DANTE. PÉTRARQUE. CONCLUSION SUR LE MOYEN AGE
Une seule des innombrables épopées du moyen âge a pris place parmi les grands monuments de l'esprit humain, une seule a survécu et pouvait survivre, parce quelle était pétrie de celte substance solide (fui manquait aux autres, le style. Ce monument unique de la pensée du moyen âge, c’est un voyage à travers l'invisible. Certes les personnages de la Divine Comédie sont énergiquement vivants et peints avec tout le relief, toute la couleur de la plus lumineuse nature, et cependant le poète abolit l'univers autour d'eux, la terre a disparu pour lui. Il se promène en dehors, au-dessus de ce monde, à travers des régions dont la théologie seule a pu tracer la carte. C'est dans l'invisible que se passe le drame, c'est l'invisible lui-méme qu’il s’agit de nous rendre présent et saisissable. Dante y réussit, et malgré l'obscurité d’un grand nombre de ses idéeset ce qu’il y a d'arbitraire et de fugitif dans une bonne part de cette théologie et de celte géographie fantastiques, l’auteur de la Divine Comédie crée tout un monde que nous voyons, que nous pourrions décrire. Il l'a peuplé de personna-