L'ABANDON
LA MERE DENUEE.
Mon enfant va mourir ; je n'ai plus moimême de quoi vivre, mais je suis assez vieille pour faire une morte. Acceptez ce pauvre petit, abritez-le, sauvez-le de la faim, bon monsieur.
LE GOUJAT GALONNÉ DE l'aSSISTANCE.
On vous le prendra, c'est la loi... Mais vous devez être avertie d'une condition expresse, sans laquelle il n'y a rien de fait.
la mère.
Toutes les conditions... ma vie, si vous la désirez.
LE GOUJAT GALONNÉ
Votre vie ! que voulez-vous que j'en fasse ! L'entretien de ce gosse va coûter à l'admlmstration. Il faut qu'elle y trouve son compte.
LA MÈRE
Tout ce que j'ai, bon monsieur.
I, AHAMfON ()()
LF, COI JAT fiAI.ONM';.
Vous n'avez licii... (\uc noIic inniiir. II laiil nous ral)and()nnt'r en toule pioprif-lé.
LA MKUi:.
Qu'esl-ce que cela veut dire?
LE GOIJAT r.ALO.NM':.
Que si nous le prenons vous ne devez plus le revoir.
LA MÈRE
Xe plus le revoir... jamais?
LE GOUJAT GALONNÉ
Jamais... jusqu'à sa majorité. Alors, s'il lui plaît de retourner chez vous... ce sera son affaire.
LA MÈRE
Ne plus le revoir... y pensez-vous?
LE GOUJAT GALONNÉ
Je ne vous oblige pas à le laisser,., emportez-le.
LA MÈRE
Il sera mort demain.
LE GOUJAT GALONNÉ
Peu importe à l'administration. L'Administration ne s'occupe pas de la vie des administrés. Il ne faut pas qu'elle y perde. Voilà tout.
i<»() Lr:s uo.Ncts in ciie.mi.n
LA MÈRE
Monsieur... vovez ma douleur. De toute
manière, c'est le désespoir.
LE GOrJAT flALONNK.
Du tout. C'est le règlement. Il n'y a fju'à vous soumettre.
LA MÈRE
Le règlement est un sauvage.
LE GOUJAT GALONNÉ
Vous insultez l'administration. Un mot de plus, je vous fais boucler.
LA MÈRE
0 charité laïque !
LE GOUJAT GALONNÉ
Vous outragez le gouvernement. Je vais appeler un sergent de ville.
LA MÈRE
Je suis la plus faible... Je vous fais des excuses.
LE GOUJAT GALONNÉ
II était temps... Maintenant décidez-vous.
LA MÈRE
Prenez-le... adieu! adieu! mon enfant.
Dans vingt ans, je ne serai plus qu'un peu de poussière, et tu ne sauras ni mon nom, ni ma tombe. Je crois cependant que mes