CHAPITRE II
l** Dans la peinture.
Les conditions de l'expression artistique sont foncièrement différentes suivant qu'il s'agit de la littérature ou de la peinture (avec ses annexes : dessin, gravure, sépia), — pour nous attacher uniquement aux formes esthétiques qui reproduisent ou évoquent le paysage avec précision et netteté. Le vieil adage Ut pictura poesis n'est qu'une métaphore, qu'il serait faux de prendre au pied de la lettre.
Seule la peinture peut prétendre à donner une représentation visuelle et relativement complète de la nature. Mais l'exécution est subordonnée à diverses conditions matérielles qu'il n'est pas inutile de rappeler.
Le paysage, on l'a vu, est essentiellement mobile en raison du mouvement du vent, de la vague, du cours d'eau — et changeant selon l'heure, la saison, l'état de l'atmosphère. On ne fixe sur la toile ou le papier qu'un de ses aspects passagers. Le cinématographe peut dérouler les variations successives d'une scène de plein air ou la chute d'une cas-
LES CONDITIONS DE l'eXPRESSION ARTISTIQUE 1^'J
cade sur un écran, mais il n'est pas un art et ne songe guère à rendre la vie des paysages. Les peintres futuristes ont cherché à donner la vision du mouvement ou du changement pour le même objet par des juxtapositions d'images, dont l'idée a dû certainement être empruntée aux figures pointillées de la mécanique : / jusqu'ici leurs essais ont été plutôt malheureux. ^^J La peinture, telle que nous la concevons, ne peut aspirer qu'à représenter un état passager du paysage ; mais il ne lui est pas impossible de suggérer le mouvement (sinon le changement) grâce à certaines associations d'idées, bien plus qu'à l'aide d'instantanés trop fidèles. On a remarqué que la photoi graphie d'une des positions prises par un homme qui marche ne donne pas du tout l'illusion de la marche : il faut que l'attitude dessinée résume, synthétise plusieurs mouvements ou les évoque *. Ainsi l'écume d'un torrent fera penser à sa chute; des faîtes d'arbres penchés et aux feuilles rabattues dans le même sens appelleront insensiblement Tidée du vent. L'art du peintre est de savoir choisir : il y a, par exemple, dans la vague qui déferle, des positions beaucoup plus suggestives que d'autres. — On connaît les procédés impressionnistes pour rendre la vibration de Tair.
C'est encore par l'association des idées que Tartiste s'efforcera, dans une image purement visuelle, à éveiller les sensations auditives, olfactives et autres, qu'il ne peut traduire directement. Le résultat est plus facile à atteindre, de même que le précédent, à l'aide de personnages qui, par leur attitude