‹ Le sentiment de la natureChapitre 17 sur 52 · LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE SAVANT

D'autre part, il y a quelques années encore beaucoup de jeunes esprits qu'exaltait la Nature et qui ■se montraient désireux de la mieux connaître afin de la mieux aimer, s'adonnaient aux sciences naturelles. (Citons les botanistes : Tournefort, les Jussieux et tant d'autres).

Mais maintenant, la science, l'histoire naturelle elle-même tourne toute à l'utilitarisme, aux applications industrielles.. . (Comparez par exemple un manuel de botanique élémentaire d'il y a vingt ans avec un d'aujourd'hui : Pas beaucoup def.Tits nouveaux, mais l'enseignement moderne applique aux mêmes faits des termes plus positifs, de mécanique et d'algèbre.)

Est-ce progrès? Peut-être au point de vue purement scientifique, mais à coup sûr il est à déplorer que cette allure barbarement hérissée de formules soit de nature à détourner bien des jeunes de ces sciences, qui malgré tout, sont des plus excellentes, parce qu'exemptes de spéculations abstraites, et parce qu'elles étudient directement la vie.

Cependant il n'apparaît point que la science, même la plus sèche, soit absolument incompatible avec le sentiment de la nature. On pourrait en citer bien des exemples, seulement des exemples ne prouvent rien, surtout s'ils sont aussi nombreux en faveur de l'affirmation que de la négation...

Il est probable que la culture scientifique ne peut parvenir à ruiner complètement l'amour de la nature en une âme bien disposée où cet amour

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préexiste, mais elle ne vient que bien rarement renforcer ces sentiments ; le plus souvent elle leur nuit.

Nous ne pouvons considérer en effet cet amour comme un don inné que l'on possède ou non.

Outre de simples dispositions de sensibilité, il faut encore bien des efforts, bien des luttes, bien des heures d'anxiété et d'espoir en une âme donnée pour qu'elle devienne vraiment l'amoureuse qui s'est donnée toute. Et combien la mentalité du savant est éloignée de ces préoccupations là !

Il serait trop facile vraiment que toute âme vulgaiie put sans peine arriver à la hauteur dont nous parlons ; elle le peut sans doute, mais l'amour sincère et sacré auquel elle est conviée ne surgit point, par grâce ; il est le prix rare et précieux d'une lente initiation à la compréhension du Beau et de la \'ie.

Et de nos jours, non vraiment, le savant n'a plus le temps ; ses calculs l'absorbent d'abord, et puis lui cachent bien des aspects et des détours de la vie vraie, infinie. . .

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