Cf. A. Dauzat, Mers et montagnes d'Italie, p
2. A. Dauzat, La Suisse moderne, p. 36. Cf. aussi Bûrger, Das Lied vom braven Manne,
aa LE SENTIMENT DE LA NATURE
Comparez le printemps du Midi, d'après Pétrarque
{Canzoniere) :
Zéphire revient et ramène le beau temps, et les fleurs et l'herbe, sa douce famille, et le gazouillement de Progné et la plainte de Philomèle, et le printemps blanc et vermeil. Les prés rient et le ciel se rassérène; Jupiter se réjouit d'admirer sa fille; l'air, l'eau et la terre sont pleins d'amour; chaque animal songe à aimer.
Voici maintenant un paysage hivernal de l'Europe centrale :
La plaine est blanche, si étincelante et pure, dorée par l'éclat du soleil ; l'air bleu est tranquille ; clair comme cristal resplendit partout le manteau de la campagne.
Le rayon delumière se brise dans la glace : il scintille, bleu, rouge et blanc, et change sa couleur. Hors de la neige fait saillie, dénudée et crépue, la gerbe du buisson.
Les branches à la ronde, empennées par l'haleine du givre, sont agitées par le vent léger aux rayons du soleil. Là-bas de l'arbre tombe en poussière le duvet des flocons comme une fine pluie de fleurs ^.
Montrons enfin pour terminer — et ceci nous amènera naturellement aux éléments mixtes du paysage — comment les saisons sont vues par le peintre :
Au printemps, les couleurs sont tendres et brillantes à la fois; les verts sont faits avec les couleurs les plus éclatantes peut-être qui se trouvent sur la palette : c'est le triomphe de la gomme gutte, du chrome clair, du jaune indien, du vert Véronèsc... Nulle autre [saison] ne lui olTrira [au peintre] ces finesses de ton, ces transparences de coloration qui donnent tant de charme au printemps...
La force, la puissance caractérisent l'été dans l'ensemble et les détails : point d'écarts ou d'excentricités de colorations... La nature est alors dans toute sa force et d'un aspect plus sévère qu'au printemps... C'est la vraie saison du dessinateur, qui peut chercher et suivre les formes variées des feuillages dans les détails, la silhouette et l'ensemble.
1, J-G. de Salis-Seewis^ Winterlied,
L'automne est 1' « époque rêvée du coloriste » :
C'est surtout vers les forêts que se dirigent à ce moment les peintres, c'est là surtout que va se dérouler devant eux un spectacle vraiment féerique. Le bouleau chante la première note dans ce concert universel : son feuillage léger et d'un gris argenté emprunte à l'ocre jaune et au brun rouge leurs tons finement brillants; puis viennent le hêtre et bientôt le chêne, qui, dans leurs masses touffues, offrent toutes les couleurs du prisme, le rouge, le jaune le plus intense, au milieu desquels quelques groupes plus jeunes ou mieux conservés jettent les accents suraigus de leurs rameaux verts.
L'hiver môme offre, dans ses divers aspects, des beautés de premier ordre, quand le soleil de décembre vient briller d'im pâle éclat et faire étinceler le givre sur les branches noircies de nos arbres, ou quand la plaine, revêtue d'un manteau de neige éclatante et mate, se détache dans de lointains horizons sur un ciel d'un noir lourd et bistré... L'hiver est aussi particulièrement propice aux études des terrains *.