CONCLUSION SUR LE MOYEN AGE
manifestations du divin et les mystères de la vie. Au spectacle de l'univers, les Grecs n'ont demandé qu'une chose : la beauté ; et dans les lignes de leur paysage, dans l'éclatante lumière de leur ciel, dans celte humanité adolescente dont ils furent le type, partout enfin, c'est la beauté qui leur répondait ; ils curent la sagesse et le bonheur de se contenter de celte réponse. Peut-être sont-ils moins religieux, moins profonds, moins pathétiques, mais ils sont les vrais artistes; ils n'ont pas cherché à embrasser l'infini, mais dans leur domaine borné, dans le cercle des idées générales et des passions simples, ils resteront éternellement nos maitres.
Le moyen âge ne connut pas de bornes aux ambitions de son esprit, aux aspirations de son cœur. Or il n’y a de forme, il n'y a d’art possible que dans ce qui est limité. Avec le marbre du Penlélique et de Paros, le ciseau de Phidias put tracer la forme des dieux grecs, parce que ces dieux avaient une forme terrestre. Homère a su donner une figure saisissante à son idéal, parce que cet idéal habitait le monde visible. Le moyen âge a essayé de faire la statue de l'infini, le portrait de l'invisible. Il n’a pas réussi à sculpter dans la poésie une image de lui-même assez arrêtée, assez solide, assez parfaite, pour traverser les âges et survivre dans toutes les mémoires comme Y Iliade.
Mais la France peut le dire avec orgueil, l'aride son premier âge fit mieux que des statues et des épopées. Le royaume d'un tel art n'est pas de ce monde ; il n’est pas dans la forme, dans la couleur, dans la nature ; sa grande œuvre, c’est l’homme moderne, c’est l’àme chrétienne cl chevaleresque. Pour élever à des hauteurs, inconnues même du stoïcisme, la liberté morale, la
LE MOYEN AGE
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volonté, la dignité humaine, il fallait plus que subordonner la nature à l'homme, comme l'a fait le génie grec; il fallait oublier, mépriser, fouler aux pieds la nature. C’est là sans doute un excès funeste au développement de la poésie. Mais il est un don plus nécessaire aux peuples que le sentiment poétique, c’est l'héroïsme. Avant de juger la révolution présente, celte philosophie et ces arts qui se vantent d'abolir le moyen âge en prenant pour principe la réhabilitation de la nature, attendons qu’il surgisse dans nos sociétés si attentives à la matière, un plus noble type de l'homme que l'âme du saint et du chevalier.
DU
DANS LES ARTS ET LA POÉSIE MODERNES