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l44 LE SENTIMENT DE LA. NATURE

en vue de la vente — se copient, se répètent, ressassent avec toutes les variantes la formule, la recette qui paraît plaire au public? Au lieu de voyager en flâneurs * de côté et d'autre et de s'arrêter devant le site imprévu qui les aura émus, la plupart suivent les chemins battus et rebattus jusqu'à l'écœurement. Certains pays sont à la mode — et plus ou moins selon les années : la Bretagne fait toujours fureur tandis que nul ne s'avise, autant dire, d'aller interroger les Gévennes; depuis le Lac de Lamartine, combien de tableaux alpestres sont-ils consacrés au lac du Bourget? Les peintres qui vont en Limousin n'en rapportent que des plateaux de bruyères roses, depuis qu'un artiste y découvrit ce motif à succès : il y a pourtant autre chose à voir et à peindre, des vieux burgs ruinés et des châtaigneraies puissantes jusqu'aux colonnades basaltiques des k orgues ».

L'artiste qui se copie lui-même abdique aussi tout sentiment réel de la nature. Ziem a peint pendant trente ans le même canal de Venise avec les mêmes façades et la même gondole. Et il désolait les marchands de tableaux consciencieux : car nul ne prêtait comme lui à la contrefaçon.

La littérature descriptive souffre aussi des abus de l'imitation, surtout par le choix des sujets. On ne compte plus les écrivains français qui, depuis un demi-siècle, ont fait place dans leurs œuvres à des descriptions de paysages italiens : en mettant à part les villes et les jardins, il ne s'en trouve certainement pas un sur un cent qui ait dépeint autre chose que les

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