BUFF0N. SA PHILOSOPHIE ET SON STYLE. 1RS
de poésie dont se pare le livre de Y Existence et des attributs de Dieu!
Les harmonies de l'âme cl de la nature n’existent pas pour lîulTon :1e penseur qui niait au fond de lui-mémc les rapports nécessaires de la création avec son auteur divin, ne pouvait pas saisirceux qui unissent si intimement l’oeuvre visible de Dieu avec son œuvre invisible,
I ’univers avec le cœur humain, le monde des formes et des couleurs avec le monde moral. Par la pompeuse élégance de son style et sa rectitude logique, il sollicite souvent l’imagination, il satisfait l’intelligence; mais il ne pénètre jamais jusqu’à l’Ame elle-même. Ceux qui ont cru s’enflammer à la lecture de BulTon ont confondu l’enthousiasme littéraire que peut causer une belle période avec l’intime émotion que fait naître la traduction sincère et vivante-d'une des paroles que Dieu nous adresse à travers les splendeurs de la création visible. Il y a chez eux plus d’amour de la rhétorique que de vrai sentiment de la nature.
Pour reconnaître dans une œuvre écrite un reflet de la poésie de la nature, nous avons besoin d’v voir apparaître, si enveloppée qu’elle y soit, une idée de Dieu, une inspiration religieuse quelconque ; c’est là le support, la charpente invisible mais nécessaire de toute poésie.
II nous faut encore y découvrir, dans la mise en scène des phénomènes de l'univers, l'expression de la sympathie, de l'harmonie secrète entre l'homme et le monde qui fait qu’un sentiment de notre cœur trouve son langage naturel dans un des accidents de la lumière, de la forme, du son et de la couleur, et qui attribue à chacun des objets de la nature sa signification triste ou joyeuse. A cette condition seulement le tableau sera
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vrai et animé, la vie de la nature sera reproduite. Mais ce n’est pas tout : 'la poésie de la nature demande encore un sentiment tres-énergique de la forme sensible prise en elle-même et indépendamment de sa signification, la faculté de saisir et de rendre le relief, le coloris, la physionomie individuelle de chaque objet, de lui conserver dans la description toute sa valeur plastique. Cette qualité est la part de l'imagination comme les autres sont la part de l’âme et du cœur dans le sentiment poétique de la nature ; elle se montre dans le style, dans les détails de la forme littéraire, comme les autres se produisent dans la pensée elle-même et dans les conditions générales de la composition.
Le style de Bufïon atteste-t-il le vrai sentiment de la nature ?
Nous avons besoin de répéter que nous ne discutons ni la valeur scientifique de Bulfon, ni l’étendue de cet immense esprit qui embrasse l’ensemble des choses d’un même coup d’œil, comme la philosophie primitive, ni sa gloire d’écrivain irréprochable, élégant, élevé, souvent précis, malgré sa pompe oratoire, et élégant malgré ses allures trop majestueuses; nous cherchons les rapports de son style avec la peinture poétique de la nature, c’està-dire avec un mode de représentation qui fait saillir le côté pittoresque des choses et qui en exprime en même temps le caractère moral. L'histoire naturelle, en tant que science, n'a pas à s’occuper de la valeur esthétique des objets qu’elle décrit et des harmoniesmoralcs qu'ils peuvent nous révéler. Quoique BulTon introduise souvent l’éloquence dans la science, avec un certain enthousiasme pour cette universalité deschoscs qu'il aime à embrasser, cette éloquence ne peut avoir de caractère moral et pa-