‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 10 sur 157 · Crépuscule^ de Victor Hugo (Contemplations · texte numérisé non relu

Crépuscule^ de Victor Hugo (Contemplations

4. Génie du C7/im<tanisme, l""^ partie, liv. V, |ch. xii; Mireille, v. 324 etsuiv. ; Leopardi, -(4/Za luna, Canto notturno di un pastore ; Lenau, Der Postillon (nuit de mai). Nous reviendrons dans la 3« partie sur les « nuits» de Chateaubriand.

5. La vie d'un paysage à travers les saisons (il s'agit d'un parc) est décrite de façon saisissante dans Dominique (éd. Pion, p. 56 et suiv.).

aspects du ciel et de la végétation. A peu près exacte pour la zone méditerranéenne, elle a contribué à la légende du « joli mois de mai », qu'on s'étonne chaque année de ne pas voir continuellement beau dans le nord de la France, alors qu'il est essentiellement pluvieux dans ces contrées.

Si nous prenons pour type la région parisienne, voici les principales étapes qu'on peut relever pour le paysage dans le cycle de l'année. L'hiver (mi-décembre à fin février) est caractérisé par l'alternance irrégulière de périodes froides et tièdes : les premières, sous les fortes pressions, avec des gelées ensoleillées, ou, au début, des brouillards à givre, tandis que les dépressions provoquent les chutes de neige; les séries tièdes offrent des temps doux et clairs, plus souvent des brouillards qui se résolvent en bruines fines, tandis que les dépressions amènent les fortes pluies avec éclaircies. La difterence de coloris dans le ciel s'accuse très nette entre les « jours bas » de décembre et les clartés plus lumineuses de février.

Au premier printemps, le ciel est souvent gris, les coups de chaleur succèdent volontiers aux averses. Les bourgeons se gonflent le long des branches et éclatent sur les essences précoces; les premières fleurs apparaissent sur les arbres, dans les clairières, et sur les talus ensoleillés avec les violettes; les chants des oiseaux annoncent les premières couvées. Vers la mi-avril Taspect du paysage se modifie complètement : le temps devient très instable; les ciels, fréquemment lavés par d'abondantes chutes de pluies, sont les plus clairs de l'année, provoquant le rayonnement nocturne et la fraîcheur des nuits ; la poussée de la sève bat son plein : c'est l'époque de la jolie

verdure tendre des arbres et des prairies où les fleurs se multiplient en semis diaprés — , pâquerettes, cardamines, renoncules d'eau — , comme un peu plus tard dans les bois (stellaires, etc.). /

L'été marque aussi deux étapes principales. En juin et juillet, c'est l'exubérance de la végétation : les frondaisons ont atteint leur croissance maxima et gardent encore leur fraîcheur; à l'ombre épaisse des bois éclosent les fleurs rares et discrètes, comme l'orchis; les prairies où l'insecte pullule ont toute leur splendeur sous leurs forêts de graminées et de marguerites, et bientôt c'est le tour des céréales peu à peu dorées, piquetées par l'éclat des bluets et des coquelicots : saison des violents coups de chaleur et des orages brusques. La seconde période jde l'été dénote au contraire une accalmie et un épuisement de la nature : la sève est arrêtée, les oiseaux ne chantent plus; les forêts silencieuses, où la fleur a disparu, ont un aspect plus sévère, jusque dans leur feuillage d'un vert dur assombri; les prés fauchés, les blés coupés perdent successivement leur toison; l'insecte, le serpent disparaît ou rentre; la température s'équilibre, par les années normales, en une chaleur lourde et continue, même la nuit, et plus rarement interrompue d'orages.

L'automne prolonge d'abord, en l'accentuant, le calme atmosphérique, mais les nuits s'allongent, le thermomètre baisse lentement, présageant les'rosées abondantes et les premières fraîcheurs nocturnes; la nature retrouve de nouvelles forces pour la croissance et la maturité des fruits, comme pour les regains des prés. Puis la morsure des premières gelées fait affleurer le sang sur les ramures, sang rouge, lie de vin,

orangé, doré; d'autres feuilles au contraire se ternissent en se recroquevillant ; et elles tombent bientôt, les unes après les autres, sous la poussée des vents ; le ciel se brouille, son éclat s'atténue, les brumes se lèvent matin et soir, et bientôt les pluies fines et douces, tenaces et boueuses, assombrissent les jours plus bas et enlizent les chemins. Insensiblement mais rapidement novembre mène à l'hiver.

Il y aurait des variétés infinies à noter suivant les régions sans sortir de la France : hivers rigoureux de Test avec automne précoce et printemps tardif; prolongement, dans le centre, de l'arrière-saisonqui jette le manteau violet des colchiques et des fleurettes mauves sur les prés et les éteules; précocité du printemps dans l'ouest; hivers ensoleillés et tièdes de la Côte d'Azur. Dans la montagne, le développement de la végétation, resserré sur une période plus étroite, se manifeste en revanche avec plus d'exubérance en juin et juillet, surtout par l'éclosion d'une flore éclatante et sans rivale*; après les hivers de neige et de gel persistants, le premier printemps y présente un aspect farouche tout particulier :

Le printemps, qui apporte ailleurs le sourire de la nature réveillée, se si^ale ici par le déchaînement formidable de toutes les forces brutales de la montagne : écroulement d'avalanches, tempêtes qui grondent, rochers qui sautent et culbutent avec des bruits de tonnerre, torrents qui gonflent en une mût, roulant dans leur vertigineuse écume les pierres et les arbres déracinés : toute une mer endormie par le gel hivernal, et qui, au souffle du Jœhn, dans la colère de son brusque réveil, s'enfle, s'irrite, menace de tout submerger '.

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