‹ Le sentiment de la nature et son expression artistiqueChapitre 63 sur 157 · Génie du Christianisme, 3« partie, livre I, chap. viii · texte numérisé non relu

Génie du Christianisme, 3« partie, livre I, chap. viii

ranimation, Tagitation, la vie de la mer, où l'immensité de l'horizon vide n'est relevé par aucun accident de terrain, n'est animé ni par la fraîcheur de la rivière, ni par les panaches des rameaux. La plaine cultivée — telle la Beauce — a cependant ses aspects vivants, lorsqu'elle ondoie au printemps comme un océan de verdure, et, plus encore, lorsque la crinière dorée des blés murs et penchants est piquetée par les aigrettes éclatantes des bluets et des coquelicots. La lande aussi s'égaie au début de l'été par la floraison vive des genêts jaunes. Mais l'impression générale reste désolée, qu'il s'agisse des causses \ de la savane-, de la steppe russe ou de la lande bretonne. Voici, par exemple un paysage de Camargue très réaliste^ :

Les terres cultivées dépassées, nous voici en pleine Camargue sauvage. A perte de vue, parmi les pâturages, des marais, des roubines luisent dans les salicornes. Des bouquets de tamaris et de roseaux font des îlots comme sur une mer calme. Pas d'arbres hauts. L'aspect uni, immense de la plaine, n'est pas troublé. De loin en loin, des parcs de bestiaux étendent leurs toits bas presque au ras de terre. Des troupeaux dispersés, couchés dans les herbes salines, ou cheminant serrés autour de la cape rousse du berger, n'interrompent pas la grande ligne uniforme, amoindris qu'ils sont par cet espace infini d'horizons bleus et de ciel ouvert. Comme de la mer unie malgré ses vagues, il se dégage de cette plaine un sentiment de solitude, d'immensité, accrue encore par le mistral qui souffle sans relâche, sans obstacles, et qui, de son haleine puissante, semble aplanir, agrandir le paysage. Tout se courbe devant lui. Les moindres arbustes gardent l'empreinte de son passage, en restant tordus, couchés vers le sud dans l'attitude d'une fuite perpétuelle.

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