‹ Le sentier des larmesChapitre 26 sur 37 · VIEILLE GARDE · texte numérisé non relu

VIEILLE GARDE

J'avais de sérieuses craintes pour celle représentation de mon œuvre, que le hasard, — toujours obligeant, — me coUoquait au jour le plus brûlant de l'été. Le public ne comprendra jamais que l'on s'expose à des bouffées tropicales pour entendre proférer un verbe de vérité et de beauté ! Oui, sans doute, s'il s'agissait de la reine Yvette ou du pétomane, mais du grand art, de la haute passion, de la morale transcendante, non accompagnés d'exhibitions humérales ou crurales, à quoi bon ! quid prcdest ! Le pubhc phallophile ne se dérangera pas. Je songe à une autre guitare, les amis. Ah! les amis! c'est pis encore. Quelques exceptions, aussi rares qu'honorables, mises à part, ceux-là fuiront jusqu'en Chine ou, amenés de force, boucheront leurs oreilles. Les passants désœuvrés s'attable-

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rouf aux l)rass cries. En cello cnniculo on rcfiiS(MM mes J)illets de faveur...

J'ai la chance d'ôtre visité par un souvenir hizarre el loinlain. .le suis inonlé, moi aussi, sur les planches — car ce sont encore des planches — non des tréteaux forains, mais des tril)unes tumultueuses où, passionné contre Tenvahissante irjnominie, j'ai si Longtemps maudit le J)anditisme des tyranneaux et la lâclieté des porteurs de joug. Dans ce peuple misérable j'avais réussi à galvaniser quelques âmes et de chaudes acclamations, — mes seules récompenses, — avaient souvent bercé ma palpitante colère sur la houle de leurs remous glorieux. C'était, bien entendu, à la basse plèbe, au monde des petits détaillants qu'appartenaient mes enthousiastes, aux quelques séries honorées encore, où le métal jaune n'a pas pénétré avec ses flétrissures et ses contaminations.

Je songeai donc à ces braves pour suppléer à la multitude indifférente ; je me répétais : Ceux-là viendront ! et comme, dans les plus graves matières, l'ironie conserve ses droits, je dis à l'un de mes fidèles : je convoque le Chœur des épiciers.

— Oh! mon cher, y pensez-vous? toutes

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clioses voiif être dépoétisées. De grâce, ne le convoquez pas.

— Quelle erreur. C'est une poésie spéciale, voilà tout; elle en vaut d'autres... Je convoque.

— Alors je ne viendrai pas... je ne veux pas être témoin. .

— Xe venez pas. Mes confituriers me suffiront.

Et je me hâtai de faire mon appel hétéroclite.

J'arrivai sur mon champ de hataille navrant de solitude et de taciturnité. Il y avait les machinistes, les ouvreuses... et les lumières. Quelques spectateurs imprévus, d'une consistance indéfiuie, d'une qualité impossible à préciser.

Mais, tout à coup, un brouhaha... le Chœur arrive, le Chœur se précipite : il marche en rang, comme une armée, et marque le pas, comme un bataillon. A mon signe il vient livrer /'assaut. Ayant traversé les chaussées, il emmène, avec lui. Tinconsciente badauderie, et voici que la salle regorge d'une étrange foule. Le Chœur ne se contente pas d'applaudir, habitué à la fièvre des harangues, il crie à tue-téte les

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sciiliiiioiiis ({iii l\iiiini('iil. L'ac(iiiir;.(i<>ii csl contagieuse et je me crois rendu à mes rostres victorieux. Mélassiers et lierhorigtes, grâces vous soient rendues ! Bi'a\o et merci, ma vieille garde !

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