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LE SENTIMENT DE LA NATURE ET l'iNDIVIDU 279

billonnait parmi les cailloux, ou quaud je voyais la première ondulation d'un lointain contre le soleil couchant, ou le premier mur bas, moussu, brisé de la montagne *.

Et ailleurs, en rappelant ses impressions de jeunesse :

Ce sentiment était, selon sa force, inconciliable avec tout mauvais sentiment, tout dépit, toute colère, toute convoitise, tout mécontentement et toute autre passion haineuse, mais il s'associait profondément avec toute tristesse, toute joie et affection justes et nobles-.

Moins ému et plus intellectuel, l'amour de la nature nous incite à mieux la connaître, à étudier ses aspects, ses formes, ses phénomènes : il pousse à la curiosité ; il fait pénétrer les ressorts secrets de la vie universelle. C'est le sentiment du savant — après celui de l'artiste.

Et voici celui du philosophe. C'est la conscience des rapports entre l'individu et le milieu physique. Profondément imprégné par ces facteurs primordiaux : climat, relief, configuration du sol, eaux, cultures, — attaché à la terre ancestrale par mille liens invisibles et puissants, l'homme est solidaire de la nature. 11 doit donc, suivant la haute et forte maxime stoïcienne si souvent déformée, vivre conformément à ses lois. La nature lui enseigne la loi de TefTort comme aussi celle de la mesure et de la résignation. Et si elle lui montre le peu que nous sommes en face des forces formidables du monde, en revanche elle lui donne conscience de la valeur de l'intelligence qui domine et maîtrise parfois la vie amorphe et inconsciente de l'univers.

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