentrée, pendant ces quelques heures, en un sentiment humble et profond, une peur animale de la mort. De ses yeux, affolés d’anxiété tout à l’heure encore, émanait maintenant un chaud et mystérieux rayonnement. Elle allait vivre. Sa bouche à demi ouverte semblait respirer avidement l’air de la délivrance. À peine avais-je crié au chauffeur de s'arrêter, qu’elle était déjà montée dans la voiture, en donnant ellemême l’adresse de la rue Saint-Guillaume, Elle resta un peu de temps sans parler; puis, d’un accent craintif, où frémissait une dernière inquiétude :

— « Alors, il veut me voir? »

— « Oui, pour vous tranquilliser, pour vous soutenir, pour vous dire qu’il vous comprend. Ah! si vous aviez été là, pendant qu'il lisait ces pages! »

— « Je n'aurais pas pu. J’aura trop honte. » à SE — « Mais non. En les ane vous 4% étiez dans la vérité, et vous l’avez remis 4 dans la vérité. »

É — « Parce qu'il accepte que je manque à ma parole? Vous appelez ma lâcheté la vérité! Il doit tant me mé- 7 priser, Marsal. » (is — « Il ne vous a jamais tant aimée, et, la preuve, c’est qu’il veut essayer de vivre. Vous savez qu'il n’acceptait même pas l’idée d’une opération. »

— « Il s’y décide? »

— « Oui. Vous voyez DE que vous lPavez changé. »

— « Une opération ! C’est vrai. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt? »

dit-elle en joignant les mains. « Pourquoi ne lui en ai-je pas parlé? Que de temps dé perdu! Nous vivions dans un cauchemar, dans une folie. Qui sait maintenant si ce n’est pas trop tard? Mais non, n'est-ce pas? Ah! comment n’estce pas déjà fait? Quand il m’a tout dit,

qui le détruit. On l’en guérira aussi. où.

me le rendra, pour quelque temps, pour un long temps peut-être, et je lui mon-

jours sans “+ SHGnIEl C'est ce .

trerai bien que je n’ai pas cessé de l’ai-

mer. Seulement, je ne suis qu’une femme. Je n’ai pas sa grandeur d’âme.

Il a trop attendu de moi. C’est ma faute.

J’en ai trop attendu moi-même. C’est comme pour les idées. Vous vous souvenez quand j'ai pleuré. Je ne sais plus ce que je pense, ce que je crois. Il y a des moments où l’on se sent roulé par

quelque chose de plus puissant que soi.

On est comme sous une grande vague.

On n’a qu’à fermer les yeux et à se laisser aller. »

Elle parlait ainsi, et j'avais l’impression de n'avoir plus auprès de moi qu'une petite enfant, et j'aimais cela, cette faiblesse, ce désarroi d’une volonté que j'avais connue si tendre, cet abandon à l'instinct, J'étais si sûr que

LE SENS DE LA MORT 4 cette présence d’un pauvre être incer- F 4 tain et désemparé serait souverain sur É Ortègue. Il en aurait pitié, et cette pitié + 54 achèverait de dissiper le mauvais rêve 22 de son orgueil et de son désespoir.

= Hélas ! la double vue de sa victime avait

raison. C'était trop tard. |

Nous arrivions rue Saint-Guillaume.

Comme je poussais le battant de la grande porte cochère, pour introduire Mme Ortègue, trois infirmières, qui discutaient vivement dans la cour de l’hôtel, s’arrêtèrent tout d’un coup de parler, en nous voyant. Elles s’écartèrent et suivirent ma compagne d’un regard qui me fit peur. Je ne pouvais pas les interroger, ne voulant pas quitter d’une seconde la pauvre femme, qui courait presque, sans prendre garde à ce petit incident. Le spectacle qu’offrait le corridor d’entrée était trop extraordinaire pour qu’elle ne demandât pas aussitôt : « Mais qu’est-il arrivé? » Des blessés, des infirmières, des visiteurs

| s’émeut autour des a

ph bites. Eux aussi s’écartèrent sans ré-

pondre. Elle continua de courir, et elle

arriva dans la petite chambre qui précé-

dait le cabinet d’Ortègue. Elle se heurta au docteur Quénaut, qui sortait de cette pièce, et qui l’arrêta en lui disant :

— « N'entrez pas, madame. Le Professeur vient d’avoir un évanouissement.

Renard le soigne. Il va revenir à lui.

Mais, n’entrez pas. Marsal, empêchez Madame d'entrer. »

Elle jeta un cri perçant : « Il est

mort ! » Et, nous écartant, Quénaut et moi, avec une force irrésistible, elle se précipita dans le cabinet.

Ortègue était étendu sur le divan, où je me rappelais l’avoir ausculté deux mois auparavant, — la bouche entr’ouverte, et plus un souffle n’y passait, — les paupières à demi fermées, et aucun regard n’éclairait plus ses prunelles

ed élit db

est cri, RS us dééhirat encore, et, se

jetant sur son mari, elle commença de

Es ’étreindre, en couvrant de baisers et de larmes ce visage immobile et ravagé

__ dont les caresses ne pouvaient plus es

siper l’infinie tristesse.

— « Il vaut mieux la laisser seule, »

dis-je à Quénaut et à Renard, qui restaient là, hésitants. Les autres personnes s'étaient retirées. Je les poussai tous deux dans l’antichambre et demandai à voix basse :

— « Comment la chose s’est-elle produite? »

— « Nous n’en savons pas beaucoup plus que vous, » dit Quénaut. « Nous étions là-haut, Renard et moi, auprès du lieutenant Le Gallic, qui, entre parenthèses, file un mauvais coton. Il faut même que vous y montiez tout de suite, Renard. Je vous rejoins. Un garçon se précipite, affolé, nous dire qu’en passant sous la fenêtre d’Ortègue, il a entendu des gémissements, qu’il est entré,

sn cf LS" de RER LEE

Gassnn sd Prpeheeies Le:

reux homme était déjà dans LE

savez san abusait de la Pa 0 NS se «1 e sera fait une piqûre trop forte. Ça arrive, | ces choses-là.… Mais, la pauvre femme ! ne - Un sanglot nous arrivait de la. .

chambre voisine, si violent que jem’en inquiétai :

| — « Retournez aussi auprès du ions tenant, mon cher confrère, » dis-je à Quénaut. « Je vais essayer de la calmer. »

J'avais mon motif pour éloigner ce témoin. Je tremblais que Mme Ortègue, dans le délire de la douleur, ne laissât échapper quelque parole révélatrice. Ce douloureux drame conjugal était dénoué par cette mort. Pour l’honneur de la mémoire d’Ortègue, il fallait qu’un secret éternel en enveloppât les cruelles péripéties. Heureusement le sens du devoir professionnel l’emporta chez Quénaut sur la curiosité :

— « Je vous quitte donc, » dit-il.

E we hantsgéoiner ae say:

nxiété, vertiges, pâleur, respiration de Cheyne-Stokes, enfin le syndrome bul- | baire dans toute sa netteté. Ortègue le 2 redoutait, d’ailleurs. Vous savez, moi, je l'aurais opéré, et dès rébeb Les projectiles bien tolérés, dans le cerveau, c’est théorique. Ontègis aussi, je l'aurais opéré. Je vous l’ai dit souvent, et j'avais raison. Je lui aurais abouché sa vésicule bihaire avec une anse intestinale. Son ictère se serait nettoyé. Ses souffrances auraient disparu au moins pour des mois. C’est inouï qu’un maître comme lui ait préféré l’abrutissement de la morphine, et ses dangers. Mais écoutez-la gémir. Ah ! comme elle l’aimait ! »

Il avait à peine passé la porte que je F courus dans le bureau. Mme Ortègue étreignait toujours le cadavre. Je la pris par les bras et j’essayai de l’en arracher.

Elle se laissa faire, comme si la crise

nerveuse du premier moment se résol-

| ë encore par 1 détretsé: el égareme

Tandis que je l’éloignais, en lui tena les mains, du divan où gisait Ortègu elle tournait la tête vers lui, le visa convulsé, les yeux hagards et elle ne cessait de répéter : PC — «Il s’est tué. Il s’est tué à cause de moi. Il est mort dans le désespoir, à cause de moi. C’est ma faute. C’est de mon horrible lâcheté qu’il est mort. Ah!

Marsal, pourquoi lui avez-vous montré cette feuille? Je ne vous avais rien demandé. » £ — « Mais non, madame, il ne s’est pas tué, » répondis-je, — en lui mentant.

Je comprenais si bien maintenant pourquoi Ortègue m'avait écarté, et sa tragique résolution d’un suicide solitaire, silencieux et qui püt passer pour une mort naturelle, même à mes yeux, même et surtout aux yeux de sa femme. Elle ne l’aimait plus comme il voulait être aimé. Il en avait tenu la preuve. Du coup, il avait décidé d’en finir tout de

| vais pris le récepteur. ‘a ar sa x 4 4 pour entendre cette voix adorée encore 5 une fois, me revenait à la mémoire, et me navrait le cœur, tandis que je con- __tinuais mon inutile imposture : r — « Raisonnez, madame. S'il s'était tué, il vous aurait laissé un mot, là, en évidence. » Je lui montrais la table, et, déplaçant les papiers : « Vous voyez Ë qu’il n’y a rien. »

;. — « Pourquoi m'aurait-il écrit?

Qu'est-ce qu il avait à me dire? »

— « Mais il aurait voulu vous revoir, » insistais-je.

— « Il n’a pas pu le supporter. Je l'avais trop blessé. Ah! pourquoi lui avez-vous montré ces pages? »

— « Trop blessé? Mais si vous l’aviez entendu parler de vous après cette lec- # ture, avec quelle tendresse, avec quelle impatience de vous avoir là, de vous rassurer |! » En rappelant cette attitude d’indulgente douceur qu'avait eue en effet Ortègue, combien j'en sentais

! N è A M ns À

à | l'héroïsme et le martyre! Je

: da qui m’écoutait, ‘as yeux t FE jours fixés sur le mort. Pourtant j nn où sistais : « Non. Il ne s’est pas tué. Ni Quénaut ni moi ne savons encore commentilest mort. Mais que cesoitunépisode de sa maladie, c’est évident. Embolie, congestion cérébrale, arrêt du cœur, il y a vingt explications possibles. »

— « Je vais bien le savoir, » dit-elle, et, m’échappant, elle alla vers le tiroir du bureau, que je connaissais bien, où Ortègue serrait sa morphine. Une clef y restait, attachée à un trousseau.« Vous voyez, » s’écria-t-elle, « il a ouvert ce tiroir. Notre poison était là. »

Violemment, elle tira sur la clef. Dans un des casiers, elle avisa un petit flacon qu’elle saisit et qui contenait une poudre blanche. Elle l’éleva contre la lumière qui venait de la fenêtre. Je pus lire sur l’étiquette la redoutable formule CAzK. C'était du cyanure de pos tassium. Le flacon était plein jusqu’au

= Mme Ortègue murmura :

— « Notre poison! Il n’y a ee tou- 1 ché!

Par bonheur, dans sa fièvre de véri-

fier ce premier soupçon, elle n’avait pas

remarqué ce que j'observai, moi, avec épouvante : une seringue à injections, de grande dimension, déposée dans le casier. Un peu de liquide s’y voyait encore. Ce liquide, je l’ai constaté depuis, était de la morphine. Quénaut avait vu juste sur le fait, sans en comprendre le sens. Ortègue avait employé le procédé de suicide le plus simple, mais aussi le plus malaisé à dépister : 1l s'était injecté une dose foudroyante de son poison habituel. Il avait eu la force de remettre à sa place l’instrument de

mort, de se rhabiller et d’aller s’étendre :

sur son divan. Tout ce détail se reconstitua dans ma pensée avec une netteté d’évocation qui m'aurait fait crier, moi aussi. Je dominai mon saisissement, et, repoussant le tiroir, comme machi-

È bad: et de er re d’un cachet: 7 4 is ;

| tact, ne R US c’est la preuve. » 2:

— « Ils’est tué autrement. Il a espéré que je ne comprendrais pas, que PR | croirais à un accident. Il a été généreux, À comme toujours. Mais il n'a pas voulu me revoir. »

Elle s'était affaissée sur un fauteuil.

Re Ses deux mains pressaient la petite fiole, # et je l’entendis qui gémissait : |

— « Ou bien il n’a pas voulu du poison qu'il avait préparé pour nous deux. »

Je me rapprochaï, et je lui die très doucement : F

— « Vous allez me remettre ce flacon, madame, »

Elle ne répondit pas, et, secouant la tête, elle appuya contre sa poitrine ses deux mains toujours fermées sur la fiole.

J’insistai : ;

— « Madame, il faut me remettre ce flacon. Je vous le demande au nom de :

votre mari, dont la dernière volonté, | exprimée devant moi, ici même, il y a

Cette scène si courte, et pour moi terrible, fut interrompue par l’arrivée du seul personnage devant qui elle pût continuer, étant donné son caractère de prêtre, l’abbé Courmont, envoyé, ses premiers mots me l’apprirent, par Le Gallic mourant qu'il venait d’assister.

Il entra et vit tout de suite ce tableau, trop significatif après les révélations que lui avait certainement faites son pénitent : — le mort sur le divan; moi, éperdu, dans une attitude 1mplorante ; Mme Ortègue, réfugiée derrière le fauteuil

be une tai fee Mars 25 défe — « Re pes vous êtes là, monsiet l’abbé, » m’écriai-je. « Aidez-moi. cales

Le geste de mes mains tendues indi quait assez la nature du secours que je réclamais. C’était le flacon que je vou- Jais reprendre, et tout de suite, dans

mon épouvante que la malheureuse ne brisât le cachet et ne se tuêt devant nous : — une pincée de cette poudre mangée à même la main, et c'était fimi.

J’employais, — j'en frissonne encore à distance, — le plus sûr moyen de précipiter la catastrophe que je voulais à tout prix empêcher. Dans une âme en frénésie, la violence n’a jamais suscité que la violence. Le prêtre, lui, n’avait pas perdu son sang-froid. Il comprit tout et vit le péril. Comme je répétais : : « Aidezmoi. » 1l dit, s’adressant à Mme Ortègue, et sans me répondre :

— « Madame, j'ai appris l’affreux malheur. Je suis venu faire une prière auprès de votre cher mort, Vous me le

permettez, n'est-ce pas? » Elle fit un signe d’assentiment. Il demanda : « Estce que vous ne voulez pas prier aussi,

avec moi? »

Elle refusa, en secouant farouche-

ment la tête. L’abbé Courmont n'insista point. Il alla s’agenouiller au pied du

divan, esquissa le signe de croix et commença de prier. Je continuais d’observer Mme Ortègue. Les phrases du Pater,

récitées par le prêtre, lui arrivaient,

comme à moi, par fragments : « … Que votre volonté soit faite... — Pardonneznous nos offenses.… — Ne nous laissez pas succomber à la tentation. » Je vis

que ses mains desserraient un peu leur

étreinte, et que deux grosses larmes roulaient le long de ses joues. Quelle force agissait sur elle? Je n’en sais rien.

Une énergie émanée d’un foyer spirituel, extérieur à elle? Peut-être. J’admets cette influence comme possible.

Une suggestion venue du prêtre? Je l’admets aussi. Un nouveau et puissant rappel de ses lointaines impressions d’en-

Lee mure RÉTRRRNTE auprès d | l’admets encore. Une fois Se plus

constate le fait sans lexphquen Ce L me prouve en outre qu’une intelligence |

en } 2 Q Si + réel. L’abbé Courmont avait trouvé le

formée par la discipline religieuse peut se montrer singulièrement apte à la connaissance et au maniement direct du

seul moyen de briser l’élan de la maïheureuse femme vers le suicide. Pour combien de temps?

Il se releva de sa prière, et, de sa voix doucement grave :

— « J'ai demandé pour lui la paix, madame. Il a tant travaillé, tant souffert, tant aimé. Dieu est bon. Il voit ce que nous ne voyons pas. Îl lui donnera la paix. Pourvu que... » Il s’arrêta, et, d’un ton plus doux encore, presque suppliant : «Madame, j'étais venu pour autre chose. Faites appel à votre courage. Votre cousin Ernest est bien mal, bien mal...

Ses heures sont comptées, peut-être ses minutes. [l voudrait vous voir. »

Ile secoua la tête, comme tout à e, dans le même mouvement d refus sauvage. PRE — « Ne dites pas non, madame, » in- | terjeta le prêtre, et montrant le mort :

| « Quand ce ne serait qu’à cause de ui.

C’est de lui, je le sais, que M. Le Fr s veut vous parler. » ÿ Re # Elle répéta : « De lui? » puis, se tour-

nant vers moi :

— « Marsal, ils se sont vus aujour- d hui? »

Ce fut le prêtre qui répondit :

— « Oui, madame. »

— « Longtemps? »

- — « Longtemps. Allez là-haut, madame. Je resterai, moi, à veiller 1c1.

— « J’y vais, » dit-elle après un silence.

Elle avait pris son mouchoir pour ” essuyer ses larmes. Je remarquai, continuant à ne pas la perdre des yeux, - qu’elle y roulait le flacon de cyanure.

Ce geste fit que je la suivis dans l’escalier. Elle entra dans la chambre, et je

me. pe paris à rester dan: corrid pour respecter le secret de coté nière entrevue : « Elle ne se tuera ; devant Le Gallic, » pensai-je. Ce lui qui, m’ayant aperçu par derrière Mme Ortègue, me rappela d’un signe Déjà sa respiration irrégulière ne lui.

permettait plus un discours suivi. Elle s’accélérait, puis se ralentissait, jusqu’à & s’arrêter presque à de certains moments.

Dans l'intervalle, il pouvait articuler :

— « Messieurs, » dit-il à Quénault et à Renard, qui se tenaient auprès de lui, « j'aurais à causer avec ma cousine. Je voudrais garder aussi le docteur Marsal... »

Le secret motif de cette volonté, je le compris aussitôt. J’en savais assez pour qu'il pûüt dire certains mots à Mme Ortègue, sans rien m’apprendre, et ma présence suffisait pour qu’il ne fût pas tenté d’en prononcer d’autres.

Renard et Quénaut sortirent, non sans que celui-ci n’eût dit tout haut :

— « Nous restons là, dans le cou-

loir, mon lieutenant. Ne vous fatiguez pe trop. »

Et à moi, tout es près de la porte :

— 4 ia à faire. Le bulbe se prend.

EC est jugé. >

— « Catherine, » commenca le mourant, et ses alternatives de souffle donnaïent à son élocution entrecoupée un caractère plus angoissant encore que les phrases qu'il prononçait. C'était vraiment une agonie qui parlait. « Catherine, je me suis expliqué avec Michel devant le docteur Marsal. Il n'a dit ce que vous aviez voulu faire. Je sais que pour lui, c’est fini. J’ai peur que ce ne soit encore ta volonté de ne pas lui survivre... Catherine, il faut que tu vives.

Il le faut pour lui. Moi qui vais mourir, je t’affirme qu’il y a un autre monde.

Je le sens de plus en plus proche. Je le vois. Je le touche... Je sais que dans cet autre monde, on peut souffrir. On souffre pour ses fautes ; pour celles qu’on a fait commettre. On peut aussi être soulagé

c’est vrai, ton suicide chape ton pauvr Michel d’un poids terrible là-bas. Si ce | Vrai, pense aussi que ta vie peut lui être

utile, bienfaisante. Tu vois bien que tu

dois vivre. Si c’est vrai, pas une des

minutes que tu vivras dans la patience l'humilité, la charité, ne sera perdue pour ton mari. Rien n’est perdu Re

on l'offre. Ce que je souffre en ce mo-

ment, ce que je vais souffrir n’est pas perdu, parce que je l'offre. J’offre ma mort pour toi, pour que tu sois éclairée et purifiée, pour que tu vives. »

Il dit encore :

— « Pauvre Catherine ! Moi qui m’en

vais, je comprends que ton devoir est plus lourd et plus difficile que le mien.

C’est si simple de tout donner d’un seul coup... Mais, vois-tu, j’ai souffert beaucoup avant d’arriver à cette heure. Je

achée au ee intime ue ete qu’on accepte... Adieu, Catherine, je ne te demande pas de promesse. Ta ne voudras pas que mon sacrifice ait été inutile pour toi. Adieu, laisse-moi avec Lui, avec l'Homme de douleur... »

Il serra le crucifix sur sa poitrine, du | même geste de suprême recours qu’elle avait eu, elle, tout à l’heure, pour serrer : le poison. | re — « Adieu, » dit-elle, et, se penchant sur le front du blessé, elle y posa un baiser. Il la regarda d’un regard de reconnaissance et de supplication. Ses lèvres balbutièrent un «€ merci » qui n’était plus qu’un souffle. Devant l’imminence d’une syncope, je courus à la porte appeler Quénaut et Renard :

— « Occupez-vous de lui, » leur dis-je. F « Il faut tenter une ponction lombaire.

Je remonte tout de suite la faire avec vous. Renard, préparez les instruments. »

Tout en parlant, j’entraînais Mme Or-

é ‘son mari, où Vabbé Courmont jours en prière auprès du mort, j sa main, qui continuait de serrer le L

con enveloppé dans le mouchoir. Se doigts cédèrent. Je tenais le poison. ar __— «€ Vous vivrez? » lui demandai-je. LE

— « Oui, » répondit-elle. Don

Elle vit. Des semaines et des semaines ont passé : six longs mois, depuis le jour où, toute frémissante encore de l’adjuration de l’agonisant, je lui ai arraché le flacon de poison. J’ai compris qu’elle tiendrait sa promesse de vivre, quandelle a voulu assister jusqu’au bout à l’ensevelissement d'Ortègue. Trois jours après, elle assistait au service funèbre de Le Gallic. Ces deux cérémonies ne se

ressemblèrent que par sa présence. Or-

tègue, dans un dernier codicille de son

testament, qui m’expliqua la conster-

nation du notaire dévot, avait exigé des obsèques civiles. Son aversion pour Le Gallic ne fut sans doute pas étrangère à cette volonté. Oh ! la triste aprèsmidi du commencement de novembre où nous le conduisimes au cimetière de Passy ! Il s’y était fait construire autrefois, fastueux même par delà la mort, un monument en marbre et en mosaïques. La foule se pressait derrière la dépouille du chirurgien illustre. Quel contraste, et de toutes manières, avec l’humble convoi du lieutenant obscur!

Après une messe basse, dite à huit heures à Saint-Thomas-d’Aquin, nous menâmes le corps à la gare Montparnasse, d’où il partit pour Tréguier. Le soldat breton allait dormir là-bas, dans le sol natal, celui où étaient couchés son père, sa mère, tous les aïeux qui s'étaient répétés en lui et dont il avait

partagé la foi. En comparant ces deux

enterrements, j'y vois un symbole. L'efficier a vécu dans la communion. Il est mort dans la communion. Il repose dans la communion. Mon pauvre maître reste solitaire dans la mort, comme il l’a été dans la tragique dernière heure de sa vie. J'entends encore sa voix me disant, si près de sa fin et d’un accent poignant : « Comme on est seul ! » Quand je passe devant ce cimetière de Passy, avec quelle émotion je contemple l'énorme mur de soutènement qui surplombe l'avenue Henri-Martin ! Je perce le haut remblai par la pensée, je vais, je vais, et je rencontre le caveau où achève de se dissoudre, dans le froid, dans le silence, dans la mort, cet homme consumé de génie et de passion qui fut Ortègue. J’ai pitié de lui. Je voudrais l'aider, et puis je me dis que, s’il souffre encore, ce n’est pas là.

Une autre personne se le dit comme moi. C’est sa femme. En ce moment même, je regarde, par la fenêtre, la pelouse qui verdoie sous les beaux vieux

arbres du jardin de la Clinique. Sur une chaise longue de malade, un soldat est étendu. Il a auprès de lui deux béquilles.

Un bandeau lui couvre les yeux. Il nous est arrivé aveugle et la cuisse fracassée.

Nous avons sauvé sa jambe. Nous ne pouvons pas lui rendre la vue. Auprès :

de lui, Mme Ortègue est assise, qui lui fait la lecture. Qu’elle est amaigrie et défaite! Son existence, depuis ces six mois, explique trop ce dépérissement.

Elle a vécu, oui, et elle vit, mais dans l’usure quotidienne d’une activité dépensée sans mesure au service de nos blessés. Avec la guerre qui se prolonge, nos salles, hélas ! ne désemplissent pas.

Beaucoup d’entre nous se lassent.

Mme Ortègue, non. Son dévouement des premières semaines faisait déjà notre étonnement et notre admiration.

Il fait, depuis la mort de son mari, notre admiration et notre effroi. Nous la voyons passer les nuits après les nuits, s’offrir pour les besognes les plus dures, les plus répugnantes, les plus dange-

reuses, Au moindre s0 __ ladie contagieuse, elle est à. E | | ses jours. Elle donne ses TT À donne sa vie. Pour moi qui connais s secret, j'ai souvent l'impression qu'il y a du suicide dans sa charité. On dirai b qu’elle s’efforce de satisfaire à la fois la à volonté contradictoire des deux hommes ; qui l’ont tant aimée : de vivre commele 24 lui a demandé Le Gallic, de mourir comme elle l’avait promis à Ortègue.

Pour obtenir d’elle un peu de repos, je l'ai priée de s’occuper en particulier de nos aveugles. Humble tâche ! « Mais, »

comme lui a dit l’abbé Courmont, qui s'inquiète, lui aussi, de cette santé me-.

nacée par un tel abus de ses forces, «il n’y a pas d’humble tâche de consolation. » C’est le prêtre qui a décidé son consentement. Le fait qu’il ait eu cette influence prouve qu’un travail s’accompht en elle. La nostalgie religieuse la tourmente. C’est la personnalité de Le !

Gallic qui continue d’agir sur la sienne, et cette belle âme, — comme il la dési-

gnait, — te si dès: si SE qu'Ortègue même, subitement rappelé à la vie, ne pourrait pas être jaloux de cette action. La noble femme ne désire si passionnément croire, que pour lui. Encore hier, — car elle cause avec moi à cœur plus ouvert, — elle m'avouait : | + — « Vous me reprochez de trop tra- vailler dans l’hôpital, mon ami. Je n’ai pas d’autre apaisement. Quand je suis trop accablée de fatigue, après avoir fait la journée et la nuit, je me dis :

« Si la croyance de Le Gallic est vraie, « s’il existe un autre monde, si l’âme «de mon mari n’est pas éteinte, si elle « est quelque part où elle souffre, peut- « être un peu du secours que j’ai donné « aux autres retombe-t-il sur lui. » Ce n’est qu’un souhait, et rempli de doute.

Quand je m’y abandonne, il-se fait en moi un calme inexprimable, comme si un merci m'était venu de quelque part...

Mais d’où? »

Cette simple question de femme ne

| vise à rien moins s qu à poser 2 et inévitable problème de a mis rt. Q se demande la Léna du malheur >

éternelle ou un rapport mystérieux entre les morts et les vivants ; si notre activité présente s’épuise en elle-même, ou bien si elle a un prolongement ailleurs dans un univers spirituel, principe pre- A mier et suprême explication de Punivers visible? Que ce prolongement existe, et la mort prend un autre sens, :

ou, plutôt, elle n’a de sens que si ce pro- | longement existe. Sinon, elle n'est .

qu’une fin, et quelle différence y a-t:l, en dehors de la douleur, entre une mort et une autre? Toutes se valent pour celui qui meurt, puisqu'elles l’anéantissent également. Ce problème, pourtant essentiel et que nous devrions tous avoir résolu, ou, du moins, médité, nous l’oublions dans le train ordinaire de la Aujourd’hui, comment ne pas en être obsédé, quand un cataclysme umiversel, cette immense et terrible guerre,

El Qt EE PL LE à QE Ar Ce ET De MR A CURE JC I CÉDE CINE S =« 2: j AT PEN

le pose tous les jours, toutes les heures, et pour combien de temps, d’un bout à l’autre de l’Europe, à des millions d'êtres, à ceux qui se battent et à ceux qui restent, à ceux qui succombent et à ceux qui survivent, aux individus, aux familles, aux pays, à notre humanité tout entière? Tant de sang, tant de pleurs versés ont-ils une signification ailleurs? Ou bien ce conflit mondial n'est-il qu’un frénétique accès de délire collectif, dont l’unique résultat serait la rentrée prématurée d'innombrables organismes humains dans le cycle des décompositions et des recompositions physico-chimiques? Au terme de ce long récit, c’est le problème aussi qui surgit. C’est à son étude que j'ai voulu apporter une contribution. Elle est apportée. Que vaut-elle?

J’ai dit, en commençant ces pages, que je les rédigerais comme un « mémoire », comme une « observation ». La :

qualité maîtresse d’un mémoire est d’être exact. Ces pages la possèdent. Je

ne Er 3:

peux leur rendre cette | Li ai pu m'empêcher de les écrire un trouble grandissant, à mesure qu | épisodes ressuscitaient devant mon venir, et le trouble n’est pas une at tude shentihique, Pleurer dans un mi- -croscope n’a jamais été une bonne condition pour y voir clair. Sur le point ie ë conclure, je m’essaierai à reprendre cette froideur intellectuelle, condition de toute objectivité.

Résumons done les faits dont le constat résulte de cette observation. Ils se groupent sous deux chefs. — Je vois, d’un côté, un homme supérieur, Ortègue, mumi de toutes les armes intellectuelles, comblé de toutes les faveurs de la destinée. La mort se dresse soudain devant lui. Il l’affronte avec une certaine doctrine. Il ne peut pas s’y adapter. La mort lui représente l’annulation de tout son psychisme sentimental, et les profondes énergies de sa vie affective se révoltent là contre. Elle lui représente l’annulation de son psy-

FE intellectuel. Ses élèves sans Ruis :

continueront son activité. Les malades qu’il a opérés lui survivront. Sa mémoire ne périra pas, mais la plus précieuse

acquisition de son travail, sa pensée, avec le trésor accumulé de ses réflexions, cette puissance d’associer sa personne, par la connaissance, aux lois éternelles, tout cela va s’abîmer dans le néant. Cet

écroulement total de son être, il finit par l’accepter avec une grandeur pathétique, mais c’est la grandeur d’une résignation foudroyée. C’est l'esprit se courbant, dans un geste d’impuissance désespérée, sous la pression de forces

irrésistibles, souveraines, pour lui mons-

trueuses, puisqu'elles ne l’ont produit qu’afin de l’écraser. Tel est le prenuer des cas considérés ici. — Je vois, de l’autre côté, c’est le second cas, un homme très simple, Le Gallic, homme d’action, mais d’une action si modeste.

Sareprésentationintellectuelle du monde semble bien modeste également. Il ne s’est pas formé sa doctrine, il l’a reçue.

savoir, à Fos sen de la vie, | sidu d’un long empirisme séculaire?

* ne

qu’il peut, d’après cette doctrine, offrir sa souffrance, offrir son agonie, avec la conviction d’une réversibilité de son holocauste sur ceux qu'il aime. Son psy-

chisme intellectuel s’y adapte pareillement. Lui-même l’aflirme, quand il

parle de « son salut ». Le salut, c’est de garder vivant le meilleur de son être.

Sa résignation est un enthousiasme, une joie, un amour. Où l’autre défaille, il triomphe. Où l’autre se renonce, 1l s’affirme. Pour un Ortègue, la mort est un phénomène catastrophique, qui tient du guet-apens et de l’absurdité. Pour un Le Gallic, c’est une consommation, un

4 x w vant lui aussi, la mort se dresse. C te

doctrine traditionnelle lui permet de l’ ac.

cepter aussitôt, d’en faire la matière de son effort, une occasion d’enrichissement pour lui-même et pour les autres. Son psychisme sentimental s’y adapte, puis- F

in Wa ec put DELT PAT à Fe CRAN] PE er dti te ARR "> Ur À pedh Qu Le

u LE SENS DE LA MORT 307

accomplissement. Que conclure? Que des deux hypothèses sur la mort dont J'ai pu contempler la mise en œuvre chez ces deux hommes, l’une est utilisable, l’autre non. Je m’en rends bien compte, cette formule est simple jusqu’à sembler puérile. Pour moi, avec mon tour d'intelligence particulier, j'en conviens, elle est chargée de telles conséquences ! Mon éducation clinique veut que l’apphication soit, à mes veux, l'épreuve définitive des théories. En médecine, je n’admets que la vérité vérifiée, c’est-à-dire agissante, donc expérimentale. De ce point de vue, si étrange que soit ce déplacement de position, un Le Galhe me paraît plus scientifique qu’un Ortègue, plus près d’un Magendie montrant une expérience à Tiedemann, et comme celui-ci lui objectait : « Et la loi de Bichat? » — « Je n’ai pas à me préoccuper de cette loi, » répondait Magendie. « C’est elle qui à tort, si mon expérience la contredit. »

Rs à moi, et j'en he cett formule : la mort n’a pas de sens si elle Ms nest ‘qu une fin ; elle en a un, si elle € est Ÿ un sacrifice. — Fnère parenthèses, qui le langage a de richesses cachées, et que ce mot sens est profond, avec sa double | valeur de signification et de direction!

— Mais le sacrifice lui-même doit avoir un sens. Nous croyons saisir ce sens très clairement dans certains cas : un Delanoë, un Dufour, offrent leur vie dans la | tranchée, pour leur pays. La somme de ces dévouements constitue l’armée. Elle sauve ce pays. Rien à dire sinon que c’est le présent s’immolant à l’avenir, et l’on ne voit pas de quel droit l’avenir, qui n'est pas encore, réclamerait ce privilège, s’il n’y avait pas un ordre impératif donné par la conscience, laquelle en reçoit la révélation d’ailleurs.

Et nous voici de nouveau à la question de Mme Ortègue : « Mais d’où? » Et puis, quand le sacrifice n’a pas de résultat

dévoué n’en reçoit Dés bienfait, ne le be de même pas?

Mme Ortègue s’est trouvée au chevet de Le Gallic à temps pour l'entendre

soldats sont portés « disparus », qui se sont fait tuer pour des camarades, et ceux-ci ne l’ont pas su, ont été perdus peut-être malgré ce sacrifice. Le sacrifice n’en a pas moins existé. Pour qu'il ait un sens, il faut donc qu’il y ait, en l’absence de témoins humains, quelqu’un pour le recevoir, un esprit capable d’enregistrer l’acte que l’homme fait pour l’homme, quand cet acte n’a aucun résultat et qu'aucun homme ne le connaît. Si ce témoin des dévouements inconnus et inefficaces n’existe pas, ces dévouements sont comme s'ils n’avaient pas été. Tout en nous se révolte là contre. D'autre part, ce témoin, cette conscience, juge et conservation de la nôtre, ne se rencontre pas dans le monde

__ offrir sa vie à son intention. Elle pouvait ne pas y être. Tous les jours, des

cette Pots physique moe pie et je me souviens d’une: ph

terme fiène longue discussion sur pe périence religieuse, le physiologiste américain William James, un des savants les … plus sincères que j'aie rencontrés, les plus soumis à la discipline du fait :

« Je crois que par la communion avec l’'Idéal, une nouvelle énergie entre dans le monde, et donne naissance à des phénomènes nouveaux. » Qu’entendait-il par l’Idéal? Une force, puisqu'il est une source de force. Source également d’intelligence, il doit être une intelligence.

Source d'amour, il doit être un amour.

Il ne peut pas y avoir dans le conséquent ce qui n’était pas virtuellement dans l’antécédent. William James disait encore de notre psychisme supérieur « qu’il fait partie de quelque chose de plus grand que lui, mais de même nature quelque chose qui agit dans

nir en en « C’est le commentement du edo, rédigé en d’autres termes, » m'a

répondu l'abbé Courmont, l’autre jour,

comme Je Îui citais ces deux textes.

« Notre : Je crois en Dieu le père tout- | | puissant, maïs n'est-ce pas ce quelque e chose de plus grand, et de même na- | ture? n’est-ce pas ce: qui peut lui venir

en aide? William James parle d’une nouvelle énergie qui entre dans le monde.

Que disons-nous de différent : descendu des cieux pour nous autres hommes? »

Je l'écoute. Et depuis que j'ai vu :

mourir Le Gallic et Ortègue, la plénitude morale d’une de ces agonies et la

détresse stoïque, mais si dénuée de l’autre, il ne m’est plus possible de donner tort à ce prêtre, expérimentalement, et pas davantage quand il ajoute, faisant allusion aux troubles de Mme Ortègue, et aux miens, j'imagine, car il est si fin :

— « Avec quelle douleur les pauvres

âmes tourmentées d'aujourd'hui auront cherché la vérité, qui était là, toute simple, à leur portée! Mais cette dou-

leur dans la recherche n'est-elle pas une”

prière? Quand nous sentons que Dieu nous manque, c’est qu'il est tout près. »

Paris. Mai-août 1915.

ee RER |, RE ee PARIS. — TYPOGRAPHIE PLON, 8, RUE GARANCIÈRE. — 1999. 51984,

PTE æ

sure cirque MA Joe. CAS

EE

A S ontne D Ge D ps Sy And ete à ns te = = : . es re D À Pt Poe ee de de ane . . e ns RC ER VU le Ex Re mn .

Lai ES x Lee ne " = È r Kaene * Diop n à .. y © deu pe D - . .. se ee Sam à ah 2 due à Led à o tn RARE - em à “4 ; L. trèr nr

ESS mate LOS DE :

CORCTS AT TIL ES 4-4 - pa

ne

rte

HER ‘ 4 A vs , FER HAT 2 HS à Tati re N'RAATELET “ A CS sl 1 qu M0 . a matt »

de a X le CONTENT re ERes “nd SO AU Au

th Mérite «in Ki NUIT ATENENTT) run Rein NC

Page 1