LE SAVANT
ciales où le senliment de la nature paraîtra le plus particulièrement intéressant.
On peut diviser, n'est-ce pas, les hommes de grande culture en deux classes générales, les hommes de science et les artistes.
Eh bien, que faut-il penser des sentiments des premiers à l'égard de la nature ?
Dans sa Philosophie de l'art, Taine assigne une même Ol'igine à la science et à l'art :
Au début des sociétés, l'homme ne songe qu'à lui-même et à ses pareils, mais vient un moment où (( une vie supérieure s'ouvre, celle de la contemplation, par laquelle l'homme s'intéresse aux causes permanentes et génératrices desquelles son être et celui de ses pareils dépendent, aux caractères dominateurs et essentiels qui régissent chaque ensemble et impriment leur marque dans les nioindres détails : Pour y atteindre il y a deux voies : la science et l'art.. . ))
Même sans adopter les définitions de Taine, il est bien évident que la contemplation curieuse est à la base de toutes les sciences.
Ainsi, les premières investigations de l'intelligence — comme les premières adorations de la Beauté — ont dû être aiguillonnées par les premiers troubles, les premiers étonnements, les premières émotions que les phénomènes naturels causèrent aux hommes.
Et cela est si vrai qu'aujourd'hui encore, bien des jeunes âmes, dès l'enfance surprises et charmées par la nature, se sentent invinciblement attirées vers elle, non plus seulement pour la chanter ou la peindre, mais pour l'étudier, la disséquer, la scruter en ses ultimes secrets.
Nous assistons ici en quelque sorte à une transposition des facultés attentives... C'est le cœur qui est touché : c'est l'intelligence qui est prise.
11 serait bien agréable à ce propos d'avoir la confession de vieux savants dont la vocation se serait déterminée de la sorte: Ont-ils conservé, sous leurs préoccupations scientifiques, lin peu de leur attachement de cœur, et les formules sont-elles pour eux les strophes qui chantent la gloire de l'aimée, ou bien l'affection première a-t-elle perdu son charme et leur âme, toute au souci du vrai, a-t-elle oublié le beau r
il est probable que les deux mentalités coexistent, mais il nous paraît que la seconde seule a tendance à prédominer de nos jours.
Nous assistons en effet au triomphe des idées utilitaires, et les savants qui connaissent le mieux les secrets des choses éprouvent de moins en moins d'enthousiasme junévile pour les beautés adorables qu'ils étudient journellement.
-Mettons à part les sciences non naturelles (chimie, mécanique, mathématiques, etc., etc)... qui n'étudient pas la nature vivante et ne peuvent qu'orienter l'esprit vers des préoccupations positives (et par là, égoïstes et terre à terre.)