‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 101 sur 157 · Lucrèce, liv. II, début · texte numérisé non relu

Lucrèce, liv. II, début

9. Odes, I, 9. Notons aussi l'impression de crainte dans la foret, finement décrite par Horace (Odes, I, 23).

Virgile est allé plus loin. C'est l'écrivain romain le plus ému, le plus moderne \ l'auteur du vers célèbre sur les larmes des choses. Ses paysages, malgré leur brièveté, sont plus tendres, plus humains, plus subjectifs. On a pu s'en rendre compte par quelques-uns des exempUs précédents. On pourrait en citer beaucoup d'autres. Renvoyons seulement au célèbre passage des Géorgiques dans lequel il associe l'amour de la nature à la connaissance de ses lois, et qui se poursuit par cette apostrophe émue :

Les campagnes me plairaient, et les rivières qui baignent les vallées ; j'aimerais les fleuves et les forêts, sans gloire. Oh! où sont les plaines du Sperchios, et le Taygète parcouru par les virginales bacchantes de Laconie ! =*

On trouve encore, après l'âge classique, d'intéressantes visions de la nature. Mais il semble qu'elles se fassent plus rares, moins spontanées surtout, plus recherchées, moins pittoresques et moins senties. Nous rappellerons comme morceaux caractéristiques la destruction de la forêt de Marseille dans la Pharsale % le joli souvenir que Pline le Jeune à consacré a Gôme, « ses délices » *, et quelques derniers reflets dans la littérature chrétienne, chez Minutius Félix* et surtout chez Ausone ®. Le sentiment ne s'est pas développé depuis Virgile, au contraire ; pour la forme

1. Dans le même sens, V. de Laprade, op. cit., pp. 387 et suiv.

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