LE MOYEN AGE
lence sensible lui semble une fraude, un effort du démon contre la seule réalité, l'âme.
Si bas que soit tombé ailleurs l'esprit humain jamais il ne méconnut à ce point la Mère divine Elle continuait à se parer chaque avril de sa virginale robe blanche et rose tissée des pétales délicats des arbres à fruits. . . et personne ne se trouvait là pour accompagner de tout cœur les épithalames du printemps et glorifier la chaste épousée.
Personne. . . c'est cependant bien peu dire.
Quelques âmes d'élite peut-être échappèrent à la honte d'une pareille ingratitude : Des moines d'abord, voulantéchapper aux souillures et aux péchés de la vie ordinaire, comprirent combien le contact des autres hommes était plus pernicieux que la société de la Nature.
On dira qu'en se retirant aux lieux inhabités, ils se conformaient à d'antiques traditions et ne témoignaient par là aucune sympathie pour les campagnes vivantes... — Peut-être, mais pourquoi choisir alors les sites les plus enchanteurs, les plus délicieux cantons de chaque contrée >
— Parce que, dira-t-on encore, ces districts se trouvaient être les plus inaccessibles et partant, les plus dépourvus d'habitants.. .
— Soit encore. . . et admettons qu'aucun souci de cette catégorie n'ait guidé leur choix. . .
Nous croyons qu'au bout de longues années passées dans ces Edens retrouvés, les cœurs ingénus des solitaires reprirent une nouvelle vie, firent un pacte et signèrent la paix avec la Nature.
On ne vit pas impunément en intimité avec de splendides créatures sans en subir l'attrait invincible (St-Bruno).
Dans la société civile, les hommes qui conservèrent le souci du vrai culte envers la vivanteBeauié, les ingénus pareils aux moines furent les poètes. . .
Les poètes? Quelques poètes timides, avant et après les terreurs de l'an mil, osèrent se laisser toucher par les grâces, par le côté gentil, souriant de la Nature. Oh, ce ne fut point de l'amour, pas même celui qu'éprouve une fiancée candide, mais ce ne fut guère qu'une délicate amitié pour une plus jeune sœur très naïve. . .
Qu'ils sont loin, ces poètes transis, qu'ils sont loin des premières amours ressenties par les sauvages ancêtres pour la Lumière et les Aubes éternelles, qu'ils sont loin du culte voué par leurs barbares aïeux à la Nature démente et provocatrice qui s'alanguit maintenant, aux soirs tièdes de notre vingtième siècle, jusqu'à nous faire pleurer d'amour! ( i).
(i) Nous ne consacrerons pas un chapitre spécial à la Renaissance : — Il y eut aussi Renaissance d'amour pour la Nature, mais pas autant peut-être qu'on ne se l'imaginerait : Ce fut surtout un sentiment de lettré — Et les humanistes étaient rares. Ici nous ne parlons que des fortes amours pour la Nature ressenties simultanément par de grandes agglomérations d'hommes. Nous reparlerons du reste de la Renaissance aux chapitres de l'expression littéraire. Il nous faut maintenant vite en venir aux temps modernes, où de toutes façons, le sentiment de la nature est plus répandu que jamais.