‹ Le sentier des larmesChapitre 12 sur 37 · RENONCEMENT · texte numérisé non relu

RENONCEMENT

0 la joie profonde, ù la joie puissante et impérissable, assez pleine de caresses et d'enivrements, assez riche en idéales fomentations pour nous faire oublier la coupe aux délices hautaines, le vieux calice de l'orgueil. Et cependant il est oubhé ce Vas spirituale pendant la phase des ravissements, au cours trop vite accompli, de cette diane du bonheur, de cette chanson d'aurore saluant la candeur du Réveil. La plus pure des âmes, celle revêtue des blanches robes, celle dont la volonté n'aspire qu'à l'ascension dans l'azur est, en pleine innocence, saisie et conquise par cette volupté d'en-bas qui sait emprunter les couleurs et les attirances du ciel. Il y a même souvent, hélas ! l'illusion du martyre et du sacrifice, car à cette Fontaine aux splendeurs douloureuses la rare mesure des

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Ciwis (hniccs n'tMjjiIo jamais le. (IrchaîiiciiKMif (les llols aniers. Mais ("01111110111, oublier les minutes d'exlase ruçjilive mal(jré Tliorreur prolongée de riuévitable expiation?

Ouelle tentalion, presque impossible à vaincre, que cette réalité si oj)ulente en rêves et dont l'emblème peut être ainsi formulé : « Eden immense, Eden sans limites, dont un (jéani, trois fois centenaire, ne pourrait suivre toutes les {dlées, aux fruits sans nombre, tous dissend)lables de forme et de parfum, mais inspirant tous la folie de l'ame, rinévilable vertiqe des sens ».

Et non seulement il est à votre portée, mais il vous entoure, vous assiège et vous presse, ce magnifique Jardin des lèvres ! Et, à rencontre du paradis de nos premiers pères où un seul fruit était défendu, en ce pandémonium féerique il n'est permis d'en choisir qu'un seul. Et tous vous appellent, tous vous incantent, tous deviennent séducteurs et charmeurs et multiplient au centuple les anneaux du serpent mystérieux.

Tel est le singulier, l'infernal cortège qui nous accompagne sur le chemin du ciel. Il s'attache à nous, il nous persécute, il nous énerve de mélodies langoureuses, ou nous assourdit d'énormes clameurs. Il prend

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iiioiiic la ^oix des philosophes pour nous dire : « Votre ciel ! votre ciel ! il est sur la terre et dans vos bras ! Goûtez-le tant que le hasard vous prête vie, il n'y a que les aveugles qui lèvent en haut leurs regards éteints ».

Pourtant il faut continuer notre route vers l'inaccessible dôme du firmament. Il faut mettre en œuvre toutes nos énergies corporelles pour gravir cette montagne du salut qui n'admettra point la présence de nos corps. Aux derniers jours du voyage ces corps épurés, ces corps revêches, ces corps rejetés comme des manteaux vieillis, serviront de jonchées aux nobles piétinements de nos âmes, de tremplins propices à l'élan de nos esprits radieux. Quelques saints nous diront qu'il serait plus beau d'entrer vêtus de corps immaculés nous servant de robes nuptiales. Avec tout le respect que nous devons à ces élus clairsemés on peut, sans doute, répondre que pour conserver, en un tel voyage, une tunique sans tache il faut avoir bien peu marché et s'être fait souvent porter par les anges. Nous savons que les vêtements éclaboussés seront bannis du Royaume divin, mais nous les dépouillerons à la frontièie

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célesle, el les olirruhiiis ([ui n'abaisseront pnini sur eux leurs rerjards étiiicelants ne nous exileroni pas pour un peu de faufje et (.le poussière.

GOUJATS GALONNÉS

Tel est le nom, heureux je crois dans sa concision énergique, le nom attribué par moi à ces pierres vivantes d^ achoppement semées dans les capitales pour exercer la patience des sages et nullement pour protéger un Ordre qui se maintient à peu près tout seul. La langue officielle les nomme : Gardiens : gardiens de colonnes, gardiens de squares, gardiens de musées, gardiens de prisons. Moi je dis, simplement, en une langue accentuée : goujats galonnés. Tous assommeurs au moral et quelquefois au matériel. Vous ne pouvez pas contempler un monument, un jardin, un chef-d'œuvre, sans que vos rayons visuels soient blessés par un képi ou un chapeau à claque recouvrant une tête d'ours mal léché qui roule des yeux terribles et aiguise des mâchoi-

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res brutales, sous roiiibrc iiiquiclanle d'une liarl)e Ijroussailleuse que le jus de la pipe déslioncjra. En Angleterre ces llil)ustiers-Ià portent des bâtons; en France on ose les pourvoir d'épées, ostcnsih/ctnrut^ sans oul)lier la Iburniture du casse-tùte dissimulé aux doublures profondes. Est-il admissible qu'un intellectuel, tandis que sa raison plane aux sphères du troisième degré, ait l'ouïe outragée par cette interpellation en grognement de porc :

— On ne passe pas!...

— Mais oui, on passe, triple brute, même sur ton corps bien flatté, sans doute, de nous servir de marchepied.

— On ne se chauffe pas dans un musée...

— Mais oui, on se chauffe, butor quintessencié, même en battant la semelle sur ton derrière peu coutumier d'un pareil honneur !

Quand on leur résiste dûment, en les regardant dans le blanc des yeux, ils ont l'habitude de battre en retraite, non toutefois sans cette objection.

— Si tout le monde faisait comme vous...

— Mais, vingtième puissance de buse, est-ce que nous sommes tout le monde ! Le zéro appointé qui t'a donné ta consigne ne

(jij LES RO-NCES DL CHEMIN

t'a donc pas appris à distinguer un penseur d'un margoulin !

Quant à obtenir de ce qu'on appelle les autorités le redressement des torts émanés d'un GARDIEN, il n'y faut songer qu'en sacrifiant plusieurs jours de sa vie. Plusieurs jours où la juste colère, la sainte indignation, la perpétuelle révolte de l'âme vous interdisent toute méditation et tout labeur. J'ai expérimenté ce travail d'Hercule et j'ai fait l'addition du temps perdu. Deux jeunes mariés causaient sur un banc de promenade. Ils ont ignoblement été invectives par le cerbère préposé à l'ordre. J'ai employé quinze heures à faire destituer ce malandrin. Des gabelous avaient arrêté une femme et la tramaient par les cheveux. Je m'interpose, et vingt-deux heures sont nécessaires pour qu'une mise à pied temporaire soit prononcée contre les bandits. Ces petites infamies sont spéciales à notre pays bien-aimé. Dans les galeries d'Outre- Manche vous rencontrez des gentlemen sans boutons de cuivre et sans visière qui, respectueusement, vous accompagnent. A Utrecht, en Hollande, je passais fortuitement devant une caserne; tout le poste est sorti et m'a présenté les armes. Même à

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(^o/of/ne y-di été l'objet d'égards, et une calèclie à deux clicMaux m'a couduil (jratuitenient à l'einharcadèie.nuel di'sespoir tl'étre Fraiieais, Irihulaire des (joiijdls (jdhtnuf'.s !

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