L'EXPRESSION PICTURALE
11 nous tarde d'arriver à l'examen de l'expression littéraire du sentiment de la nature, ce qui nous sera à la fois agréable et facile, étant donné que nous faisons ici une oeuvre littéraire et non une critique d'art. Cependant qu'on veuille bien nous permettre quelques lignes que nous voudrions consacrer encore aux différentes façons dont la peinture (l'art évocateur par excellence de la beauté de la nature) s'est acquittée de sa tâche. (( Le paysage, dit Sainte-Beuve, considéré comme genre à part et comme objet distinct de l'art, n'est pas chose très ancienne. Le sentiment du charme particulier qui s'attache à la reproduction des scènes de la Nature parle pinceau, est une jouissance toute moderne. » En effet, dans l'antiquité et la Renaissance, l'objet par excellence de la peinture était le corps humain. Les petits paysages d'arrière plan étaient sans vie, sans beauté. Ce furent les Flamands, les Lorrain, les Poussin, l'admirable Ruysdaël qui, au dix-septième siècle, inventèrent ces sujets que les âges précédents n'a-
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valent su traiter que par la littérature. Si donc on a pu dire que le sentiment de la nature était tout moderne, c'est uniquement au sujet de la peinture. . .
Le plus sincère théoricien du paysagisme considéré comme genre de peiniure est assurément l'auteur charmant des \'oyagesenZig-Z.iq, Topffer. paysagiste lui-même :
« Pour Topffer, dit encore Sainte-Beuve, il y a une vie cachée dans tout paysage, un sens, quelque chose qui parle à l'homme : c'est ce sentiment qu'il s'agit d'extraire, de faire saillir, de rendre par une expression naïve et fidèle qui n'est pas une pure copie : Le paysage n'est pas une traduction, mais un poème. ))
Il serait bien intéressant de passer en revue les différentes « manières » des principaux peintres de la Nature, en les jugeant au passage selon les judicieuses remarques de Topffer... De la grâce légère de Watteau jusqu'aux sombres peintures de l'école romantique, en passant par les puissants coloris des maîtres flamands ou anglais, les luxuriantes exubérances de Rubens, les laideurs du naturalisme ou encore les fadeurs mièvres des symbolistes... que d'oeuvres mériteraient notre attention !
Hélas, nous sommes bien incompétents, et puis, une pareille étude déborderait de notre cadre ou prendrait la place réservée à des sujets plus voisins de nous encore.
Remarquons seulement, que ce que nous allons
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dire des différentes écoles littéraires pourrait s'appliquer à très peu près aux divers genres de peinture. Les noms des écrivains remplacés par ceux des peintres, les titres des livres remplacés par ceux des tableaux, les mêmes phrases pourraient souvent servir indifféremment à Ihistoire de l'expression picturale du sentiment de la nature ou à l'étude littéraire qui fait l'objet des pages suivantes. . .