‹ Le sentiment de la natureChapitre 12 sur 52 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

11 n'est pas douteux que les Celtes, les Germains, etc., n'aient possédé, caché aux plus intimes replis de leur cœur un peu farouche, un amour profond pour les campagnes et les forêts natales... Ils adoraient le Gui sacré, toujours vert, sjmibole de ce qui ne meurt pas (la nature tout entière), image de ce qui paraît vivre de rien, hôte, mais non parasite du colosse forestier, le chêne. Eux aussi allu- / niaient aux sommets inviolés des montagnes les feux / clairsàchaque retour de la résurrection printanière. y

Mais lorsqu'ils furent amalgamés avec les colons latins, lorsqu'une société organisée, la société féodale, mit un terme aux migrations dévastatrices, lorsqu'enfinla religion païenne — en grande partie faite, comme toutes les religions primitives, du culte de la Nature — eut cédé la place au christianisme, qu'advint-il du sentiment delà nature}

Assurément, de ce que nous ne trouvons aucune ou fort peu d'expressions de ce sentiment, nous ne sommes point en droit de conclure à sa non existence absolue.. .

Il faut cependant l'avouer: J'amais l'aimée ne fut oubliée comme à cette époque. L'homme brûle, en ces heures néfastes, tout ce qu'autrefois il avait adoré, et le chapitre du roman que nous écrivons devrait porter pour titre : abandon, trahison !

Sous l'empire de je ne sais quelle fausse interprétation du christianisme ( i), la Nature apparaît

(i) C'est Paul — le fondateur, plus que Jésus, non du Christianisme, mais de la dogmatique chrétienne — qui eit l'auteur de cette colossale erreur. Les Pères ont surenchéri.

comme l'ennemie, la Puissance perverse et maudite. Et telle est la force du lien qui lui attache l'homme qu'au moment même où elle est méconnue, non aimée, elle n'est point indifférente.

La haine, a dit Fichte, est un amour trahi. Ce mot est vrai ici si l'on considère que la haine part de celui qui a trahi... Et ne déteste-t-on point ceux de qui l'on a reçu du bien > Surtout s'il s'agit d'un ancien amour. Ceci est trop connu des amateurs de romans psychologiques pour qu'il soit besoin d'insister. La haine la plus âpre, celle qui considère l'adversaire comme une force méprisable, est d'ordinaire d'autant plus violente que l'amour qui la précédaitdans les mêmes coeurs était plus puissant.

Le verbe haïr est doux relativement au sentiment qui règne à cette heure à l'égard de la Nature. Oh certes, non, elle n'est pas indifférente ! Elle apparaît au contraire comme la grande tentatrice, l'Esprit démoniaque aux aspects multiples, toujours prêt à prendre une forme nouvelle pour damner une pauvre âme. C'est l'Ensorceleuse dont la beauté est trop nue, les sourires trop attirants, les parfums trop forts.

L'esprit efféminé et peureux n'est à l'aise que dans la pénombre d'une cathédrale dont les vitraux n'autorisent qu'une lumière factice, pieuse, sanctifiée à son passage à travers les nimbes divins.

Malheur à l'homme qui respire les fleurs maudites, qui s'attache aux joies des roses et des lumières vivantes ! Tout cela est pourriture et néant et souillure. Le .Moyen âge est trop idéaliste : Toute appa-

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