LE SENTI.MENT RELIGIEUX I
condamnées et périmées, la pensée future, basée sur les plus séduisantes hypothèses (séduisantes pour la raison) partira de deux affirmations : L'unité de tout. L'évolution. . . .
Mais ces deux croyances, auxquelles invinciblement la raison nous ramène, ne constituent point une religion. Ce sont deux conceptions bien froides et sèches qui manquent de CQJe ne sais quoi de fervent et de mystique capable de provoquer la vraie Foi et de susciter les glorieux martyrs. Il faudrait à l'âme moderne, comme nous le disions à la première page de notre chapitre sur le Sentiment de la Nature chei les modernes, une affection fidèle pour s'y reposer avec certitude, un amour qui ne meure point. . .
La Nature peut-elle faire pareil miracle >
Sans doute, car nous pourrions glorifier en elle les deux croyances fondamentales indiquées plus haut.
Et en fait, la Nature aimable et aimée ne s'offrira-t-elle pas un jour comme le Christ véritable et durable de la Trinité neuve et immortelle : — Homme — Dieu — Nature r Elle se présente, en effet, comme susceptible d'adoration et d'amour, comme révélation matérielle du Veibe ou plutôt de l'Esprit divin, comme l'expression visible de l'Ame des choses qui sera peut-être le Dieu futur. Elle est la seule Vie éternelle au milieu des vies transitoires. Évoluant lentement vers la perfection, elle concilie et réunit en elle l'Humanité douloureuse et méchante avec le But triomphal de l'Idée... Elle sauve par l'amour qu'elle inspire, par le don
qu'elle fait de soi à l'âme humaine désintéressée et pure. . . Elle attire par sa beauté ; elle opère la rédemption du cœur égoïste en l'initiant à la vie supérieure, en s'installant en lui pour le sanctifier.
Que conclure > 11 y aurait beaucoup à dire. Exprimons seulement ceci : Le sentiment de la nature et le sentiment religieux sont de même catégorie ; à une certaine hauteur ils se confondent, c'est alors le sentiment de l'Infini. Le sentiment de la nature paraît conduire l'âme au panthéisme.
En effet les adeptes du théisme, qui admirent dans le Monde l'œuvre intelligente et consciente de Dieu, par cela même qu'ils déplacent la Force .puissante, vivante et créatrice de son cadre et la rejettent hors et au-dessus de la Nature, ressentent moins vivement l'attouchement intime et la communion sacrée de cette mystérieuse Xie. Ils considèrent toute beauté comme un reflet superbe, mais un simple reflet, d'une seule Beauté lointaine et créatrice.
Au contraire, le panthéiste croit reconnaître dans la Nature même et caché et confondu en Elle le Principe fort et fécondant. 11 adore Dieu dans la Beauté vivante dont celui-ci n'est pas seulement un créateur lointain, mais dont il est — souverainement — l'Ame coexistante et inhérente à cette nature même. . .