‹ Le sentier des larmesChapitre 13 sur 37 · L'ABANDON · texte numérisé non relu

L'ABANDON

LA MERE DENUEE.

Mon enfant va mourir ; je n'ai plus moimême de quoi vivre, mais je suis assez vieille pour faire une morte. Acceptez ce pauvre petit, abritez-le, sauvez-le de la faim, bon monsieur.

LE GOUJAT GALONNÉ DE l'aSSISTANCE.

On vous le prendra, c'est la loi... Mais vous devez être avertie d'une condition expresse, sans laquelle il n'y a rien de fait.

la mère.

Toutes les conditions... ma vie, si vous la désirez.

LE GOUJAT GALONNÉ

Votre vie ! que voulez-vous que j'en fasse ! L'entretien de ce gosse va coûter à l'admlmstration. Il faut qu'elle y trouve son compte.

LA MÈRE

Tout ce que j'ai, bon monsieur.

I, AHAMfON ()()

LF, COI JAT fiAI.ONM';.

Vous n'avez licii... (\uc noIic inniiir. II laiil nous ral)and()nnt'r en toule pioprif-lé.

LA MKUi:.

Qu'esl-ce que cela veut dire?

LE GOIJAT r.ALO.NM':.

Que si nous le prenons vous ne devez plus le revoir.

LA MÈRE

Xe plus le revoir... jamais?

LE GOUJAT GALONNÉ

Jamais... jusqu'à sa majorité. Alors, s'il lui plaît de retourner chez vous... ce sera son affaire.

LA MÈRE

Ne plus le revoir... y pensez-vous?

LE GOUJAT GALONNÉ

Je ne vous oblige pas à le laisser,., emportez-le.

LA MÈRE

Il sera mort demain.

LE GOUJAT GALONNÉ

Peu importe à l'administration. L'Administration ne s'occupe pas de la vie des administrés. Il ne faut pas qu'elle y perde. Voilà tout.

i<»() Lr:s uo.Ncts in ciie.mi.n

LA MÈRE

Monsieur... vovez ma douleur. De toute

manière, c'est le désespoir.

LE GOrJAT flALONNK.

Du tout. C'est le règlement. Il n'y a fju'à vous soumettre.

LA MÈRE

Le règlement est un sauvage.

LE GOUJAT GALONNÉ

Vous insultez l'administration. Un mot de plus, je vous fais boucler.

LA MÈRE

0 charité laïque !

LE GOUJAT GALONNÉ

Vous outragez le gouvernement. Je vais appeler un sergent de ville.

LA MÈRE

Je suis la plus faible... Je vous fais des excuses.

LE GOUJAT GALONNÉ

II était temps... Maintenant décidez-vous.

LA MÈRE

Prenez-le... adieu! adieu! mon enfant.

Dans vingt ans, je ne serai plus qu'un peu de poussière, et tu ne sauras ni mon nom, ni ma tombe. Je crois cependant que mes

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