LA SOLITUDE ET LA KEVERIK
Comment se comportent les « amoureux », au sens ordinaire du mot?
Ils aiment aussi la solitude et la rêverie dans le but unique de s'entretenir en eux-mêmes et sans trouble de leur constante et très profonde préoccupation.
Et ne voyons-nous pas à ce point de vue une ressemblance de plus entre l'amoureux au sens vulgaiie du mot, et l'amant de la Nature?- Ce dernier, comme l'autre, et plus que l'autre, est instinctivement poussé à la solitude et à la rêverie. La première lui permet un constant et très délicieux commerce avec l'aimée: Seul avec elle (i)! C'est tout son espoir. Oh, que rien ne froisse l'épanouissement de leur amoureux colloque, que rien n'étouffe les voix mystérieuses qui passent avec le souffle du vent et le parfum des roses 1
Et puis il est rêveur. Au Moyen âge, le rêveur,
( I ) Le solitaire se contente de peu pourvu qu'il soit quie- ^ lement placé auprès de la Nature: L'usage de la solitude rêveuse développe l'imagination. Un coin de la Nature suffit souvent à une forte imagination pour qu'elle se représente très vivement la beauté générale. (Il s'agit ici des amants sincères tt très épris delà Nature). Et que leur laut-il r Un petit recoin d'ombre bien entouré de taillis parmi lesquelles grimpent quelques plantes volubiles et dont l'espace restreint est couvert (cela se voit) de vingt ou trente espèces de plantes différentes. Ce secret asile de silence et de mystère, qui témoigne de la prodigieuse fécondité de la terre, est souvent micu.x aimé que le grand et libre espace au.\ verdoyants et lumineux horizons...
Pourquoi.- Parce qu'il possède sans doute le charme des thébaïdes anciennes et donne l'illusion de l'oubli complet du monde.. .
Il8 LE SENTIMENT DE LA NATURE
c'était le mystique, celui qui croyait qu'en lui même pouvaient refieunr les plus belles extases qui ravirent les hommes au cours de leurs successives alliances avec Dieu.
Le moderne rêveur, s'il n'est mystique, doit être l'adorateur passionné des créatures multiples qui végètent, silencieuses et splendides, sous le ciel ardent. Et, s'il est croyant, il retrouve, au cours de ses vigilantes contemplations de la Nature, un Dieu caché et présent... un Dieu qui est aussi proche de son cœur que celui du chartreux le plus exalté. . .
Qu'ainsi le sentiment de la Nature porte à la solitude et à la rêverie, il n'y a à cela rien de surprenant. Il faudrait citer ici les fines pages où le délicat auteur Genevois, TôpfTer, vante les charmes et les bons effets de la flânerie, qui est, selon lui, tout l'opposé delà paresse (i). Et au point de vue où se place le grand écrivain, ces affirmations sont très justes: Si le rêveur sait observer, voir, comparer, examiner curieusement, suivre une idée jusqu'au bout et la mener loin, quelles salutaires heures il aura passées à flâner, seul au coin d'une prairie, auprès de troupeaux qui paissent ou d'un forgeron qui ferre un mulet !
(i) « Rien que pour avoir pratiqué excellemment le facile et paresseux loisir' d'observer sans but et de penser sans hâte, on ne manque guère de devenir avec le temps philosophe aux deux tiers et poète pour le reste ».
(TOPFFEK*.