CHAPITRE III
Les éléments du paysage doivent maintenant être étudiés au point de vue purement subjectif. Les réactions qu'ils produisent sur nous se hiérarchisent en plusieurs degrés, suivant leur complexité, et selon les transformations qu'ils subissent dans le cerveau de l'homme d'après sa plus ou moins grande culture intellectuelle.
Les plus simples et les plus communes à tous sont les impressions directes. En première ligne, les effets physiologiques.
Les sensations physiques que nous donnent la campagne et le grand air sont, historiquement comme logiquement, à la base du sentiment de la nature. Si l'homme s'est plu peu à peu aux prés, aux champs et aux forets, s'il s'est pris à les aimer en dehors de tout point de vue utilitaire, n'est-ce point d'abord et avant tout à cause de leurs effets salutaires sur son organisme, en raison du bien-être qu'il éprouvait en leur compagnie, principalement en sortant des villes ou d'un logis étroit et sombre? L'action calmante, lénifiante ou tonique du grand air, — qu'il s'agisse de la simple campagne, de
l'altitude, de la brise marine ou des effluves des bois — a été connue de tout temps, et l'individu en a très nettement conscience : il se trouve ainsi dans des dispositions sympathiques pour le milieu qui l'environne. Cet état d'esprit est encore favorisé par certaines conditions atmosphériques et climatiques : une température douce, surtout si elle succède à une période de froid, une période ensoleillée après des jours de pluie et de brume, ou la fraîcheur au lendemain de chaleurs caniculaires. Une faut pas chercher ailleurs la faveur dont ont toujours joui certaines saisons comme le printemps et le premier automne, tels pays comme l'Italie, ou les côtes marines et les montagnes dans les contrées affligées d'étés torrides.
Mais ces impressions d'ensemble demandent à être détaillées et analysées. Il faut noter les effets physiologiques produits sur nous par les couleurs, les sons, les parfums, pour retrouver les éléments primordiaux qui concourent à former le sentiment de la nature.
Opposons d'abord à cet égard l'ombre et la lumière, avec les deux extrêmes absolus, la nuit et le jour.
Le noir, qui n'est pas une couleur, mais l'absence de toute couleur, assombrit, attriste. Généralisé par l'obscurité du paysage, il engendre la crainte : sentiment instinctif et primitif qu'éprouvent toujours les enfants, et dont l'homme a souvent du mal à se libérer. Rousseau l'a dit très justement : «. La nuit effraie naturellement les hommes et quelquefois les animaux'. » Il note la terreur produite par les grandes